Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Πρακτικά του Διεθνούς Συμποσίου «Οι χρόνοι της Ιστορίας για μια ιστορία της παιδικής ηλικίας και της νεότητας»
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:33
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1998
 
Σελίδες:399
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Ελληνικά
 
Θέμα:Διεθνή Συμπόσια
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Περίληψη:Ο τόμος περιέχει τα πρακτικά του 3ου Διεθνούς Συμποσίου, που πραγματοποιήθηκε στην Αθήνα από τις 17 έως τις 19 Απριλίου του 1997, με θέμα «Οι χρόνοι της Ιστορίας. Για μια ιστορία της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», διαρθρωμένο σε 4 ενότητες: Εκπαιδευτικοί μηχανισμοί, Εργασία και πολιτική, Στους χρόνους της Ανθρωπολογίας και των νοοτροπιών, Στον κόσμο της τέχνης, Ελεύθερος χρόνος και αθλητισμός.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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L'IMPORTANCE DU NOM ET DE LA RESSEMBLANCE

SUPPOSEE DANS LE DESTIN AFFECTIF

ET SOCIAL DES ENFANTS

BERNARD VERNIER

Encore récemment, dans une grande partie de la Grèce rurale, la place de chaque enfant dans les rapports symboliques, affectifs mais aussi parfois économiques intra-familiaux dépendait, en partie, de l'origine de son prénom et de la ressemblance qu'on lui supposait avec un parent donné. C'est ce que je voudrais montrer à partir de quelques exemples particulièrement frappant.

Le système Karpathiote

L'île de Karpathos en mer Egée connaissait un système de parenté unique en Europe1, Il se caractérisait par l'existence de lignées masculines et féminines nettement séparées qui avaient pour base économique des patrimoines sexués et indivisibles. Dans chaque famille, le premier-né des garçons héritait de son père et la première-née des filles de sa mère. Les autres enfants étaient exhérédés. Les cadets émigraient pour la plupart tandis qu'une majorité de cadettes restaient sur place, célibataires à vie. Elles servaient de bonnes et d'ouvrières agricoles aux couples des aînés. Chacune des lignées sexuées avait pour support symbolique deux prénoms qui se succédaient en alternance de génération en génération. Le premier-né des garçons prenait le prénom de son grand-père paternel. On disait qu'il le «ressuscitait», la première-née des filles prenait celui de sa grand-mère maternelle. Ces lignées recrutaient également, toujours par le biais du système d'appellation, les cadets dont elles avaient besoin pour assurer leur reproduction. Le deuxième-né des garçons portait le prénom de son grand-père maternel et la deuxième-née des filles celui de sa grand-mère paternelle. La nomination des autres cadets obéissait

1. J'ai donné une première description de ce système étudié dès 1967 dans une thèse de troisième cycle dirigé par Ρ. Bourdieu et soutenu en 1977.

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à la même règle d'alternance. De ce fait, le prénom des garçons de rang impair a l'intérieur de leur sexe et des filles de rang pair était le plus souvent d'origine paternelle tandis que celui des garçons de rang pair et des filles de rang impair «ressuscitait» un membre de la famille maternelle. Le prénom que l'on portait décidait de l'appartenance à une lignée.

Ces règles de nomination contribuaient pour une part importante à structurer l'ensemble des rapports de parenté économiques (il fallait porter le prénom adéquat pour hériter) symboliques (le prestige des aînés était lié à leur prénom) et aussi affectifs. Il n'est pas exagéré de dire que la parentèle pratique d'Ego était en partie déterminée dans son étendue et sa structure par la distribution des prénoms entre les parents. Mais c'était dans les rapports entre parents et enfants, grands-parents et petits enfants que l'effet structurant du nom était le plus visible. Il n'était pas rare que les grands-parents considèrent comme des étrangers ceux de leurs petits enfants qui n'étaient pas leurs homonymes. Selon l'expression indigène, les parents «se partageaient» les enfants. Chacun éprouvait une sorte de «passion» pour l'aîné de son sexe. Il le considérait comme son «oeil», parlait de lui en ajoutant le possessif «mon» à son prénom (mon iorgos) et utilisait toujours la forme noble de celui-ci par exemple Maroucla au lieu du familier Marou ou du masculin péjoratif Marouclos réservé aux cadettes. Il avait également un faible pour le deuxième-né d'un sexe différent du sien: le père par exemple entretenait un lien privilégié avec la deuxième-née de ses filles qui portait le prénom de sa mère à lui. Un dicton résume bien la loi majeur qui gouvernait les rapports entre les grands-parents, les parents et leurs héritiers: «Là où va la fortune là aussi va l'amour». Mais c'est peut-être dans la brutalité de cette anecdote, souvent racontée en riant, d'un homme disant à sa femme «Apporte deux fourchettes pour que mangent les enfants» que l'on peut le mieux percevoir le bas statut affectif des cadets. Elle suppose en effet que seuls les aînés de chaque sexe sont des enfants et peuvent manger. La répartition des enfants entre la famille paternelle et maternelle était si réelle qu'elle tendait à se retraduire, toute choses étant égales par ailleurs, par un clivage affectif au sein de la fratrie. D'un coté le premier-né des garçons avec les garçons de rang impair et les filles de rang pair, de l'autre la première-née des filles avec les filles de rang impair et les garçons de rang pair. Ce qui poussait une cadette à travailler pour un aîné plutôt que pour l'autre était pour une part le fait qu'elle éprouvait un faible pour celui des deux dont le prénom provenait du même côté parental que le sien.

Ces règles de nomination exerçaient un tel pouvoir de structuration

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sur les rapports de parenté que la famille était virtuellement menacée d'éclatement. Une théorie des ressemblances physiques semble avoir eu pour fonction de contrecarrer les effets dysfonctionnels de l'attribution de chacun des enfants et surtout des aînés à un parent déterminé. Cette théorie affirme:

1. L'aîné des garçons ressemble à sa mère et l'aînée des filles à son père,

2. Le deuxième-né des garçons ressemble à son père et la deuxième-né des filles à sa mère.

3. A partir du troisième-né de chaque sexe, il n'y a plus de règle. Ces cadets ressemblent un peu aux deux parents mais ne sont la réplique d'aucun. Ils sont «bâtards» (bastardemena). Plus qu'aux parents ou aux grands parents ils peuvent ressembler à des oncles et tantes, à des parents éloignés ou même à aucune personne de la famille.

