Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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GEORGES MARGARITIS

DE LA TRANSCRIPTION À LA RÉCRÉATION DE L'HISTOIRE: LE PASSÉ ET SON ENSEIGNEMENT À L'ÉPOQUE DE L'«E.P.O.N.»

Derrière les événements historiques qui captent notre attention et notre connaissance se cache un univers aux dimensions imprévisibles et aux fonctions considérables. Il s'agit du domaine de l'entendement humain, du conscient mais aussi de l'inconscient, du domaine de la mentalité, de l'idéologie, de la pensée. On ne saurait trop insister sur la signification qui est la sienne dans l'être et le devenir historiques. Les visions du général Makriyannis publiées récemment chez nous, nous ont amenés à plus de respect envers ce domaine.

C'est à l'intérieur de ce domaine que se situent les fonctions multiples de la mémoire. Je ne me réfère pas à ses origines biologiques, mais bien à ses dimensions sociales, à cette mémoire collective que nous appelons, par convention, historique. Les historiens, qui tentent de décrire le passé, ont ressenti le poids de celle-ci, fait d'inertie, qui fait obstacle mais aussi guide leurs propres initiatives. Cette mémoire appartient à un niveau du temps historique qui change lentement et laborieusement. En termes scientifiques, elle appartient à la longue durée.

Il n'est pas toujours facile d'avoir, d'extraire des sources, les images que cette façon de sentir le passé produit dans l'esprit humain. Pour les historiens, il n'existe qu'une seule grande occasion. Cette conscience historique, le sens historique collectif, se situe toujours au centre de l'initiation des jeunes; il se trouve dans l'enseignement qui leur est adressé. Il est en quelque sorte une des fonctions de l'intellect que le jeune doit conquérir pour s'initier, pour intégrer un groupe social donné.

Sous l'Occupation, l'espace de la Résistance, ou, pour préciser, l'E.A.M., a formulé sa propre version de l'histoire, du passé, en s'efforçant de la transmettre aux jeunes qui y participaient. Cet enseignement n'a pas été dispensé sur les bancs ou dans les écoles, comme c'est

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le cas aujourd'hui; il s'est effectué par la propagande, dans des tracts et des documents militants. Il s'est fait dans les manifestations, les discours et les formes d'organisation de l'époque. Étroitement lié à la lutte de tous les jours, il possédait donc une efficacité qui nous est aujourd'hui inconnue. C'est ce processus de transmission de savoir, d'idéologie, de conceptions que l'on doit étudier pour découvrir comment a été formé le sens collectif du passé pour la génération de la Résistance. Et, étant donné que ce que l'on transmet et l'on enseigne à toute nouvelle génération n'est que l'extrait des connaissances, des mentalités et des idéologies, qui —selon le terme conventionnel— «dominent», le processus entier devient particulièrement révélateur.

A travers quel sens de la différence la génération de la Résistance aborde-t-elle l'histoire? Pour les jeunes d'aujourd'hui, l'appartenance à des entités et à des ensembles «nationaux» par exemple, est très peu développée, malgré l'effort mené par l'enseignement officiel de l'histoire dans un sens contraire. Il ne pourrait en être autrement dans un pays européen moderne, aux frontières ouvertes, ayant une dimension cosmopolite, une télévision et des touristes. Mais dans ces années-là, la situation était très différente, étranger équivalant à ennemi. C'était palpable par la mort, la ruine et la douleur. Lorsque ce qui est ennemi et étranger est délimité avec précision, la constitution de l'unité des «nous» sera d'autant plus nette. Les gens, les combattants avaient alors le sentiment profond qu'ils étaient grecs, patriotes, unanimes, résistants, «éamites», «éponites», compagnons de lutte, camarades. L'expression «celui-là est des nôtres» était d'une portée tout à fait différente de celle qu'elle peut avoir de nos jours. C'était alors une question de vie et de mort.

Dans une semblable situation toute tolérance géographique de l'histoire est annulée et celle-ci devient très nettement nationale. C'est-à-dire qu'elle confirme ces délimitations claires, elle les prolonge dans le temps et explique leurs racines. Le ou la jeune Souliote, selon le portrait qu'en livre Vlachoyannis, constituent des modèles de comportement aux propriétés très précises. Ce sont des enfants totalement liés, à la vie et à la mort, à la communauté, à la patrie, en laquelle et pour laquelle ils existent.

A part la limitation géographique, il y a aussi celle sociale, imposée par les réalités de l'Occupation. Les enfants apprennent qu'alors, en 1821, «exactement comme aujourd'hui», «se trouvèrent des personnes qui ne pensaient qu'à leur intérêt personnel et pas du tout à celui du peuple»1.

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1. Τα αετόπουλα. Το αναγνωστικό του ΕΑΜ για την Γ' και Δ' τάξη. (réédition

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Le passé «explique» les différenciations que la société subit dans le présent de l'Occupation. On peut observer que l'histoire en question est particulièrement réduite et semble servir de modèle pour: ce même présent.

Il s'agit donc d'une histoire dont le but principal est de regrouper les hommes, de les intégrer dans des ensembles. Il faut nous en rapprocher encore pour découvrir les autres propriétés qu'elle possède.

On connaît les manifestations qui ont marqué l'anniversaire de la fête nationale du 25 mars, en 1942 et 1943. La jeunesse a fleuri les monuments des héros de 1821; elle s'est battue et a versé son sang pour cela2. Au même moment, les organisations résistantes des jeunes qui se créent, adoptent des noms comme «Filiki étairia des jeunes» ou «Bataillon sacré thessalien»3.

Les pseudonymes, que l'esprit de clandestinité de l'époque imposait, sont encore plus significatifs. On y retrouve l'antiquité (Achille, Hector, Arès, Cimon, Périclès, etc.) ainsi que 1821 (Nikitaras, Androutsos, Karaïskakis, Rigas, Xanthos, etc.). Petros Antéos emploie, au sujet des rétrospectives historiques faites à l'initiative des jeunes de l'époque, la phrase: «Au début, nous avons puisé dans le puits sans fond de 1821»4.

