Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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ATHANASSIA BALTA

LE MAGAZINE DE L'ORGANISATION E.O.N. "LA JEUNESSE": OBJECTIFS ET RÉPERCUSSION

Le caractère de cette communication et le temps limité nous obligent à une présentation extrêmement sommaire d'un cadre de problématique uniquement, d'où l'on pourrait arriver à une approche plus analytique. Autrement dit, ce qui succède à la sûreté simple et concise du titre de la conférence, c'est simplement une série d'hypothèses et de réflexions.

Dans son numéro de janvier 1933, le magazine "Jeunes Pionniers" fait des commentaires et des critiques au magazine "Idée" de Spyros Mélas qui venait juste de paraître le même mois. Les "jeunes Pionniers" dénoncent son contenu et ses buts qui sont: "l'entretien d'une confusion intentionnelle, le mensonge et la réaction", et en faisant de l'humour noir, font dire aux bourgeois: "on exige que l'État achète tous les mois dix mille exemplaires de l'"Idée" et les envoie à tous les collèges du pays pour qu'on fasse tous les matins deux heures de cours sur son contenu élevé"1.

Cette perspective de cauchemar qui, même pour les "Jeunes Pionniers"2, constitue une sorte de plaisanterie à cause de l'exagération contenue, devient cinq ans plus tard une réalité avec l'apparition de "La Jeunesse", du magazine de l'Organisation Nationale de la Jeunesse du régime du 4 août. Il est utile de se référer ici à l'Organisation Nationale de le Jeunesse elle-même. L'E.O.N. a été créée en novembre 1936 par la loi d'exception 334/1936, avec pour but déclaré, comme la loi le souligne, "l'usage utile du temps libre des jeunes gens par le développement du sentiment national et religieux", et avec pour but caché la création

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1. "Jeunes Pionniers", n° I, janvier 1933, p. 2.

2. Le magazine conçoit à temps le danger et, devant la montée du fascisme en Europe, appelle à la vigilance antifasciste.

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d'un appui futur à un régime privé du consentement populaire et de l'existence d'un parti de masse.

Le premier numéro de «La Jeunesse» parut le 15 octobre 1938, deux ans après la création de l'E.O.N., «comme l'organe officiel de l'éducation morale, religieuse, sociale et politique de l'E.O.N. A côté du titre, il est indiqué que «la rédaction et la publication se font sous le contrôle de la Direction de Presse du Secrétariat Central de l'E.O.N.»3. La parution de «La Jeunesse» fut annoncée aux autorités civiles par l'ordonnance n° 195 E.P. (15 oct. 1938) de Ioannis Métaxas, dans laquelle il était précisé que le magazine constituait une lecture instructive, distrayante et morale pour les jeunes et qu'il avait comme but de diffuser les idéaux dont ils devaient s'inspirer.

Ce que cette communication avance comme hypothèse, sans apporter assurément d'éléments vraiment nouveaux, mais en saisissant cette occasion pour tenter de préciser certains points, c'est qu'avec ce magazine on assiste à une tentative de reproduire l'idéologie fascisante qu'on trouve déjà dans la période de l'entre-deux-guerres, plutôt que de promouvoir une fascisation, telle qu'elle a été entreprise et réussie par les régimes fascistes en Europe. Cela est en rapport direct avec la nature et le caractère du régime du 4 août lui-même. Mais ce n'est pas ici le lieu, ni le moment, pour nous étendre sur ce sujet. On se trouve d'ailleurs devant le problème de l'usage de la signification multiple des termes comme «fascisme» et «fasciste» qui finissent par ne pas être opératoires comme termes strictement scientifiques. La dictature fascisante du 4 août est un régime d'exception, mais non un régime fasciste. Le fascisme présuppose, en peu de mots, l'existence d'un parti fasciste et d'une doctrine fasciste, l'intégration des masses populaires, la fascisation de la société. Rien de tout cela n'existe en Grèce, ni avant, ni après le 4 août. Les composantes idéologiques du régime de Métaxas sont les mêmes que celles des petits groupes fascisants et fascistoïdes de l'entre-deux-guerres (E.E.E., Paix de Fer, etc.), caractérisés surtout par leur pro-monarchisme. Ce que le 4 août ajoute à toute cette nébuleuse idéologique, en s'inspirant surtout du modèle mussolinien, ce sont quelques doses de populisme et d'anti-ploutocratisme, ainsi que les signes extérieurs du fascisme. Le régime du 4 août n'a pas d'idéologie, ni d'intellectuels. Il reproduit simplement le fascisme primitif et le pro-monarchisme de la période de l'entre-deux-guerres. Ce qui renforce cette thèse,

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3. Article 38 du Règlement du Service Interne de l'organisation, édition de 1939.