La plupart des Karpathiotes sont d'accord pour affirmer le caractère absolu de cette théorie. Il suffit d'ailleurs de les interroger sur les ressemblances entre les membres de leur famille et de traiter statistiquement leurs réponses pour s'apercevoir qu'ils adhèrent à leur théorie jusque dans leurs perceptions.

La fille aînée appartient à sa mère mais ressemble à son père. Le fils aîné appartient à son père mais ressemble à sa mère, La théorie des ressemblances rattache chaque aîné à celui des deux parents qui, d'une autre lignée que lui, pourrait être tenté de le négliger. C'est d'ailleurs ce que disent les villageois eux même quand ils affirment: «Dieu a voulu çà pour que chaque parent puisse aimer celui des enfants qui n'a pas un prénom provenant de son côté. L'un a le nom, l'autre lui ressemble, comme ça il peut les aimer tous les deux». Que le système ait besoin de recourir à une théorie spécifique des ressemblances pour contrecarrer les effets dysfonctionnels des règles de nomination, voilà qui peut être tenu pour un des indices de la profondeur à laquelle ces règles interviennent dans la structuration des rapports de parenté et l'appropriation symbolique des enfants.

Les lois de la ressemblance font de la procréation un échange de dons entre les lignées. Associée à l'idéologie de Vanastassi (résurrection à travers le prénom) elles organisent la complémentarité des conjoints en faisant de chaque aîné le produit d'une rencontre entre un corps donné par un parent et une «âme» transmise par son conjoint.

La théorie populaire des ressemblances vient aussi souligner le statut inférieur des cadets et particulièrement de ceux qui ne porte pas

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le prénom d'un grand parent. Elle n'a d'effets positifs que pour les aînés et dans une moindre mesure les deuxième-nés dont on a vu qu'ils pouvaient être utilisés dans les stratégies de reproduction des lignées. Comme si la ressemblance des cadets n'étant plus fonctionnelle, n'avait plus besoin d'être codifiée socialement, comme si encore, pour tirer toutes les conséquences de l'idée exprimée par les Karpathiotes, Dieu n'avait pas jugé nécessaire que les parents puissent aimer les cadets qui ne portent pas un nom de leur côté. Les cadets ne ressemblent fortement à aucun des deux parents. Il ne sont pas vraiment intégrés dans le système des lignées. Ils ne sont pas non plus intégrés dans le circuit des échanges entre lignées qu'organisé la théorie des ressemblances. On ne s'offre entre lignées que des cadeaux de valeur qui permettent de se faire honneur. Mais c'est en définitive une théorie biologique qui sert de fondement à la perception des cadets, dont on dit qu'ils sont fait de bric et de broc. Ils sont dit-on, surtout les derniers-nés apospori, ce qui peut se traduire par «fin de sperme». Les cadets sont le produit d'une semence de mauvaise qualité. On voit la cohérence et la force de ce système de parenté. Les rapports de domination entre aînés et cadets y sont fondés en nature et c'est une théorie biologique sur la semence sexuelle qui est l'opérateur de cette naturalisation,

Le système Magniate

La prise en compte des règles de nomination permet de distinguer, en Grèce, d'autres systèmes de parenté où la répartition symbolique des enfants entre les parents obéit à une autre logique. Dans le Magne par exemple mais aussi dans deux îles proches de Rhodes, celle de Simi au Nord et de Kastellorizo au Sud, le premier-né des garçons et la première-née des filles prennent respectivement le prénom du grand-père et de la grand-mère paternelle. Les deuxième né de chaque sexe prennent ceux du grand-père et de la grand-mère maternelle. De façon générale les enfants de rang impair à l'intérieur de leur sexe portent un prénom de la famille paternelle et les enfants de rang pair un prénom de la famille maternelle. Or il existe dans ces trois régions une perception des ressemblances familiales différente de celle décrite précédemment, A Karpathos, la théorie présente une image inversée du système de nomination. Dans le Magne, à Simi et à Kastellorizo les jugements de ressemblance tels qu'ils s'expriment en tout cas dans des régularités statistiques (car il n'y a pas ou il n'y a plus ici de règle explicite et c'est l'inclination, plus ou moins consciente, à établir un lien de ressemblance entre

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parents homonymes qui est au principe des régularités statistiques constatées) tendent au contraire à renforcer l'effet d'affiliation qu'il exerce. Sous Je double rapport du prénom et de la ressemblance du visage, les premiers-nés à l'intérieur de leur sexe (et les enfants de rang impair sous ce même rapport) appartiennent à la famille paternelle et, dans une moindre mesure (une légère majorité seulement dans le cas des ressemblances), les deuxième-nés (et les enfants de rang pair) à la famille maternelle (Tableau 1). Les taxinomies Karpathiotes des ressemblances et des prénoms sont en harmonie avec l'existence de lignées sexuées engagées dans un échange égalitaire et qui prétendent toutes deux se perpétuer avec les mêmes chances à travers le mariage et l'affiliation des aînés de chaque sexe. Les taxinomies qui prévalent dans le Magne, à Simi et à Kastellorizo repèrent aussi les aînés de chaque sexe mais c'est pour les attribuer tous deux à la famille paternelle. Ici l'alliance est inégalitaire. Elle a pour fonction prioritaire de perpétuer la famille paternelle à travers les aînés de chaque sexe.

TABLEAU 1

Origine parentale du prénom et de la ressemblance selon l'ordre de naissance de l'enfant à l'intérieur de son sexe

Ensemble des enfants

1er né 2ème né rang impair rang pair

côté père côté mère côté père côté mère

% Ν % N % N

Magne prénom 92 154 70,2 94 89,8 177 70,2 101 Ressemblance 71 176 55,4 101 69,4 229 56 123

Kastellorizo

prénom 92,5 54 83,8 31 88,7 62 82,3 34 Ressemblance 66 53 75,8 29 60,5 71 75,7 33

Simi

prénom 86,7 83 81,8 55 84,5 110 73,3 60 Ressemblance 61,9 84 54,2 59 60,3 121 47,8 71

La prise en compte des règles de ressemblances et de nomination permet d'avoir une vision plus fine du statut des femmes et des cadets dans le système de parenté. Les observateurs s'accordent le plus souvent à décrire le système Magniote comme un système à lignages agnatiques localisés. Dans le sud du Magne par exemple les biens immobiliers (champs, maisons, tours, églises.,.) se transmettaient en ligne strictement

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agnatique. Les filles n'avaient droit qu'à de l'argent, des bijoux et des habits. C'était si vrai que dans les familles ou il n'y avait que des filles le père préférait parfois transmettre l'ensemble des biens immobiliers à l'un des fils de ses frères plutôt qu'à ses propres filles. Les biens restaient ainsi dans le lignage et aucun étranger ne venait s'installer sur Je territoire (Maxala: quartier) agnatique.