On voit que le passé imprégnait la pensée, accompagnant tout acte de résistance, des jeunes en particulier. Mais de quel passé s'agit-il? Un texte caractéristique d'un éditorial de Nea Ghenia (Nouvelle Génération), l'organe du conseil central de l'E.P.O.N., intitulé «L'éponite, le nouveau Grec» situe le rapport de ce dernier avec l'histoire. Nous citons toujours du livre de Antéos : «Lorsque le 23 février 1943, nous avons pour la première fois chuchoté le mot d'éponite, nous pouvions à peine nous le représenter. Nous l'imaginions avancer dans le combat de la Résistance la main dans celle du jeune Klephte brave de 1821 et dans celle de l'éphèbe robuste de la Démocratie athénienne... Nous percevions sa figure de lutte éclairée par l'éclat du fusil et le reflet du bouclier antique»5.

Il ne s'agit pas du passé et de l'histoire dans leur ensemble, mais

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Athènes 1982, éd. Enimérossi), p. 62-63, chap. «Exactement comme en 1821». Le livre fut édité par l'Institut pédagogique de Tyrna, dirigé par la pédagogue Rosa Imvrioti.

2. Voir à ce propos P. Antéos, Συμβολή στην Ιστορία της ΕΠΟΝ, t. Ι, 1, Athènes 1977, éd. Kastaniotis, p. 189 sq. La quête de l'esprit de 1821 se situe au centre des manifestations.

3. Ibid., p. 105 (Filiki Étairia des Jeunes), p. 221 (Bataillon sacré thessalien).

4. Ibid., p. 69-70.

5. Ibid., p. 71-72.

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de certains épisodes de celle-ci; 1821, l'antiquité, etc. Qu'ont ils en commun? Selon l'expression en vogue, ils servent d'exemple. Analysons ce mot en l'exprimant autrement. Ces moments sont des images à imiter, elles construisent des modèles; c'est-à-dire qu'ils créent, ils constituent des origines6. La référence au passé est donc partielle et sélective. Elle ne concerne que les moments des modèles, en quelque sorte. Il s'agit d'une histoire déformée ou, à la limite, d'une transcription de l'histoire.

On pourrait rechercher ce schéma du sens du passé dans l'enseignement de l'histoire des manuels scolaires de l'E.A.M., par exemple dans le livre de lecture paru fin 1943 sous le titre «Les Aiglons». L'origine est ici située en 1821, dans le soulèvement du peuple pour la liberté.

«Du temps où les Turcs avaient asservi notre patrie, comme exactement les Allemands aujourd'hui, le peuple luttait (...) pour la liberté»7. La liberté fut obtenue mais le progrès n'eut pas de suite. Sa chute commença:

«Jamais, au cours des 120 ans de vie libre, les enfants du peuple n'ont ressenti la sollicitude de l'État. Toujours maladifs, affamés, nus, pieds nus. Toujours sans écoles, sans médecins, sans médicaments»8.

Les limites extrêmes de la chute, son nadir fut atteint avec la dictature de Métaxas et l'Occupation :

«Le fascisme est venu parachever le mal. Tandis que la jeunesse était en proie à la mort et au marasme, le roi et Métaxas festoyaient»... «Ils devaient (les enfants) pour obtenir une charge trahir leur père, leur mère, leurs maîtres: ceux qui ne le faisaient pas étaient envoyés en prison, en exil, à la torture»9.

Pire encore après la défaite, sous l'Occupation:

«Métaxas laissa la patrie sans armes afin d'aider les Allemands...», «le roi s'empara de l'or que le peuple avait amassé avec son sang et s'enfuit avec les chefs de la tyrannie du 4 août»10. «Le peuple était abandonné à son sort (...) On n'entrevoyait un espoir de salut nulle part»11.

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6. Sur le sens de ces notions dans la pensée mythique, on peut se rapporter à l'œuvre de M. Eliade, en particulier, les livres: Aspects du mythe, Paris 1981 (1963), Gallimard, et Le Mythe de l'éternel retour, Paris 1981 (1969), Gallimard. Récemment l'ouvrage de Georges Dumézil, Mythe et épopée (Paris, 1968-1973) éclaira d'un jour nouveau la fonction de ces concepts dans l'entendement humain.

7. Τα αετόπουλα, op. cit., p. 62.

8. Ibid., p. 64.

9. Ibid., p. 20. 64.

10. Ibid., p. 39.

11. Ibid., p. 52.

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La chute étant consommée, la recréation pouvait commencer.

"C'est alors que naquit l'E.A.M. qui se chargea de la lutte pour la survie du peuple, mais en même temps organisa sa résistance et lui fit venir l'appétit des luttes"12.

Il s'agit d'un schéma qui, ayant pour origine le grand moment créateur de 1821, se poursuit par la chute et la ruine jusqu'au chaos absolu. Il nous ramène alors à l'histoire recréée, de nouveau hissée au niveau de 1821.

Cette nouvelle montée est souvent décrite dans les documents de l'époque par la formule "exactement comme aujourd'hui" ou "exactement comme alors". Cette réapparition au devant de la scène des situations du passé interdit toute représentation évolutionniste ou, si l'on veut, linéaire de l'histoire; la notion utilisée est celle du cycle. Les éphèbes athéniens, les jeunes Spartiates, les enfants de Souli, les "éponites" sont des moments équivalents et similaires. Toute l'histoire située entre ces moments est non créatrice et est présentée comme une errance vague conduisant à une déchéance de plus en plus désespérante du peuple et du pays. Dans notre exemple, c'est la création, l'origine de 1821 qui par la suite se dégrade et disparaît. On aboutit ainsi au chaos absolu de Métaxas et de l'Occupation, au point culminant de l'errance, avant de revenir à la création, aux jours de lutte de l'E.A.M. et de la Résistance. La formule "exactement comme aujourd'hui", ou bien "alors" confirme la fermeture du cycle et le retour à l'origine créatrice. L'histoire haïe13 intermittente, le récit de la chute, se trouve de cette façon annulée. Tout retourne à l'origine prêt à être recréé.