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c'est la similitude de contenu, de style et de morale entre le magazine de l'E.O.N. et une revue antérieure intitulée «Jeunesse Nationale». La «Jeunesse Nationale» parut en 1934 comme une «revue Nationale bimensuelle de l'E.O.N., de l'Union Panhellénique des Jeunes «Jeunesse Nationale», qui se manifesta sur la scène politique en novembre 1933. Ce magazine était fondé «sur les bases clairement nationales de la race hellénique. Ses buts sont l'encouragement des institutions de la religion et de la famille, ainsi que le développement de la solidarité nationale et politique parmi les jeunes. Il est dirigé par les meilleures personnalités de notre vie politique. Il agit sous le contrôle direct et avec l'agrément de l'Église et de l'État»4. Le 4 août trouva en lui un compagnon de route dévoué. Au début de 1936 et pendant 45 jours, il apparaît comme «le quotidien de l'avant-garde des principes de l'État Nouveau». Par conséquent, l'apparition de «La Jeunesse» quelques mois plus tard est formellement et essentiellement la suite du magazine de la période d'avant le 4 août. Formellement, puisque la nouvelle édition se présente comme «renouvelée et améliorée» par rapport à l'ancienne et porte la mention «période B'»; et essentiellement, parce que, comme nous avons eu l'occasion de le dire précédemment, les deux magazines apparaissent identiques en ce qui concerne les principes idéologiques et moraux.

Dans le premier numéro de l'«État Nouveau», organe mensuel officiel du régime (septembre 1937) et dans un article intitulé «Droits et devoirs de la jeunesse dans l'État Nouveau», on relève l'aveu suivant: «si nous ne réussissons pas à avoir le jeunesse avec nous, nous aurons vraiment perdu la bataille. Nous demandons qu'au triptyque: Patrie-Religion-Famille, soit ajoutée la foi anti-démocratique. Si l'amour et la foi illimitée en certains idéaux constituent la condition préalable pour toute création, il ne faut pas oublier que ce qui est aussi indispensable, c'est la haine. Nous apprendrons, nous forcerons la jeunesse à obéir». Ces prescriptions formulées de façon brutale forment le cadre dans lequel se fait la propagande à travers le magazine. La matière y est organisée autour des axes suivants de l'éducation dispensée par l'organisation dans son ensemble: anti-parlementarisme, anti-communisme, confiance en l'institution de la royauté, culte de la personnalité, nationalisme, culte des ancêtres et le triptyque bien connu: Patrie—Religion—Famille.

La description qui suit est nécessairement incomplète, et les citations sont simplement indicatives. Dans tous les numéros, il y a une page de sentences du Chef. La plupart des articles théoriques sont d'ailleurs

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4. «Jeunesse Nationale», n° 10, 15 juin 1935.

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des analyses de maximes du «père de tous les enfants de la Grèce». Sa photographie se trouve sur un grand nombre de numéros, en alternance avec celles du roi et des autres membres de la famille royale. Et comme le «créateur de la IIIème Civilisation Hellénique et sauveur de la Grèce» ne pouvait pas être issu d'une famille humble, dans le n° II (24 décembre 1938) est publié un article intitulé «La famille historique des Métaxas: les ancêtres du chef», où le premier des Métaxas est présenté combattant aux côtés de Constantin Paléologue à la Porte de Romanus à Constantinople, où il meurt héroïquement le 29 mai 1453.