On pourrait avec les observateurs multiplier les exemples de pratiques ou de représentations qui expriment la position inférieure des femmes dans les rapports de force symboliques entre les sexes. La naissance d'un garçon était saluée par des coups de fusils mais non celle des filles. On appelait celles-ci «les muettes». Le père était parfois tellement déçu par l'arrivée d'une fille qu'il pouvait en venir à battre sa femme. Il arrivait dit-on que l'on laisse mourir des bébés filles. Et encore maintenant lorsqu'on demande à un homme le nombre de ses enfants il tend à répondre, comme il est vrai dans une grande partie de la Grèce, par le nombre de ses fils (trois enfants) puis ajoute le nombre de ses filles (et deux filles). Au mariage on souhaitait un garçon au nouveau couple et l'on posait toujours un garçon sur le lit nuptial avant la nuit de noce. On pouvait certes mettre plusieurs enfants de sexe différent (pour avoir une descendance nombreuse) mais le premier posé devait alors être un garçon. Selon un interviewé pour se donner le maximum de chances de faire un enfant male, l'homme doit pendant l'amour s'appuyer sur son coté droit.

La prise en compte des règles de nomination et de ressemblance souligne elle, fortement, l'importance de la première-née des filles pour sa propre famille. Elle est en effet solidement intégrée à sa famille paternelle sous le double rapport du nom et de la ressemblance. Ceci au même titre que le premier-né des garçons. Connaissant l'importance d'une mère pour un homme et sachant que la première-née des filles «ressuscite» la mère de son père on comprend mieux pourquoi parmi ceux qui décrivent la tristesse du père à la naissance de ses filles certains font exception pour la première qui disent-ils est souvent bien accueillie2.

La prise en compte des règles de nomination et de la théorie sur les ressemblances semblent aussi indiquer que les cadets (surtout quand ils sont d'un ordre de naissance élevé) occupent une position inférieure à celle des aînés. A Simi, Kastellorizo et dans le Magne il est des cas où l'on ne donne pas à un enfant le prénom d'un proche parent. Quand la mère accouche difficilement ou que son précédent enfant est mort en

2. Αλεξάκης.

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bas âge on a coutume de faire un vœu et de consacrer l'enfant à un saint dont il portera le prénom. On peut aussi pour différentes raisons donner à l'enfant le nom d'une religieuse, d'un parrain, d'une marraine où, à leur demande, d'un parent de ces derniers. Il est probable qu'à urgence égale on se résout d'autant mieux à ce genre de pratique qu'on attache moins d'importance aux enfants concernés. Or dans les trois régions qui nous occupent les chances de porter un nom hors-parenté augmentent fortement quand on passe des aînés aux cadets d'un ordre de naissance élevé quelque soit le sexe de l'enfant. Pour donner un exemple, la proportion d'enfants ayant un prénom hors parenté progresse régulièrement dans le Magne quand on va des premiers-nés (8,9%) aux enfants sixièmes-nés et plus (47,2%),

Cette idée de la moindre importance des cadets s'exprime aussi dans les représentations sur les ressemblances. Dans les trois régions ce sont surtout les aînés qui sont censés ressembler aux parents et aux grands-parents. Plus on est d'un ordre de naissance élevé, plus on a de chances de ne ressembler qu'à un parent collatéral ou lointain, plus les ressemblances tendent à être floues, et plus on a chances de ne ressembler à personne en particulier ou à plusieurs personnes à la fois. Comme à Karpathos on dit des cadets qu'ils sont "bâtards" (bastardo ratsa).

Un indicateur important du statut élevé des aînés est l'existence d'un terme spécial pour les désigner: Kiritsis ou Tsitsis c'est-à-dire petit maître pour les garçons et Kiratsa ou Tsatsa, petite maîtresse pour les filles3. On notera qur la première née des filles est traitée par le système exactement comme le premier-né des garçons. C'est ce que nous avions déjà remarqué à propos des règles de nomination et de ressemblance. Selon certains le père et la mère sont très attachés à leur fille aînée le premier parce qu'elle porte le prénom de sa propre mère, la deuxième parce qu'elle la seconde dans son travail.

Ceux qui ont travaillé dans le Magne ont surtout insisté sur l'existence de lignages agnatiques localisés et sur l'effet de structuration qu' exercent ces lignages, conjointement avec les règles de résidence viripatrilocale, sur les rapports de parenté. Les enfants seraient plus proches de leurs parents (ils vivent dans le même Maxala) que de leurs parents maternels. Entre cousins patrilatéraux c'était dit-on, notamment dans un contexte de vendetta, à la vie et à la mort. Mais pour progresser dans l'analyse des rapports de parenté pratique il faut tenir compte des deux taxinomies pré-citées. L'aurait-on oublié les noms de famille, supports des

3. Hem.

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lignages agnatiques n'ont pas toujours existes et sont pour beaucoup construit a partir du prénom de l'ancêtre éponyme. Tout se passe comme si l'importance du rôle joué par les noms de famille dans la définition des rapports de parenté publiques, officiels et politiques avait masqué aux yeux des ethnologues l'effet de structuration exercé en profondeur par les règles de prénomination.

Or il suffit d'un bref séjour dans le Magne pour se convaincre de l'importance affective des prénoms. Il est de notoriété publique que les grands-pères, c'est aussi vrai des grand-mères, ont un faible pour leurs petits-enfants homonymes: «si l'un deux fait une bêtise, ce sera un autre enfant qui paiera». Cette partialité qui avantage spécialement les fils aînés des fils et qui s'exprime continûment à travers une multitude de petits incidents comme la distribution inégale de menus cadeaux (bonbons, billes.,,) est précisément l'un des facteurs reconnus qui contribuent peu à peu à la structuration des échanges affectifs intra familiaux. Cette importance du nom et peut-être de la ressemblance qui assez souvent l'accompagne fait que les oncles et tantes maternels ont un faible pour les neveux et nièces homonymes ou qui tout simplement portent un prénom provenant de leur côté de telle sorte que les deuxième-nés de chaque sexe tendent, toute choses étant égales par ailleurs, à être plus proches de la famille maternelle que les premiers-nés. Ces préférences affectives ne sont pas sans conséquences puisque les oncles et tantes préfèrent emmener en vacance et plus tard, s'ils sont eux mêmes sans enfants, faire hériter les neveux et nièces dont ils se sentent proches par le prénom et probablement, mais secondairement, la ressemblance. Mieux certains prétendent qu'Ego tend à ressentir comme à Karpathos, une affinité particulière pour les frères et soeurs qui portent un prénom provenant du même côté parental que le sien et pour les enfants de ces frères et soeurs. Ici comme probablement dans une grande partie de la Grèce l'existence d'un lien possible entre le prénom et la fortune dont on peut hériter sert de fondement aux stratégies de captation d'héritage et l'on n'est d'autant plus enclin à «ressusciter» un oncle ou une tante qu'ils sont sans enfant.