Grâce à cet emploi rituel du passé, le vieux monde, le monde réel avec ses séquelles, périt et est supprimé. L'idéologie et la formation des enfants s'emparent du vide, de la pureté qui est nécessaire avant la création. L'initiative humaine, désormais libre, peut fonctionner; il s'agit d'une LIBÉRATION. C'est une approche du passé profondément libératrice.

Il se peut que les schémas ci-dessus nous paraissent bizarres, étrangers à une histoire moderne que nous avons tenue pour évolutionniste et rationalisée. Peut-être évoquent-ils pour nous les domaines de l'ethnologie, des structures mythologiques, des éléments de la pensée magique

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12. Ibid., p. 52.

13. Sur le concept de l'histoire haïe, voir M. Eliade, Le Mythe de l'éternel retour op. cit., p. 135-140. Également G. Bourde et H. Martin, Les Écoles historiques, Paris 1983, Éd. du Seuil, p. 28-33.

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et mythique. Parce que cependant leurs traces sont trop nettes pour être contestables, nous devrons nous interroger sur les itinéraires qu'emprunté la fonction interne et profonde de la perception de l'appropriation par les hommes de la dimension historique. Ce sont certainement des schémas qui se transforment difficilement et lentement, qui ne cessent d'être fonctionnels même des siècles durant.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que ce schéma évolue pendant l'Occupation, au moins en ce qui concerne l'enseignement. Tandis qu'on le retrouve chaque fois que le passé est mentionné, de 1941 à 1944, un manuel scolaire tente de le dépasser à la veille de la Libération. Il s'agit du livre de lecture «Grèce libre» de Mikhalis Papamavros, paru à la veille de la Libération. On n'y rencontre que de rares allusions à l'histoire, bien que celles qui s'y trouvent sont fidèles au schéma rapporté (l'E.A.M. est ici aussi la nouvelle Filiki Étairia). Par contre, on insiste grandement sur les faits et exploits de la Résistance, au passé de lutte tout à fait récent. Les luttes se présentent didactiques, posant des règles de conduite et dégageant des orientations morales, sociales et politiques nouvelles14. On dirait que le passé a complètement disparu. Ces luttes du passé que l'on met en avant légifèrent et instituent pour l'avenir. L'impression naît que l'histoire cherche ici à redevenir linéaire, évolutionniste, donc certaine de l'avenir. La croyance se répand que celle-ci est guidée par les forces de la Résistance vers des objectifs prédéterminés. La situation politique a dépassé la fonction libératrice du cycle; on a maintenant besoin d'une certitude tournée vers les lendemains. Ceci revient à dire que la négation du passé s'est approfondie, englobant aussi les sommets, les origines. Il n'y a plus que le présent et l'avenir.

Je voudrais conclure par deux remarques. La première, c'est que cette histoire déformée et transcrite n'a pas disparu avec l'Occupation et la Résistance; elle reste toujours parmi nous et survit de nos jours, non seulement parce que les enfants de la Résistance, les «éponites», ont grandi avec elle et l'ont véhiculée jusqu'à nos jours, mais également parce que les schémas en question se trouvent toujours dans l'inconscient des hommes et restent par conséquent fonctionnels; ils constituent des modes de fonctionnement de l'intellect. Les traces en sont nombreuses dans le discours politique par exemple, où les choses sont plus transparentes et mieux perceptibles. Pour la gauche d'après la guerre civile, à l'E.A.M.,

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14. V. en particulier les chapitres: «Ο καπετάν-Τρομάρας«, p. 25, «Το αετόπουλο», p. 37, etc. Par contre, dans le chapitre «To EAM», p. 9, nous avons une conception du passé similaire à celle du livre de lecture précédent.

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moment créateur pur, succéda la défaite et la chute. Ils recherchèrent donc le renouveau, un moyen de nier et d'annuler la chute, la déchéance, l'histoire réelle haïe : le retour à l'E.A.M. Ceci explique une grande part des actes, des textes et de la politique des formations de gauche, qui semblent peu liées aux réalités actuelles. Le schéma de perception du passé explique les comportements de ce milieu donné.

La dernière remarque regarde l'histoire écrite par les historiens. Non plus sa perception collective, mais sa transcription «scientifique» en quelque sorte. Les comportements actuels s'appuient sur des mentalités profondes, conservées presque inchangées dans le temps. L'histoire que nous écrivons doit être globale pour qu'elle soit libre, pour pouvoir interpréter et classifier, donc pour exister. Le champ de l'entendement humain, de l'inconscient, des mentalités, est une partie des plus importantes de la totalité que nous voulons conquérir. Il convient de le considérer avec tout le sérieux qui lui est dû.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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ANTONIA KIOUSSOPOULOU

L'ÂGE DU PERSONNEL POLITIQUE PENDANT LA GUERRE D'INDÉPENDANCE DE 1821 ET LA PÉRIODE DE CAPODISTRIA (1821-1832)

Déterminer l'âge et rassembler des informations sur la vie des hommes censés appartenir au personnel politique de la Grèce durant la période 1821-1832 a effectivement un sens, qui va au-delà des biographies ordinaires sur les héros de 1821; ces informations, une fois confrontées, nous permettent de nous représenter le potentiel humain employé dans l'organisation de l'État; nous pouvons aussi à travers celles-ci discerner des tendances ou des mentalités dans la vie politique de ces années-là.