Dans de longs articles, mal rédigés et sans intérêt, et sous couvert d'arguments faussement logiques, on déforme le sens des mots, des choses et des réalités. C'est ainsi que «l'expression suprême de la Liberté» est «la vraie liberté, celle qui va de pair avec le bonheur, s'exprime parfaitement par la soumission continuelle et volontaire à l'État et à ses objectifs»5. Ce qu'on rend responsable du malheur du pays avant le 4 août, c'est le régime parlementaire qui aurait favorisé un individualisme sans bornes. L'État idéal est représenté par la militaire et belliqueuse ancienne Sparte, dont les idéaux et l'éducation sont analysés dans plusieurs publications. Les articles anti-communistes sont souvent des analyses «profondes» parsemées d'histoires de jeunes qui sont devenus des criminels en se laissant entraîner par la propagande communiste, et de témoignages de communistes repentis qui sont revenus «à la famille humaniste comme des enfants prodigues»6. De toute façon, le seul responsable de l'expansion du communisme dans le pays avant le 4 août est le régime déjà renversé du multipartisme: «avec son indifférence criminelle qui suffit à le faire damner par l'hellénisme, avec la stupidité qui l'accablait, avec la mollesse dont il souffrait, il fut l'unique auteur des blessures sur le corps hellénique livré à la merci de la propagande communiste diabolique»7.

Pour protéger l'État Nouveau des traîtres, le magazine pousse les enfants à les dénoncer, c'est-à-dire à se livrer, comme on dit familièrement, au mouchardage: «il faut que les mauvais civils de la Grèce soient mis à l'écart de la vie politique... Il faut leur déclarer clairement que les traîtres n'ont pas de place dans la famille grecque, ni de droits aux liens de parenté. Nous devons les livrer au premier agent de police et à l'opprobre publique. C'est cela notre devoir. Les lois ne sont pas 

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5. «La jeunesse», n° 3, 29 octobre 1938, p. 82.

6. Ibid., n° 9, 10 décembre 1938, p. 296.

7. Ibid., n° 6, 19 novembre 1938, p. 190.

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suffisantes. Ces Grecs débauchés doivent subir les conséquences de leur méchanceté»8.

Les pages littéraires publient des romans en feuilletons au contenu patriotique, dont les auteurs sont des collaborateurs du magazine, et dans lesquels le héros grec est beau, brave et innocent, se bat contre les «méchants» ennemis, contre les «asiatiques barbares» et contre ces «chiens de Bulgares», en soutenant les vieux et les faibles, les vierges et les prêtres; finalement la force de l'esprit grec brille par les armes. Les jeunes pionniers ont leurs propres pages avec des analyses simplifiées des discours du Chef, des contes et des jeux.

Cela vaut la peine de s'arrêter sur les pages destinées aux filles. Au début, celles-ci sont intitulées «Le royaume de la maison: ménage - maternité - économie domestique»; après, elles se modernisent en «pages de nos filles». Dans ces pages, il y a des conseils pratiques pour le ménage des recettes, etc., tout cela à chaque fois à côté d'un article sous la forme d'une lettre adressée aux filles par la collaboratrice du magazine, Sitsa Karaïskaki, qui signe comme «docteur de l'Université de Münich». Après l'invasion allemande, celle-ci se rendra en Allemagne. Sitsa Karaïskaki écrit sur tout, sur la littérature, l'art, le savoir-vivre, la morale, la nature, l'économie, la grécité, l'amour de la patrie. La jeune fille grecque doit se persuader que son seul but est la famille. Son unique devoir est de mettre au monde des enfants saints et moraux, des soldats fidèles de la patrie. Sa place est dans la maison, pour permettre à son mari de se reposer quand il rentre fatigué de son travail, et non au dehors où elle serait exposée à des tentations incompatibles avec sa nature. Même si elle a besoin de travailler, il lui suffira de devenir libraire, infirmière ou vendeuse de parfums9. Elle doit faire la sourde oreille aux sirènes du féminisme. Dans la période antérieure au 4 août, «la Vestale était exilée et le foyer était détruit. Seuls des Phrynes et des Aspasies demandaient à remplacer les Nausicaas et les Pénélopes»10.

Venons-en maintenant à la deuxième question du sujet qui est la diffusion et la répercussion du magazine. D'après une information du magazine lui-même dans son 2ème numéro du 30 sept. 1938, le tirage du premier numéro atteignit plus de 30.000 exemplaires. Dans le 3ème numéro, son Comité de Rédaction triomphe pour les 50.000 exemplaires du 2ème numéro et déclare que pour le 3ème le tirage a atteint 100.000

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8. Ibid., n° 12, 31 décembre 1938, p. 396.