Ce que l'on a dit pour le Magne vaut aussi pour Kastellorizo ou Simi. A Simi certains m'ont assuré qu'une grand-mère a une affection particulière non seulement pour ses petites filles homonymes mais aussi pour ses petits fils homonymes de son mari. Comme à Karpathos on tend à avoir, toutes choses étant égales par ailleurs, un rapport privilégié avec les homonymes des parents que l'on aime. C'est ce que montre bien cette habitude de se concilier les faveurs d'étrangers en invoquant

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l'homonymie avec un parent comme dans cet exemple où une femme hèle un enfant pour qu'il lui fasse une course: «Ela, Nikos toi qui a le même prénom que mon père va me chercher ça». Ce transfert affectif qui prend pour support un nom peut parfois se faire en sens inverse. Mais l'exemple le plus étonnant de l'importance affective des prénoms dans le Magne concerne les rapports d'Ego avec ses beaux-parents. Dans cette société patri-virilocale les parents ont un faible pour les brus qui portent le prénom de l'une de leurs filles: «Comme ça le nom reste près d'eux quand leur fille les quittent pour se marier». Et si l'homme qui fait un mariage en gendre a souvent un bas statut chez sa femme, héritière en l'absence de frère, (on dit qu'il a sa route toute tracée par la famille de la femme et perd sa personnalité) il y un cas où il tend à échapper au mépris plus ou moins déguisé qu'il suscite habituellement pour devenir le plus chéri des gendres c'est celui où il porte le prénom du grand-père paternel de sa femme. C'est qu'il ferme alors une plaie ouverte et vient remplacer par le prénom qu'il porte le fils aîné que son beau-père n'a pas pu avoir et qu'il va aimer en la personne de son homonyme. Dans ce cas donc on fait moins attention à la fortune du gendre. Certains vont jusqu'à soutenir que le prénom peut jouer un rôle significatif dans le choix d'une bru ou d'un gendre.

S'il faut se garder d'exagérer l'importance surtout actuelle des prénoms on voit que leur prise en compte permet de se poser de nouvelles questions et vient compliquer l'image d'un système qu'on croyait bien connaître. La distribution des prénoms, des homonymies et des ressemblances dessine un réseau inattendu d'affinités et de solidarités. Et c'est finalement toute l'économie des échanges affectifs et dans une moindre mesure économiques qui, pour une part plus ou moins grande selon les sociétés locales, se trouve indexée, comme à Karpathos sur les règles de nomination.

Autres systèmes et points communs

A Tinos, dans la population catholique, les règles de nomination suivaient un ordre d'alternance selon l'ordre de naissance absolu des enfants à l'intérieur de la fratrie et non, comme dans le Magne ou à Karpathos, à l'intérieur de leur sexe. Si l'on ne tient pas compte des prénoms qui n'étaient pas d'origine familiale, les enfants de rang impair tendaient à avoir un prénom provenant de leur famille paternelle et ceux de rang pair de leur famille maternelle. Le premier né des enfants prenait un prénom paternel, selon son sexe, celui du grand-père ou de la grand-

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mère paternelle le deuxième un prénom maternelle celui de son grand-père ou de sa grand-mère maternelle et ainsi de suite. Le système était donc inégalitaire mais moins que le système Magniote. Il existait ici aussi un certain lien entre le prénom que l'on portait et les biens dont on pouvait hériter. Maria Yannissopoulos signale que dans les testaments les petits enfants homonymes (filles et garçons) passent avant les germains et reçoivent une part d'héritage non négligeable. L'ordre des bénéficiaires est le suivant: enfants, petits enfants homonymes, germains, autres petits enfants, neveux, cousins. On a l'exemple d'un homme qui laisse sa maison à sa fille en lui demandant de la transmettre ensuite à un enfant mâle qui aura le prénom de son grand-père maternel. De façon générale les garçons recevaient les meilleurs champs et étaient avantagés par rapport aux filles et l'un d'eux l'était par rapport aux autres surtout semble-t-il celui qui restait sur place et s'occupait des parents. Selon Maria Yannissopoulos l'ordre de naissance n'intervenait pas. Pourtant les premiers enfants sont très souvent les homonymes de grand parents qui peuvent les favoriser. Et si l'on prend l'exemple de la famille des grands propriétaires qu'elle donne il semple que les chances de rester sur place sont les plus fortes pour l'aîné et diminuent quand on va vers les cadets d'un ordre de naissance élevé.

Comme dans le cas Magniote il n'existe malheureusement pas, ou plus, de règle explicite de ressemblance selon l'ordre de naissance qui soit reconnue par tout le monde. Cependant on retrouve l'idée selon laquelle les premiers enfants ressemblent plus directement à leurs parents que les suivants parce qu'avec le temps l'amour se transforme en amitié. Et l'enquête statistique dit que dans 66,6% des cas (N=216) l'aîné des enfants quelque soit son sexe est censé ressembler à son père ou à sa famille paternelle contre 53,4% des autres enfants sans distinction selon l'ordre de naissance (N=350), L'aîné des enfants tend bien à être rattacher à sa famille paternelle à la fois sous le rapport du nom et de la ressemblance mais le deuxième n'est rattaché à sa famille maternelle et encore faiblement que par le prénom.