Ce fut justement le premier objectif d'une recherche, qui se proposait d'étudier tout d'abord la présence et ensuite le rôle des jeunes dans les affaires politiques de la Grèce pendant la révolution et la période de Capodistria.

La première phase de cette investigation s'est achevée par la constitution d'un corpus de données concernant le personnel politique en son entier. Au cours de ce travail, les sources ont été répertoriées1 et, sur cette base, une liste de noms des membres du personnel politique a été

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1. Les principales sources utilisées furent: I. Archives

— Αθηναϊκόν Αρχείον (éd. I. Vlachoyannis) I, Athènes 1901.

— Αρχείον Ελληνικής Παλιγγενεσίας μέχρι της εγκαταστάσεως της βασιλείας, t. I-V, Athènes 1974-1978.

— Γενικά Αρχεία του Κράτους, Τα ιστορικά έγγραφα, του αγώνος του 1821 εις περιλήψεις και περικοπάς (éd. K. Diamandis), Athènes 1971.

— Ap.V. Dascalakis, Αρχείον Τζωρτζάκη-Γρηγοράκη. Ανέκδοτα ιστορικά έγγραφα Μάνης (1810-1835), Athènes 1976.

— Dinos Konomos, documents inédits des archives de Antonios Tzounis, Επετηρίς των Καλαβρύτων t. 2 (1970), p. 80-90.

— Georges Laïos, Ανέκδοτες επιστολές και έγγραφα του 1821. Ιστορικά δοκουμέντα από τα Αυστριακά Αρχεία, Athènes 1958.

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dressée; une fiche individuelle a réuni les données concernant chaque personnage, indiquant dates de naissance et de décès, son lieu d'origine, ses études, sa situation socio-professionnelle, ses fonctions politiques avant la révolution, dans la période 1821 -1832 et aussi après, son appartenance à un parti et tout autre activité signalée.

Je tenterai de donner une description des plus concises de ce matériau et, par la suite, je formulerai certaines questions ou des problèmes qui se posent et qui méritent réponse, pour que ce matériau désormais réuni, puisse être mis en valeur en tant que source historique. Nous avons inclus dans le personnel politique et répertorié les noms de 1535 personnes censées avoir influencé ou avoir été influencées par le pouvoir central dans le rapport politique qu'elles ont eu avec l'État. Plus précisément, on a répertorié tout d'abord les noms de ceux qui, au déclenchement de la révolution ont formé:

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— A.Z. Mamoukas, Τα κατά την αναγγέννησιν της Ελλάδος υπό διαφόρων Εθνικών Σννελεύσεων συνταχθέντα πολιτεύματα, le Pirée 1839.

— LA. Mélétopoulos, Η Φιλική Εταιρεία. Αρχείον Π. Σέκερη, Athènes 1967.

— V. Mexas, Οι Φιλικοί, Athènes 1937.

— Styl. Motakis, Συλλογή εγγράφων Ζαχαρία Πρακτικίδη (ή Τσιριγώτη). Έγγραφα των ετών 1810-1834, la Canée 1953.

— V. P. Panayotopoulos, Πίνακες Αρχείου Λουριώτη, Centre des Recherches Néohelléniques, Athènes 1963.

II. Journaux

— Γενική Εφημερίς της Ελλάδος, 1825-1832.

III. Mémoires

— Ν. Dragoumis, Ιστορικαί αναμνήσεις (éd. et ann. par. A. Anghelou), I-II, Athènes 1973.

— I. Makriyannis, Απομνημονεύματα (introduction et commentaire par Sp. I. Asdrachas), Athènes 1957.

— Michaïl Ikonomou, Ιστορικαί της Ελληνικής Παλιγγενεσίας, Athènes 1873.

— Georges Psyllas, Απομνημονεύματα του βίου μου, (éd. Eleuth. Prévélakis), Athènes 1974.

Les sources ne laissant pas transparaître d'autres informations que le lieu d'origine des membres du personnel politique, nous avons consulté des ouvrages à ce sujet et, tout d'abord, des encyclopédies et des dictionnaires. Les histoires locales et surtout des ouvrages traitant de la contribution à la lutte des combattants de régions données, ont été d'une grande utilité. Bien que ces ouvrages aient été consultés avec la plus grande réserve, concernant aussi bien le mode de leur composition que leurs informations souvent non prouvées, ils nous ont permis de compléter quelques fiches sur les personnes qui ont agi aux échelons les plus bas et qui, plus tard, disparaissent de la scène politique. Nous avons enfin utilisé des ouvrages qui soit sont des monographies concernant une personne précise, soit contenaient dans l'introduction des données biographiques pour quelques autres.

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— Les premières autorités locales (Sénat de Messenie, Ephorie de Karitaina, Ephorie générale, Ephorie de Imlakia, Communauté de l'Élide, Chancellerie de Corinthe, Chancellerie d'Argos, Parlement de Thessalie et Magnésie, Autorité des consuls de la Grèce orientale, Autorité d'Athènes, Ephorie générale du mont Athos, gouvernement d'Hydra).

— Les assemblées locales (ass. de Kaltetzai, de Zarakova, de la Grèce orientale, de la Grèce occidentale).

— Les premières autorités générales (Sénat du Péloponnèse, Sénat de la Grèce occidentale, Aréopage).

Ensuite ont été répertoriés les noms de ceux qui ont occupé les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, selon la distinction faite par la Constitution d'Épidaure. Il s'agit :

— des membres des Assemblées Nationales (1822-1832)

— des membres de l'Exécutif et du corps parlementaire (1822-1832)

— les membres du Comité Administratif de Grèce (1826, 1831-1832)

— les membres du Comité Vice-gouvernemental de Grèce (1826-1827)

— les membres du Parlement (1827), du Panhellénique (1828-1829) et du Sénat (1829-1832)

— les Directeurs des ministères et leurs employés

— les membres des tribunaux

— les membres des comités constitués pour assister la tâche du gouvernement et des Assemblées.