9. Ibid., n° 6, 19 novembre 1938, p. 203.

10. Ibid., n° 44, 3 août 1940, p. 1400.

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exemplaires. C'est la deuxième et dernière fois que le magazine fait connaître des chiffres pareils sans bien entendu cesser de faire état d'un nombre sans cesse croissant d'exemplaires diffusés. Dans le 6ème numéro (19 nov. 1938), cinq pages sous le titre général (Commémoration Panhellénique pour la publication de la jeunesse» sont consacrées à la publication de lettres enthousiastes de félicitations envoyées par des membres de l'E.O.N., des cadres de l'administration publique, de simples civils, et écrites avec «un enthousiasme simple et volontaire». Mais il apparaît que la réalité était bien différente. Les témoignages provenant des Archives de l'E.O.N.11 sont peu nombreux, mais indicatifs.

Dans une circulaire du II février 1939, le commissaire du gouvernement auprès de la jeunesse, Alexandros Kanellopoulos, revient, «avec chagrin» comme il dit, sur la diffusion de l'organe officiel de l'E.O.N. «Le nombre des exemplaires diffusés du magazine, en comparaison avec la puissance énorme de l'organisation, est tellement petit qu'on se demande si les centaines de phalangistes, les garçons et les filles, se distinguent tous pour leur aversion à l'égard de la lecture et de l'étude. Si tel est vraiment le cas, la question qui se pose est la suivante: que font les cadres pour combattre cette aversion... ou peut-être ne s'aperçoivent-ils pas que la raison d'être de l'organisation est la création d'un esprit unique dans la jeunesse et que l'organisation ne dispose pas d'autre moyen pour créer cet esprit que le magazine? Vous comprenez tous qu'il faut mettre un terme à cette situation, parce que ce n'est pas seulement le prestige de l'organisation qui l'impose, mais aussi et surtout ses objectifs». Dans une circulaire «sur certaines instructions et directions» (brochure, édition de 1939), il est répété la même chose: «La diffusion du magazine est déjà de 40.000-50.000 exemplaires. Cette diffusion n'est pas du tout satisfaisante, surtout dans certaines directions régionales au nombre non négligeable. En espérant qu'on ne sera pas obligé de prendre des mesures plus sévères, on se limite à attirer pour la dernière fois l'attention de tous sur le besoin d'augmenter la diffusion jusqu'en 1940, au moins à 100.000-120.000 exemplaires. Il faut que le magazine soit non seulement diffusé, mais aussi très largement lu». De cet extrait, on retiendra pour les commenter deux points: a) cette

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11. Les archives de l'Organisation Nationale de la Jeunesse se trouvent aux Archives Nationales et font partie des Archives de Ioannis Métaxas. Cf. Ath. Balta: «L'Organisation Nationale de la jeunesse du régime du 4 août: Propagande et instruction politique —Une recherche d'archives», communication au Congrès Historique International: «La Grèce 1936-1944— Dictature-Occupation-Résistance», Athènes, avril 1984.

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diffusion n'est pas du tout satisfaisante surtout dans certaines directions régionales au nombre non négligeable, et b)... il faut que le magazine soit non seulement diffusé, mais aussi très largement lu.

En ce qui concerne le premier point: les rapports des Directions Régionales soumis tous les six mois à la Direction Centrale le confirment. Je cite un extrait caractéristique d'un de ces rapports adressé par la Direction Régionale des Garçons de la région d'Aitoloacarnanie et daté du 1er septembre 1940: «Le tirage du magazine ne peut pas dépasser le chiffre actuel. Notre département, pauvre par excellence, ne permet pas que notre magazine soit acheté par un nombre plus élevé de Phalangistes, et la Direction n'espère pas que ses efforts pour un tirage plus important aboutiront». Un rapport analogue des Directions Régionales des Garçons et des Filles de Corfou pour le semestre sept. 1939-janv. 1940 informe que: «La diffusion du magazine est large parmi les élèves des écoles publiques, mais non parmi les jeunes paysans et les non-scolarisés». Ce témoignage est précieux. Les élèves devenaient lecteurs de «La Jeunesse» avec la même «spontanéité» qu'ils devenaient membres de l'organisation. C'est-à-dire contre leur gré. Les autres enfants et adolescents, les jeunes ouvriers et paysans, étant en dehors de cadres collectifs comme celui de l'école, et par conséquent moins accessibles à l'organisation, semblent avoir honoré le magazine de leur indifférence.