A Meganissi (île de la mer ionienne) selon Roger Just les garçons se partageaient à égalité les biens paternels c'est-à-dire l'ensemble des champs et la maison tandis que les filles ne recevaient qu'une dot généralement en argent. Les parents restaient vivre dans la maison paternelle avec un fils marié (parfois plusieurs) souvent l'aîné (dernièrement assez souvent le dernier). Certains interviewés affirment cependant que lorsque la maison était petite elle n'était pas partagée. C'était alors l'aîné qui en héritait (ou parfois dernièrement le dernier). Dans cette île tous

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les enfants, quelque soit leur sexe et leur ordre de naissance, appartiennent, de façon majoritaire, aussi bien sous le rapport du prénom que de la ressemblance, à leur famille paternelle. C'est surtout vrai sous le rapport du prénom et pour les aînés: 89,6% des aînés qui portent un prénom d'origine familiale le reçoivent de leur famille paternelle (N=116) contre environ 67% pour les cadets (N=84) et les aînés ressemblent dans 68,7% à la famille paternelle (N=131) contre 58,5% pour les cadets (N=188). Comme dans le système Magniote la taxinomie des ressemblances vient globalement renforcer l'effet de structuration que les règles de nomination exercent sur les rapports de parenté. Ici aussi les premiers enfants sont censés ressembler davantage aux parents eux-mêmes que les autres, on donne le prénom d'oncle ou de tante célibataires pour capter leur fortune, et on tend à penser que l'homonymie peut être source de ressemblance de caractère. Il arrive dit-on qu'une mère excédée contre sa fille lui crie «Mais pourquoi donc t'a-t-on donné le prénom de la grand-mère qui avait un sale caractère?!». On dit aussi que les mères, surtout avant, avaient un faible pour celle de leurs filles qui portait le prénom de leur propre mère. Et j'ai rencontré une femme dont la soeur bien aimée était morte jeune mariée et qui avouait un faible pour celle de ses propres filles à qui elle avait donné le prénom de la morte.

Dans presque toutes les régions les statistiques sur les jugements de ressemblance font apparaître un biais patrilatéral. Partout la taxinomie des ressemblances tend à renforcer les effets de structuration exercés par les règles de nomination sur les rapports de parenté (tableau 2). Ajoutons que lorsque l'enfant est dit ressembler à une personne précise en dehors de son père et de sa mère c'est dans la grande majorité des cas à un parent homonyme le plus souvent à un grand parent 82,5%. N=333) ou à un oncle ou une tante (13,2%),

Enfin le tableau 3 montre que partout la perception des ressemblances tend à être structurée par un principe de réciprocité: les parents se partagent les enfants les plus importants en utilisant un système de compensation entre enfants relativement équivalents. Ce système de compensation fonctionne entre le premier enfant de la fratrie et le deuxième, entre les deux premier nés à l'intérieur de leur sexe et, sauf dans les régions à système Magniote où ils ressemblent tous les deux majoritairement on l'a vu à la famille paternelle, entre le premier garçon et la première fille. La moindre importance des cadets deuxième-nés de la fratrie et suivants se voit au fait que la fréquence de l'alternance des ressemblances est faible ou inexistante entre le deuxième et le troisième.

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TABLEAU 2

Fréquence avec laquelle la ressemblance physique centrée sur le visage va du même côté que le prénom.

A. Ensemble des enfants % N

Β. Enfants ressemblant à un parent précis autre que père et mère % Ν

Karpathos Kastellorizo Magne Meganissi Nissyros Sifnos Simi Tilos Tinos

60,6 72,7 65,6 61,2 59,6 62,3 56,5 66,5

89

257 189 550 255 146 76 422

88,8

86,3 82 62,5 79,3 77,1 68,1

81,8

90

27 22 95 48

58

35 22 11 41

TABLEAU 3

Fréquence avec laquelle les jugements de ressemblance rattachent les enfants les plus valorisés à des côtés parentaux opposés

A

ο/ /ο

Ν

Β

%

Ν

C

%

Ν

Systèmes égalitaires

Karpathos 78,3

171

74,3

113

66

153

Nissyros 63,3

180

55,3

141

61,7

170

Sifnos 61,9

84

61,1

54

66,6

78

Tilos 78,5

28

79,1

24

60,8

23

Systèmes inégalitaires

Kastellorizo 68,9

29

71,4

21

78,5

28

Magne 60

85

46,9

66

66,6

96

Meganissi 53,6

95

50

68

55,8

77

Simi 65,3

52

53,1

32

71,4

63

Tinos 71,2

139

60,6

89

66,1

127

A = Premier/deuxième né de la fratrie. Β = Premier né des garçons/première née des filles. G = Premier/deuxième né du même sexe. Le tableau se lit de cette façon: à Karpathos dans 78,3% des cas quand le premier et le deuxième né de la fratrie ressemblent chacun de façon univoque à un parent (père ou mère) ou à un côté parental précis, ils ressemblent à un parent ou un côté parental différent (si le premier ressemble à sa mère le deuxième ressemble à son père et inversement) ; de la même façon dans 74,3% des cas quand le premier né des garçons et la première née des filles ressemblent chacun de façon univoque à un seul côté parental c'est a un côté différent etc.

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entre le troisième et le quatrième et ainsi de suite: 54,5% (N=143) à Tinos, 54,2 (N=221) à Karpathos, 54% (N=233) à Nissyros, 53,2% (N= 137) dans le Magne, 52,6% (N=93) à Sifnos, 48,5% (N=35) à Kastellorizo, 48,1% (N=79) à Méganissi, 46,1 (N=26) à Tilos et 44,3% (N=79) à Sirni.

Le tableau 4 montre que pour l'ensemble des régions l'alternance est forte entre le premier et le deuxième enfant quand ils sont de même sexe et qu'il est donc plus facile au parent qui a eu le premier enfant de céder l'autre mais qu'elle est insignifiante entre de deuxième et le troisième et entre les suivants.

TABLEAU 4

Fréquence de l'alternance dans les ressemblances physiques pour l'ensemble des régions étudiées

1er/2ème enfant

2ème/3ème - 3ème/4ème etc.

Nombre d'enfants même sexe dans la famille % N

sexe différent % N

même sexe sexe différent

% Ν % Ν

2 Enfants

73,8 168

65,3 182

3 Enfants

et plus

68,4 276

61,1 237

53,6 51ι 51,2 535

Le tableau 4 montre aussi que cette alternance est encore plus forte quand son absence créerait une inégalité particulièrement difficile à supporter par l'un des partenaires, c'est à dire dans les fratries de deux enfants où pour cette raison la partie lésée n'a aucune chance de trouver une compensation de même nature, physique ou psychologique, à travers un autre enfant. Mais l'alternance ne s'applique jamais avec autant de rigueur (plus de 75% des cas) que dans les familles de deux enfants de même sexe. C'est que le parent qui a pris le premier né peut alors céder d'autant plus facilement le deuxième que ce dernier étant de même sexe, ne bénéficie pas de la rareté et donc de la valeur qu'il aurait autrement. C'est aussi qu'une non-alternance dans une famille de deux enfants de même sexe apparaîtrait comme une injustice trop flagrante.