On a enfin répertorié les noms de tous ceux qui ont constitué l'administration des provinces, c'est-à-dire les membres des autorités régionales constituées malgré et après la création d'un pouvoir central, avant tout en Grèce continentale et dans les Îles de Hydra, Spetses et Psara (Comités Directeurs de la Grèce continentale orientale, de la mer Égée, Comité Directeur de la Grèce continentale occidentale et ainsi de suite); les gouverneurs des provinces nommés par le gouvernement et le personnel subalterne de l'administration des provinces. Le cas des notables des régions ou des communes nous a fait longuement réfléchir. Considérant que l'institution des notables conserve, au départ, une autonomie relative par rapport au pouvoir central et étant donné que, dans la mesure où ceux-ci influent sur lui par leurs représentants, ils sont signalés dans d'autres sources, nous n'avons pas répertorié les noms des notables pour la période allant jusqu'en 1828. Pour la période de Capodistria, quand l'administration régionale a été structurée plus rigoureusement

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et dépendait davantage du gouvernement, les notables ont été inclus dans le personnel politique.

Sur 360 des 1535 personnes inclues dans le personnel politique, rien d'autre n'est connu au moment précis où nous les rencontrons, excepté leur fonction politique. Il s'agit surtout d'individus agissant dans les couches les moins élevées de la hiérarchie.

Il n'a été possible de dresser une liste complète que pour 284 individus seulement, ce qui n'est pas un hasard. Un certain taux de perte de l'information mis à part, dû certainement à des lacunes dans la recherche, la manière dont les sources et les ouvrages consultés fournissent l'information relative est significative du poids spécifique assumé par chaque personnage dans la société néohellénique et, partant dans l'historiographie, et mériterait d'être étudiée pas seulement pour des raisons historiographiques.

Les informations pour les autres individus-membres du personnel politique sont éparses; elles concernent leur lieu d'origine, la date de leur décès et surtout leur itinéraire politique au cours des douze années. Enfin, on peut parfois en déduire leur date de naissance.

Quelques chiffres sont inévitables: 110 individus sur un total de 354 dont on connaît la date de naissance sont nés dans les années 1790-1799, ont donc de 30 à 40 ans à l'époque étudiée; 96 individus ont de 40 à 50 ans, nés entre 1780 et 1789 et 36 sont nés après 1800. Enfin, 107 individus sont nés avant 1780. Je ne crois pas utile de fournir pour eux des chiffres exacts; je noterai seulement qu'il y a une personne, Panoutsos Notaras, né en 1740, le plus âgé de tous. Son âge, 81 ans lors de la 1ère Assemblée nationale et, de l'autre côté, celui de Nicolaos Dragoumis, né en 1809, âgé donc de 19 ans quand il est nommé au secrétariat de Capodistria, fournissent un éventail de l'âge du personnel politique pour toute la période 1821-1832.

Considérant les pourcentages établis selon le lieu d'origine, nous avons les taux suivants: 25,5% du Péloponnèse, 23,4% de la Grèce continentale, 3,6% de l'Épire, 1,3% de la Thessalie, 1,3% de la Macédoine, 2% des îles Ioniennes, 15,8% des îles de la mer Égée, 4% de la Crète et 3% de l'Asie mineure et d'Odessa.

Quant à leur situation sociale, ces personnes sont, à titre indicatif, car certains parmi eux ne peuvent être classés dans une seule catégorie sociale: 52% de notables, 24,1% de commerçants-armateurs, 12,7% d'instituteurs-médecins-avocats, 9,2% de membres du clergé, 2% de Phanariotes.

Le pouvoir politique est donc, dans la période 1821-1832, entre

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les mains de gens dont la plupart (39%) sont âgés de 30 à 40 ans. La première question qui surgit est relative à la période de la vie humaine représentée par cet âge à l'époque étudiée. Une information tirée de Fotakos peut nous aider: en décrivant dans ses Mémoires2 le campement grec de Valtetsi, il affirme que tous les chefs de guerre avaient "l'âge mûr, de 20 à 55 ans". De l'autre côté, Makriyannis se mettant à écrire à 32 ans dit qu'il a appris à lire en sa vieillesse3. Il se peut que ce ne soit qu'une façon de dire pour mieux souligner la difficulté de sa tentative, mais ils apparaît aussi qu'il ne se sent pas quelqu'un de jeune ou qui vient juste de franchir la frontière vague somme toute de l'âge jeune. G. Gazis enfin, dans son Dictionnaire de la révolution4, ne mentionne que rarement l'âge de ceux dont la biographie y figure et ceci seulement quand il s'agit de personnes très jeunes, d'après son propre terme, ou bien de gens âgés. Comme l'a montré une rapide vérification, ce n'est pas une coïncidence s'il s'agit de personnes de moins de 20 ans.

Il est vrai que toutes ces informations ne concernent que des militaires. Nous disposons cependant aussi des limites d'âge posées par les premières constitutions pour les éligibles et que nous pouvons considérer comme indicatives, même si l'on sait que ces constitutions ont été élaborées sur la base de principes culturels différents de celles de Fotakos ou de Makriyannis. C'est ainsi que la constitution d'Épidaure fixait la limite d'âge à 30 ans, laquelle est abaissée à 25 ans5 par une décision de l'assemblée d'Astros, s'adaptant, à notre avis, aux pratiques courantes.

Selon une des hypothèses, un homme ayant plus de 20 ans serait donc considéré à cette époque assez mûr pour assumer au moins quelques responsabilités, et inaugurerait une période de sa vie où le nombre de ses années n'a plus besoin d'être précisé. Cette période prend fin quand il atteint la vieillesse (Sissinis, par exemple, est mentionné en tant que vieux et n'a que 61 ans à ce moment, tandis que Kolokotronis, ayant 50 ans lorsque la révolution commence, est resté dans l'histoire comme "le vieux de la Morée".