En ce qui concerne le deuxième point, le fait que le magazine devait non seulement être diffusé, mais aussi être lu, amène à poser une autre question: combien étaient les petits élèves, qui, bien qu'obligés d'acheter le magazine contre leur volonté, ne le lisaient pas? L'expérience scolaire de toutes les époques et mêmes celle d'aujourd'hui témoigne du manque d'empressement des élèves envers les magazines et les diverses brochures (surtout de l'église), diffusés à l'école. La différence entre les grandeurs de la diffusion et du tirage d'un imprimé imposé par un régime autoritaire doit normalement être inférieure à la différence respective de n'importe quel autre imprimé diffusé librement. Que se passait-il dans le cas de «La Jeunesse»? Des témoignages de gens âgés, jeunes élèves à l'époque, font état de paquets entiers d'exemplaires qui pourrissaient dans les caves des écoles.

Cette attitude négative des enfants envers la magazine, due plutôt à la réaction naturelle de l'enfant contre tout ce qui est imposé et oppressant, constituerait dans plusieurs cas une manière de réaction contre l'organisation elle-même. Dans son ensemble, le contenu même du magazine, comme on l'a indiqué ci-dessus, le rendait déplaisant aux yeux

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des enfants, avec toute cette ignorance de la psychologie enfantine, cette propagande grossière et triviale, ce verbalisme incessant et cet esprit hypocrite du «comme il faut».

Examinons à présent l'autre aspect de la question: dans chaque numéro, il y a une ou deux pages pour la collaboration des lecteurs et une page pour la correspondance de la rédaction avec les lecteurs. On y lit des lettres comme la suivante (le jeune membre de l'E.O.N. s'adresse au chef, I. Métaxas): «Tu nous a tirés du bourbier puant et, comme un bon père, tu nous a montré le chemin pour en sortir. Tu nous as réveillés une nuit, une nuit d'août, et tu nous as appelés près de toi. C'est toi qui nous as appris que nous sommes Grecs et qu'il faut rester Grecs. Et nous t'avons écouté»12. On trouve aussi en abondance des essais et des analyses sur le «miracle de 1936»13, des poèmes patriotiques dédiés aux personnages de la mythologie et aux héros du 4 août, où sont glorifiés et mentionnés pêle-mêle Nausicaa et Bouboulina, Const. Paléologos et Achille, Smyrne et le Parthénon, où les femmes grecques ont les «yeux brillants et le cou blanc»14, et où les envolées lyriques atteignent des sommets du grotesque et finissent par des serments de foi éternelle au chef et aux idéaux de la IIIème Civilisation Hellénique. Combien étaient les enfants qui furent influencés et pervertis par ce mélange d'esprit de la «Grande Idée» et de chauvinisme stérile, et jusqu'à quel point l'étaient-ils? Est-ce que la mentalité petite-bourgeoise de la société grecque d'alors a-t-elle accepté et jusqu'où et sur quels points l'image du bon enfant, du modeste et pudique enfant au front clair et aux yeux optimistes? De ce moralisme, qu'a-t-elle retenu, si elle a retenu quelque chose, et qu'a-t-elle rejeté?

Mais si les petits pionniers de huit et dix ans étaient une proie plus facile, il n'en allait pas de même avec les enfants plus grands, les élèves des lycées et les jeunes de seize et dix-huit ans. Dès l'été de 1936, la jeunesse grecque avait constitué un Front anti-dictatorial avec la participation de l'O.K.N.E., de la SEPE (Jeunesse Socialiste), de la Jeunesse Libérale et des Jeunesses des partis de Kaphantaris, Papanastassiou, Papandréou et Mylonas, qui a développé durant toute la période de la dictature une activité multiple.

Entres autres, la revue du Front «La Flamme» et de l'O.K.N.E. «La Jeunesse» s'adressent au même public que la «Jeunesse» de l'E.Ο.Ν.