Quoiqu'il en soit on espère avoir fait comprendre que les règles de nomination qui utilisent des prénoms d'origine familiale et les représentations populaires sur les ressemblances constituent deux modes de répartition symbolique des enfants. Il s'ensuit que la position de chaque enfant dans l'économie affective familiale et donc son destin psychologique

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que et social (notamment par le biais des mécanismes d'identification) dépend pour une part en tout cas de la place qui lui est donnée par ces deux types de taxinomie.

Αλεξάκης Ε. Π., Τα γένη και η οικογένεια στην παραδοσιακή κοινωνία της Μάνης, Αθήνα 1980.

Herzfeld Michael, «When exceptions define the rules: greek baptismal names and the negotiation of identity». Journal of Anthropological Research 38 (1982) 3.

Just R., «Quest-ce qu'une dot? Interprétation et pratique des prestations matrimoniales à Méganissi», in Le prix de l'alliance en Mediteranée, J. Péristiany, GN.R.S,. 1989.

Kenna Μ. E., «Houses fields and graves: property and ritual ogligation in a Greek island». Ethnology 1 (1976).

Vernier Β., L'ordre social des aînés Canacares à Karpathos et sa reproduction, Thèse de troisième cycle, Université René Descartes, Paris 1977.

Vernier Β., «La circulation des biens, de la main-d'oeuvre et des prénoms à Karpathos». Actes de la recherche en sciences sociales 31 (1980).

Vernier Β., «Fétichisme du nom, échanges effectifs intra-familiaux et affinités électives», Actes de la recherche en sciences sosiales 78 (1989).

Vernier Β., La genèse sociale des sentiments, aînés et cadets dans l'île grecque de Karpathos, Editions EHESS, 1991.

Yannissopoulou Μ., Société et religion en Grèce insulaire: un exemple, Potamia - Tinos, Thèse, EHESS, 1992.

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TEMPS DE L'ENFANCE, TEMPS DU RECIT,

TEMPS DE DIEU DANS LES RECITS DE MIRACLES

DES XIIe-XIVe SIECLES

DIDIER LETT

Des travaux récents montrent l'intérêt que les médiévistes portent à l'histoire de la jeunesse et de l'enfance1. L'ensemble de ces ouvrages indique clairement que les positions de Philippe Ariès soutenues en 1960 sont fausses2: il est en effet désormais admis qu'au Moyen Age, "le sentiment de l'enfance" existe, le souci éducatif des pédagogues comme des parents est très fort, une terminologie précise est utilisée pour désigner tel ou tel enfant et les ages de l'enfance sont bien délimités et ne se confondent en aucun cas avec l'âge adulte.

Dans le cadre de ce colloque, il est inutile de revenir sur ces aspects. Il m'a paru plus important de montrer comment s'élabore l'histoire de l'enfance médiévale, quelles sont les méthodes utilisées et, en particulier, comment le temps de l'enfance peut être appréhendé à travers une source particulière: les récits de miracles.

Ce type de source a souvent été étudié par les historiens de la médecine, surtout pour répertorier les types de maladie dont souffraient les

1. Pour une bibliographie à jour, on peut se reporter à Pierre Riche et D. Alexandre-Bidon, L'enfance au Moyen Age, Paris, Seuil, BNF, 1994, p. 215-218 et à P.- A. Sigal, "L'histoire de l'enfant au Moyen Age; une recherche en plein essor", Histoire de l'éducation, 1998 (à paraître). On citera uniquement les principaux ouvrages parus ces deux dernières années: D. Alexandre-Bidon et D. Lett, Les enfants au Moyen Âge (Ve-XVe siècles), Paris, Hachette, 1997; Ε. Becchi et D. Julia dir., Histoire de l'enfance en Occident, t. 1, Paris, Seuil, 1998; R. G. Finucane, The Rescue of the Innocents Endangered Children in Medieval Miracles, St. Martin's Press, New York, 1997; D. Lett, L'enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Age (XHe - XHIe siècles). Paris, Aubier, 1997; G. Levy et J.- Cl. Schmitt, Histoire des jeunes en Occident, Paris, Seuil, 1996.

2. Ces positions sont pourtant encore largement admises auprès d'un grand public et parfois même auprès de nombreux collègues non médiévistes. A cet égard, certains travaux contenus dans E. Becchi et D. Julia dir.. Histoire de l'enfance, op. cit., pourtant la synthèse la plus récente, sont particulièrement décevants.

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gens du Moyen Âge. Or les récits de miracles représentent une documentation de toute première importance pour l'étude de la société et des mentalités en général et pour l'histoire de l'enfance et de la famille en particulier3. On les trouve dans des vitae (miracula in vita), des récits de translations de reliques, des recueils de miracles (souvent post mortem), des procès de canonisation ou des légendes hagiographiques. Ils présentent l'avantage, dans le but de montrer que le saint est un intercesseur pour tous, de diversifier les miraculés. Par conséquent, les auteurs de miracula présentent aussi beaucoup d'enfants, ces deux sexes, en donnant souvent leur âge. Il font état également de l'ensemble des réactions des proches auprès de l'enfant malade, accidente ou mort. A partir de la fin du Xlle siècle, la nécessité d'une enquête rigoureuse pour décider de la sainteté renforce encore la richesse de ce type de documents. Dans la lettre qu'Alexandre III adresse au roi de Suède en 1171 ou 1172 (Aeterna et incommutabilis), l'Église romaine se réserve le droit d'autoriser ou non certains cultes de saints. Et surtout, à partir de 1234, le Pape s'octroie le monopole de la canonisation. Se met alors en place la réserve pontificale. L'enquête officielle devient une nécessité (avec témoignages, dépositions des témoins qui doivent être enregistrées sous le sceau du serment) débouchant sur un procès de canonisation: les miracula (post mortem) fonctionnent beaucoup plus comme un document historique que dans les siècles antérieurs.

Comment étudier l'enfance à partir de ce type de document et surtout quels sont, pour rester dans la problématique générale du colloque, les temps de l'enfance qui apparaissent?

A un premier niveau de lecture, on voit apparaître le quotidien, le temps de l'enfance. Mais pour le transcrire en "réalité historique", en temps réel, il faut avoir conscience de deux autres temps: celui du récit et celui de Dieu. En effet, l'hagiographe inscrit son histoire dans le temps chrétien et le miraculum joue souvent comme une Bible actualisée; sous couvert de raconter des événements, le narrateur rappelle aux chrétiens des vérités scripturaires. Sous le temps de la narration se cache le primat du didactique et le temps de l'histoire chrétienne.

Comment élaborer une histoire de l'enfance et de la jeunesse à partir de ce type de source, particulièrement codé?