Cette hypothèse étant valable -et elle serait d'autant plus 

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2. Fotakos, Απομνημονεύματα περί της Ελληνικής Επαναστάσεως, Athènes 1960, p. 94.

3. Ι. Makriyannis, op. cit., p. 14.

4. Georges Gazis, Λεξικόν της Επαναστάσεως και άλλα έργα, (éd. et ann. par L. Vranoussis), Jannina 1971.

5. Alex. Svolos, Ta ελληνικά συντάγματα 1822-1852: η συνταγματική ιστορία της Ελλάδος (éd. et ann. par L. Axélos), Athènes 1972, p. 26.

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confirmée, si l'on arrivait à établir par d'autres voies la moyenne de vie— nous pouvons avancer qu'aucun des membres du personnel politique n'est jeune pour son époque et n'appartient donc à une catégorie à part d'après son âge, qui l'aurait différencié des autres et l'aurait classé conséquemment dans la hiérarchie. En 1824, participent au corps exécutif aussi bien Asimakis Fotilas, âgé de 63 ans que C. Mavromichalis, né en 1797.

Est-ce que, en fin de compte, tous ces gens-là appartiennent à une même génération? Canellos Deliyannis, 42 ans, appartient-il à la même génération que Alex. Mavrocordatos, né en 1790 ou, à plus forte raison, Nic. Dragoumis?

Quels sont les traits qui différencient ces hommes, dont certains continuent à exercer quelque fonction politique analogue à celle qu'ils exerçaient avant la révolution, et d'autres n'inaugurent qu'à peine leur carrière politique? Et quant à ces derniers, les moins âgés, dans quelle ambiance chacun a-t-il grandi et par quels appareils idéologiques a-t-il été éduqué, pour se retrouver à un moment donné mêlé à la politique? Peut-on parler de conditions sociales différentes ou différenciées lors des années juste avant la révolution, et les confronter à la génération des hommes qui grandissent au milieu de celles-ci? Quel est enfin le mécanisme qui propulse ces hommes vers le pouvoir politique, par ailleurs en relation étroite avec leur origine sociale?

De telles interrogations surgissent, de sorte que l'âge à lui seul ne suffit pas à établir l'importance réelle du fait que même les jeunes personnes —ne serait-ce que d'après les critères actuels— participent à la construction de l'État en train de se constituer. L'âge ne peut non plus expliquer la surprise —peut-être celle d'un vieillard— de Rangavis qui, à peine arrivé en Grèce, a constaté que son cousin Grégoire Soutsos, né en 1802, occupait «malgré son âge» un siège au Panhellénique6.

Au point atteint maintenant par l'enquête présente, nous ne pouvons que décrire seulement les groupes que l'on peut discerner, d'hommes qui se mêlent pour la première fois à la politique dans les années 1821-1832; la plupart d'entre eux sont des enfants de familles de notables continuant la tradition familiale. Ils deviennent surtout des membres des assemblées nationales et fournissent les effectifs de l'administration provinciale. Malgré les différences dans leur éducation et leur poids politique, leur origine de notables est un facteur décisif pour la place qu'ils occupent dans la vie politique des années en question.

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6. Alex. R. Rangavis, Απομνημονεύματα, t. I, Athènes 1894, p. 225.

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D'autres arrivent de l'étranger; ce sont les étudiants des universités occidentales et les Phanariotes, des hommes qui ont vécu de près les changements survenus en Europe et qui ont été influencés par les idées révolutionnaires de leur temps. Ceux-ci, mis à part les chefs reconnus Mavrokordatos, Ypsilantis et Negris, se rendent indispensables grâce, à leur instruction, à la consolidation de l'appareil étatique et sont d'habitude nommés tout d'abord à des postes de secrétaires, tout en se chargeant d'un rôle actif dans les corps législatifs. Si nous ajoutons à ces deux groupes ceux, moins nombreux, des militaires et des quelques commerçants venant à la politique par la voie de la Filiki Étairia, nous obtenons une première image, schématique, du potentiel humain qui participe au pouvoir exécutif et législatif, compose les tribunaux et constitue peu à peu le corps des fonctionnaires.

Le problème qui se pose par la suite est à coup sûr celui de la contribution de chaque groupe et de ses membres à l'élaboration des nouvelles institutions; c'est dans cette contribution que l'on cherchera les avant-gardes, si jamais elles existent.

Je m'avoue dans l'impossibilité de répondre à cette question, ainsi qu'à d'autres pour le moment. Car le travail qui reste à faire pour l'étape suivante de cette recherche est important. Il faut surtout mettre en relation les pourcentages que je viens de citer par couple du type âge/origine, âge/statut social, âge/fonction politique, fonction politique/origine et ainsi de suite, et également établir, par une méthode statistique plus précise cette fois, les pourcentages correspondants, par périodes, entre 1821 et 1832. Il faut aussi étudier attentivement et évaluer l'évolution de ces hommes dans la période traitée et après celle-ci. Il est enfin nécessaire d'examiner les possibilités offertes par la société grecque pour la constitution de ses couches dirigeantes à une époque où le décor politique se modifie, et commence à se stabiliser.

Il me semble que, si je me bornais à formuler quelques conclusions concernant le fait que le personnel politique n'est pas considérablement renouvelé pendant ces années, que les facteurs locaux jouent un rôle décisif dans sa formation ou que des familles de politiciens se constituent —conclusions pouvant être tirées même maintenant— ceci irait presque de soi et aurait été facilement taxé d'insuffisance par quiconque aurait présent à l'esprit l'objectif initial de cette recherche.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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RENA STAVRIDI-PATRIKIOU

LA "COMPAGNIE ÉTUDIANTE" (1910) ET LE PROBLÈME DE L'APPROCHE DES MOUVEMENTS D'AVANT-GARDE

En 1910 est fondée à Athènes une association estudiantine sous le nom de Φοιτητική Συντροφιά (Compagnie étudiante), avec le but, d'après les statuts publiés, "de contribuer à l'avènement de la langue grecque vivante dans tous les genres de notre littérature écrite"1. Il s'agit donc d'une initiative collective organisée de jeunes partisans du démotique, qui se manifestent pour la première fois dans un milieu particulièrement sensible et de toute façon ouvertement hostile vis-à-vis du mouvement "démoticiste": l'Université.