3. Pour une bibliographie récente sur les travaux réalisés à partir des récits de miracles, voir Ρ. Α. Sigal, "Les récits de miracles", dans Comprendre le XHIe siècle, Études offertes à Marie-Thérèse Larcin, P. Guichard et D. Alexandre-Bidon dir., PU de Lyon, Lyon, 1995, p. 133-144.

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Temps de l' enfance

Tout d'abord, on constate que les enfants sont beaucoup plus nombreux dans les récits de miracles que dans les autres types de document: sur 1214 miraculés étudiés dans des récits anglais et français des XlIe-XIIIe siècles4, j'ai dénombré 284 individus de moins de seize ans (sans compter les autres enfants mis en scène auprès des miraculés enfants ou adultes), ce qui représente plus de 23%. On remarque également que tous les âges et les deux sexes sont représentés. L'âge des enfants est beaucoup plus souvent mentionné que celui des adultes: 2% seulement de l'ensemble des miraculés et 36% si l'on ne prend en compte que les 284 enfants. De nombreux mots de vocabulaire en latin (infans, infantulus, parvulus, parvula, puer, puella, virgo...) sont employés et portent souvent sur des groupes d'âges bien spécifique; jamais un hagiographe n'est aussi précis (âge et vocabulaire) que lorsqu'il parle d'un enfant. Enfin, dans ce type de documentation, il ne s'agit pas, comme dans les traités ou les textes juridiques, d'un discours sur l'enfance mais d'une mise en scène d'enfants, une mise en situation, L'hagiographe pour être cru doit être crédible et donner à sa narration un «effet de réel». Le texte cité ci-dessous peut nous servir d'exemple pour illustrer notre propos. Il s'agit d'un récit de miracles attribués à Thomas Becket, rédigé par Benedict de Peterborough, moine de l'abbaye de Cantorbéry, vers 1172-1174:

«Un homme avait offert un fromage à l'épouse d'un dénommé William qui chargea sa fille Béatrice, encore très jeune, de le ranger. Cette dernière ayant posé le fromage, se livra à ses amusements et à ses jeux, comme il est d'usage à cet âge, oubliant aussitôt complètement le fromage. Quelques jours s'étaient écoulés lorsque le fromage revint à la mémoire de la fillette mais elle était absolument incapable de se souvenir où elle l'avait posé. Craignant d'être fouettée à cause du fromage oublié, elle confia son secret à l'un de ses frères à peu près aussi jeune qu'elle, qu'elle préférait aux autres et dont elle était particulièrement chérie, cherchant à savoir s'il se souvenait de cet événement ou de l'endroit où le fromage avait été posé. Il répondit qu'il l'ignorait. Alors qu'approchait le vendredi de la semaine suivante, comme ils avaient réellement peur que le fromage confié leur soit réclamé, ils passèrent et repassèrent chaque endroit au crible, ils mirent la maison sans dessus-dessous, cherchèrent le fromage et ne le trouvèrent pas. Pendant longtemps et très souvent, ils

4. L'étude complète de ce corpus se trouve dans D. Lett, L'enfant des miracles..., op. cit.

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cherchèrent des tactiques mais n'en trouvèrent aucune. Enfin, il vint à l'esprit de la fillette (idée bonne dans sa conception), de se rendre auprès de l'homme déjà cité, bien qu'il soit reparti, pour lui demander un fromage en tout points identique au premier. Mais le garçon (répondit): "Pas du tout, nous ferons ce qui doit être fait, avec l'aide de Dieu; j'ai entendu et c'est déjà répandu partout sur la terre, que le saint martyr de Dieu, Thomas, s'est illustré dans bon nombre de miracles. En vérité, si nous voulions avoir recours à son aide avec dévotion, nous n'aurons pas à nous plaindre d'un quelconque refus de notre demande. Prions donc sa clémence afin qu'il nous fasse savoir dans notre sommeil où se trouve le fromage". Cette tactique enfantine plut aux deux enfants et, ayant dit l'oraison dominicale, ils allèrent au lit.

C'est pourquoi, avec un air avenant et des manières gracieuses, le saint se présenta à la fillette endormie et dit: "Qu'est-ce qui t'afflige?" Elle donna la raison de son chagrin, la perte du fromage et la crainte du châtiment. Et le saint, ayant montré un très vieux pot dans lequel on avait l'habitude depuis quelques temps de figer et de confectionner le beurre: "Tu ne te rappelles pas, dit-il, que dit-il, que tu as posé le fromage dans ce vieux pot? Lève-toi, tu le trouveras là". S'arrachant au sommeil, elle accourut vers l'endroit désigné et saisissant le fromage, elle s'élança vers son frère, disant: "Hugues, assurément, j'ai trouvé le fromage''. L'enfant lui répondit: "A vrai dire, je sais où tu l'as retrouvé". Face aux exigences de sa soeur, il désigna le même endroit. La fillette admirant encore plus ses réponses: "Comment l'as-tu su?", demanda-telle. Et l'enfant: "Un homme de bel aspect et vêtu comme un prêtre s'est présenté à moi me demandant le motif de ma peine. Lorsque je lui ai dit, il me montra le fromage et me dit: "Lève-toi; tu le trouveras dans ce pot". "Vraiment", dit la petite fille, "alors que je dormais, le même homme m'est apparu et a utilisé les mêmes phrases". Se levant, ils dévoilèrent à leur mère cet événement extraordinaire; celle-ci le révéla au prêtre du village, Edric, qui, ayant fait venir tour à tour le garçon et la fille, entendit un seul et même récit des deux enfants, sans la moindre variante, et venant à Cantorbéry, fit rire presque tous ceux à qui il raconta cette histoire»5,

«Ce récit nous apporte de précieux renseignements sur la vie domestique,

5. Materials for the History of Archibishop Thomas Becket, rolls senese, dite par J. G. Robertson, no 67, vol. 2, 1875, Livre III, 51 ; traduit du latin par Cécile Treffort et Didier Lett.

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économique et religieuse anglaise de la fin du Xlle siècle. Il nous livre également des informations essentielles sur les jeux d'enfants, les qualités et l'autonomie des différents groupes d'âges dans le processus miraculeux, l'importance du lien frère-soeur, les modes d'éducation parentale, etc. Le temps de l'enfance est perceptible, temps libre et temps du jeu, temps de la maladie et de l'accident, temps de l'amour avec les proches. Mais si l'on s'arrêtait à ce premier niveau de lecture, on ne ferait pas un bon travail d'historien car on se laisserait piéger par sa source, au moins pour deux raisons: parce que le discours de l'hagiographe est complètement conditionné par la finalité du récit et parce que le temps du miracle se réinscrit dans le calendrier liturgique,

Temps du récit

Les récits de miracles possèdent une trame narrative similaire. Ils permettent donc de constituer des séries homogènes et de réaliser un travail sériel6. On peut, par exemple, calculer le temps écoulé entre le début du mal ou l'accident et l'invocation, le temps passé entre la demande d'intercession et le miracle ou encore la durée de Γ affection. Mais surtout, les récits de miracles se prêtent à un découpage en «plan-séquences»: la première séquence permet de voir de quelle manière l'enfant est présenté (dans le texte ci-dessus, pris comme exemple, la petite Béatrice est présentée par rapport à sa mère). La seconde séquence concerne les événements qui se déroulent avant l'accident, la maladie ou la perte (jeux des enfants); elle permet de repérer les personnages se trouvant autour de l'enfant dans ce qui est sans doute le plus proche de la «vie quotidienne», La troisième séquence porte sur l'événement qui va être à l'origine de la demande d'intercession (perte du fromage), La quatrième séquence est marquée par les vaines tentatives des personnages pour «régler le problème»: pose d'emplâtres ou d'herbes à valeur jugée curatives, absorptions de breuvages, visite chez un ou des médecins, déplacements dans d'autres sanctuaires, invocations d'autres saints (dans notre texte: recherche vaine du fromage). Le but de ces entreprises qui s'avèrent inutiles est de donner d'autant plus d'éclat au miracle qui va se produire. Tout personnage, quel qu'il soit, en entrant dans cette zone du récit, connaît des turbulences malignes qui annihilent ses actions. Les cinquième et sixième séquences offrent des renseignements sur les auteurs

6. Voir D. Lett, «Peut-on faire des miracles sur ordinateur ? Réponse avec quelques enfants du Moyen Age...», Hagiographie, hagiologie, Le Médiéviste et l'Ordinateur, no 34, Hiver 1996-1997, p. 24-3o.

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de la décision et de l'invocation (Béatrice et Hugues), La septième séquence fait apparaître les personnages qui, lorsqu'il y a déplacement au sanctuaire, se rendent (avec ou sans l'enfant) auprès du tombeau du saint. La huitième séquence narrative permet de voir qui se trouve autour de l'enfant au moment où le miracle se réalise. Enfin, les deux dernières parties du récits mettent en lumière, le cas échéant, ceux qui ont remercié et/ou témoigné auprès des inquisiteurs ou des moines qui ont rapporté l'événement (Béatrice et Hugues). Le fait que tous les récits fonctionnent en respectant le même rythme invite donc à être prudent sur la manière dont on peut se servir des miracula pour reconstruire la réalité. L'enfance est prise en otage par le temps du récit; elle apparaît toujours soumise à la finalité du récit qui, à travers des schèmes hagiographiques stéréotypés, doit montrer l'efficacité du saint et, en dernier instance, la toute puissance de Dieu en s'inscrivant dans un troisième temps, un temps linéaire, un temps biblique.

Temps de Dieu

Le récit de miracle se présente sous la forme d'une suite d'événements; il raconte une histoire (fonction mimétique). Mais il figure aussi un sens chrétien, fait passer un message biblique (fonction idéologique). L'historien doit toujours chercher à déceler ce qui est de l'ordre de «la ruse du narrateur» pour «faire croire» et ce qui est la transcription de la réalité. Le récit de miracles ne vise pas vraiment à donner une information nouvelle aux lecteurs mais présente souvent des lieux communs, La fonction est d'inciter à se remémorer des vérités qu'il connaît déjà. Ce phénomène est appelé «paradoxe informationnel» par J, - M. Lotman7. Michel de Certeau confirme cette idée, lorsqu'il écrit, en parlant du discours hagiographique: «il illustre une signification acquise alors qu'il prétend ne traiter que d'actions»8.

Ce troisième temps n'apparaît pas de manière explicite dans le récit qui met en scène Béatrice et Hugues. Aussi, peut-on donner d'autres exemples. Le premier est extrait du même recueil de miracula: la comtesse de Clare vient d'avoir un enfant qui depuis l'âge de quarante jours souffre d'une hernie. Après avoir consulté en vain des médecins elle finit par se rendre au sanctuaire de saint Thomas Becket, alors que l'enfant

7. J.- M. Lotman, «L'art canonique comme paradoxe informationnel», Le problème du canon dans l'art ancien et médiéval, Moscou, 1973.

8. M. De Certeau, L'écriture de l'histoire, Seuil, 1975, p. 274.

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    33. Πρακτικά Συμποσίου, Χρόνοι

    L'IMPORTANCE DU NOM ET DE LA RESSEMBLANCE

    SUPPOSEE DANS LE DESTIN AFFECTIF

    ET SOCIAL DES ENFANTS

    BERNARD VERNIER

    Encore récemment, dans une grande partie de la Grèce rurale, la place de chaque enfant dans les rapports symboliques, affectifs mais aussi parfois économiques intra-familiaux dépendait, en partie, de l'origine de son prénom et de la ressemblance qu'on lui supposait avec un parent donné. C'est ce que je voudrais montrer à partir de quelques exemples particulièrement frappant.

    Le système Karpathiote

    L'île de Karpathos en mer Egée connaissait un système de parenté unique en Europe1, Il se caractérisait par l'existence de lignées masculines et féminines nettement séparées qui avaient pour base économique des patrimoines sexués et indivisibles. Dans chaque famille, le premier-né des garçons héritait de son père et la première-née des filles de sa mère. Les autres enfants étaient exhérédés. Les cadets émigraient pour la plupart tandis qu'une majorité de cadettes restaient sur place, célibataires à vie. Elles servaient de bonnes et d'ouvrières agricoles aux couples des aînés. Chacune des lignées sexuées avait pour support symbolique deux prénoms qui se succédaient en alternance de génération en génération. Le premier-né des garçons prenait le prénom de son grand-père paternel. On disait qu'il le «ressuscitait», la première-née des filles prenait celui de sa grand-mère maternelle. Ces lignées recrutaient également, toujours par le biais du système d'appellation, les cadets dont elles avaient besoin pour assurer leur reproduction. Le deuxième-né des garçons portait le prénom de son grand-père maternel et la deuxième-née des filles celui de sa grand-mère paternelle. La nomination des autres cadets obéissait

    1. J'ai donné une première description de ce système étudié dès 1967 dans une thèse de troisième cycle dirigé par Ρ. Bourdieu et soutenu en 1977.