L'association, tributaire de la mobilité et du renouvellement de personnes, propres aux unions étudiantes, cessera ses activités pour réapparaître deux fois encore sous le même nom, en 1915 et en 1921, et maintenir alors sans interruption sa présence au moins jusqu'en 1929. Il faudrait cependant réviser les dates plus ou moins connues de l'activité de la Compagnie étudiante, puisque des éléments ont été découverts prouvant qu'une association estudiantine a existé sous la même appellation dans les années 1931, 1932 et 1933. Il résulte aussi des mêmes témoignages que l'activité de la Compagnie étudiante s'est développée dans un espace plus large: il semblerait qu'en 1931, la même association ait fonctionné à l'Université de Salonique.

C'est donc d'abord dans une période dépassant les vingt ans qu'il faudra rechercher les éléments qui permettent de recenser l'activité et évaluer l'importance de cette association étudiante, qui a toujours gravité autour de l'idéologie du mouvement démoticiste. Cet axe idéologique

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1. V. le texte complet des statuts dans la revue Noumas, n° 380, 21 février 1910, p. 1. Le texte est signé, dans l'ordre, par Philippos Dragoumis, Miltos Koundouras, Costas Charitakis, Vassilis Rotas et Timos Ioannidis.

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qui, cependant, impose une référence permanente à l'histoire même du mouvement démoticiste, la variété des réactions sociales et politiques vis-à-vis de ce mouvement ainsi que le caractère fragmentaire de la présence et de l'activité de l'association rendent normale, au moins dans une première étape, une approche et une étude par périodes.

Pour les raisons mentionnées ci-dessus, cette brève présentation ne concerne que la première période de fonctionnement de l'association et se propose avant tout d'établir les moyens de rechercher et de concevoir les dimensions réelles des manifestations d'avant-garde signalées en Grèce dans la première décennie du 20ème siècle.

Quant au cadre temporel de la première période d'activité de la Compagnie étudiante, il y a une certitude: les statuts portent la date du 17 février 1910 et, en ce qui concerne la première interruption de son activité, un témoignage contemporain publié par l'un de ses membres la situe en été 1911 2. Il ne s'agit donc que d'une activité recouvrant un an et demi à peine.

C'est une association non reconnue. Les associations, avant le vote de la loi de 1914, étaient créées par décret royal édicté par le ministre de l'Intérieur. Le décret en question ainsi que les statuts étaient publiés au Journal Officiel. Les statuts de la Compagnie étudiante que nous connaissons, publiés dans la revue Noumas et écrits en langue démotique, n'auraient aucunement pu être présentés, au moins sous cette forme, à l'autorisation du ministre de l'Intérieur. L'hypothèse selon laquelle d'autres statuts auraient été présentés en langue «catharévoussa» (langue puriste) de manière à obtenir la constitution légale de l'association a aussi été examinée: les numéros du Journal Officiel de l'année 1910 ne mentionnent aucun décret royal s'y rapportant. Nous devons donc admettre qu'il s'agit d'une association absolument informelle.

Trente-trois membres ont été recensés jusqu'ici pour cette première période. Cependant, parmi ces 33, la qualité de membre n'est indéniable que pour seulement 14, puisqu'elle est explicitement mentionnée dans les documents rédigés par la Compagnie étudiante elle-même à l'époque de son fonctionnement. Sur leur qualité de membre, en ce qui concerne les 19 autres, il n'existe que des témoignages écrits ou oraux ultérieurs. Rechercher des données chiffrées dans ce genre d'enquêtes équivaut, il est vrai, à une marche sur des sables mouvants. Déjà en février 1911, dans une lettre publiée dans la revue Noumas et signée «Compagnon»,

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2. V. G. Κ., «Για τα μέλη της Φοιτητικής Συντροφιάς», in Δελτίο του Εκπαιδευτικού Ομίλου, t. 3, 1913, p. 341.

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ce qui laisse supposer un membre, il est question de 80 membres3. Dans une note de la rédaction de cette même revue sont mentionnés un mois après 110 membres4. L'écart est considérable entre ces 14 membres dont le nom est connu, qui apparaissent publiquement et ces 110, ce qui ne facilite en rien la recherche du pourcentage de la Compagnie étudiante dans le corps étudiant. Cependant, les chiffres d'origine officielle concernant ce groupe n'offrent pas une plus grande certitude.

Je n'ai pas pour autant l'intention de m'attaquer au problème des statistiques grecques et je tiens comme plus fiable le chiffre fourni par le bureau des statistiques du Ministère des cultes et de l'enseignement public pour l'année 1910-1911 (publié en 1912). Pour cette année-là, le total des étudiants de toutes les années dans les facultés de l'Université d'Athènes (rappelons que ce sont les facultés de Droit, de Théologie, de Philosophie, de Physique et Mathématique, de Médecine, ainsi que l'École de Pharmacie) était de 3358. Si l'on ajoute à ce chiffre les étudiants de l'École Normale —et il est probable que certains des membres de la Compagnie étudiante proviennent de cette école— ils sont 89 pour cette même année; on observe que le corps étudiant où la Compagnie étudiante puise ses membres est de l'ordre de 3.500 (3.467 pour être exact) étudiants. Si les membres de l'association sont bel et bien 110, il s'agit là d'un chiffre important qui implique certaines questions.

D'après ce que nous savons, le mouvement pour le démotique est, en 1910, tout sauf un mouvement de massé; le combat est toujours mené grâce surtout à des voix isolées de lettrés et d'intellectuels reconnus. Psicharis avait d'ailleurs publié en 1905 une liste des partisans du démotique, établie sur des critères assez lâches —ceux qui avaient fait paraître ne fût-ce qu'une traduction en démotique—qui ne comptait que 150 noms. Il notait même qu'il avait omis certains noms d'étudiants: «J'ai été obligé de rayer quelques noms», écrit-il «car on m'apprend d'Athènes qu'untel et untel sont en dernière année de Philologie, ils vont bientôt passer leur examen et, si nous imprimons leurs noms, ceci reviendrait à dire à leurs professeurs: frappez!... Des espions de XXX et de XXX enragent de savoir quels sont les étudiants de Philologie qui fréquentent les bureaux de Noumas»5.

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3. V. Noumas, IX, 1911, p. 141.

4. Ibid., p. 192.

5. G. Psicharis, «Τρομοκρατία», Ο Νουμάς, n° 133, 30 janvier 1905, p. 1. Ρόδα και Μήλα, t. E2, Athènes 1909, p. 33.

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De tels témoignages existent aussi pour les années suivantes et sont publiés dans Noumas, ce qui prouve que l'ambiance reste inchangée à l'Université d'Athènes jusqu'à l'année 1910, année où la Compagnie étudiante est fondée. Une telle ambiance nous laisse supposer que les 110 membres de la Compagnie étudiante ou plutôt les 96 d'entre eux qui continuent à se taire, se sentent avec raison menacés si leur appartenance à l'association «pour le démotique» venait à être connue. C'est probablement la raison pour laquelle il est aujourd'hui difficile de repérer leurs traces.

Néanmoins, si dans ce climat il n'y avait ne serait-ce que 110 «sympathisants» du démotique, il faut (1) penser que ce mouvement commençait à acquérir une base dans l'Université, qui n'était pas cristallisée mais consistait en une influence diffuse assez large et (2) nous demander si une différenciation n'avait pas commencé dans le corps étudiant lequel, au moins jusqu' alors, s'était montré fervent des conceptions scolastiques sur la langue exprimées par l'Université, ce qui était apparu de manière dramatique lors des batailles de la traduction en démotique des Évangiles et de l'Orestie.

D'après les éléments dont nous disposons —je cite à ce propos les statuts de la Compagnie étudiante réapparue en 1915 où la langue démotique n'est plus un but mais un instrument, les buts étant «...la propagation de la pensée libre et l'enracinement de la pure vérité dans la vie et l'éducation idéologique»— nous pouvons supposer qu'effectivement un processus s'était engagé sur la voie de l'élaboration d'idées de critique et de contestation sociale au sein de l'Université, ce qui néanmoins n'apparaîtra qu'ultérieurement, lorsque des groupes correspondants feront leur apparition en ce lieu.

Pour l'instant, il ne s'agit que d'un groupe de 14 étudiants connus, qui apparaissent et publient un «bulletin» accueilli par le combatif Noumas et développant une activité non seulement littéraire mais aussi parfois ayant un caractère d'intervention politique.

Il s'agit donc d'un groupe d'avant-garde. Mais par rapport à quoi? Comment peut-on décrire et étudier une avant-garde qui fait son apparition dans les conditions sociales de la Grèce au cours des premières quinze années du siècle? Un premier moyen, sans doute nécessaire, est d'étudier son action et ses textes: ce qu'elle a fait et ce qu'elle a dit. C'est la voie empruntée par la plupart des recherches qui ont un pareil objet, p.e. le mouvement démoticiste. On étudie le travail interne au sein d'un mouvement et on aboutit souvent à une description globale de celui-ci ou du groupe, des tendances diverses qui se manifestent à l'intérieur,

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    6. Actes du Colloque, Historicite ...

    GEORGES MARGARITIS

    DE LA TRANSCRIPTION À LA RÉCRÉATION DE L'HISTOIRE: LE PASSÉ ET SON ENSEIGNEMENT À L'ÉPOQUE DE L'«E.P.O.N.»

    Derrière les événements historiques qui captent notre attention et notre connaissance se cache un univers aux dimensions imprévisibles et aux fonctions considérables. Il s'agit du domaine de l'entendement humain, du conscient mais aussi de l'inconscient, du domaine de la mentalité, de l'idéologie, de la pensée. On ne saurait trop insister sur la signification qui est la sienne dans l'être et le devenir historiques. Les visions du général Makriyannis publiées récemment chez nous, nous ont amenés à plus de respect envers ce domaine.

    C'est à l'intérieur de ce domaine que se situent les fonctions multiples de la mémoire. Je ne me réfère pas à ses origines biologiques, mais bien à ses dimensions sociales, à cette mémoire collective que nous appelons, par convention, historique. Les historiens, qui tentent de décrire le passé, ont ressenti le poids de celle-ci, fait d'inertie, qui fait obstacle mais aussi guide leurs propres initiatives. Cette mémoire appartient à un niveau du temps historique qui change lentement et laborieusement. En termes scientifiques, elle appartient à la longue durée.

    Il n'est pas toujours facile d'avoir, d'extraire des sources, les images que cette façon de sentir le passé produit dans l'esprit humain. Pour les historiens, il n'existe qu'une seule grande occasion. Cette conscience historique, le sens historique collectif, se situe toujours au centre de l'initiation des jeunes; il se trouve dans l'enseignement qui leur est adressé. Il est en quelque sorte une des fonctions de l'intellect que le jeune doit conquérir pour s'initier, pour intégrer un groupe social donné.

    Sous l'Occupation, l'espace de la Résistance, ou, pour préciser, l'E.A.M., a formulé sa propre version de l'histoire, du passé, en s'efforçant de la transmettre aux jeunes qui y participaient. Cet enseignement n'a pas été dispensé sur les bancs ou dans les écoles, comme c'est