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12. «La Jeunesse», n° 18. II février 1939, p. 616.

13. Ibid., n° 13. 7 janvier 1939, p. 440.

14. Ibid.

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Au moment même où l'Ε.Ο.Ν. s'efforce d'éduquer les enfants et les adolescents avec des mots creux, où elle les habille de l'uniforme connu et leur impose le salut fasciste, les jeunes démocrates, les «miasmes» des pages de la revue, sont exilés et emprisonnés.

D'ailleurs, ce sont ces enfants et ces jeunes, les lecteurs malgré eux de la «Jeunesse», qui deviendront quelques années plus tard, sous l'Occupation, et dans les rangs de l'E.Ρ.Ο.Ν., le fer de lance de la grande bataille antifasciste pour la Liberté.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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GEORGES MARGARITIS

DE LA TRANSCRIPTION À LA RÉCRÉATION DE L'HISTOIRE: LE PASSÉ ET SON ENSEIGNEMENT À L'ÉPOQUE DE L'«E.P.O.N.»

Derrière les événements historiques qui captent notre attention et notre connaissance se cache un univers aux dimensions imprévisibles et aux fonctions considérables. Il s'agit du domaine de l'entendement humain, du conscient mais aussi de l'inconscient, du domaine de la mentalité, de l'idéologie, de la pensée. On ne saurait trop insister sur la signification qui est la sienne dans l'être et le devenir historiques. Les visions du général Makriyannis publiées récemment chez nous, nous ont amenés à plus de respect envers ce domaine.

C'est à l'intérieur de ce domaine que se situent les fonctions multiples de la mémoire. Je ne me réfère pas à ses origines biologiques, mais bien à ses dimensions sociales, à cette mémoire collective que nous appelons, par convention, historique. Les historiens, qui tentent de décrire le passé, ont ressenti le poids de celle-ci, fait d'inertie, qui fait obstacle mais aussi guide leurs propres initiatives. Cette mémoire appartient à un niveau du temps historique qui change lentement et laborieusement. En termes scientifiques, elle appartient à la longue durée.

Il n'est pas toujours facile d'avoir, d'extraire des sources, les images que cette façon de sentir le passé produit dans l'esprit humain. Pour les historiens, il n'existe qu'une seule grande occasion. Cette conscience historique, le sens historique collectif, se situe toujours au centre de l'initiation des jeunes; il se trouve dans l'enseignement qui leur est adressé. Il est en quelque sorte une des fonctions de l'intellect que le jeune doit conquérir pour s'initier, pour intégrer un groupe social donné.

Sous l'Occupation, l'espace de la Résistance, ou, pour préciser, l'E.A.M., a formulé sa propre version de l'histoire, du passé, en s'efforçant de la transmettre aux jeunes qui y participaient. Cet enseignement n'a pas été dispensé sur les bancs ou dans les écoles, comme c'est

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le cas aujourd'hui; il s'est effectué par la propagande, dans des tracts et des documents militants. Il s'est fait dans les manifestations, les discours et les formes d'organisation de l'époque. Étroitement lié à la lutte de tous les jours, il possédait donc une efficacité qui nous est aujourd'hui inconnue. C'est ce processus de transmission de savoir, d'idéologie, de conceptions que l'on doit étudier pour découvrir comment a été formé le sens collectif du passé pour la génération de la Résistance. Et, étant donné que ce que l'on transmet et l'on enseigne à toute nouvelle génération n'est que l'extrait des connaissances, des mentalités et des idéologies, qui —selon le terme conventionnel— «dominent», le processus entier devient particulièrement révélateur.

A travers quel sens de la différence la génération de la Résistance aborde-t-elle l'histoire? Pour les jeunes d'aujourd'hui, l'appartenance à des entités et à des ensembles «nationaux» par exemple, est très peu développée, malgré l'effort mené par l'enseignement officiel de l'histoire dans un sens contraire. Il ne pourrait en être autrement dans un pays européen moderne, aux frontières ouvertes, ayant une dimension cosmopolite, une télévision et des touristes. Mais dans ces années-là, la situation était très différente, étranger équivalant à ennemi. C'était palpable par la mort, la ruine et la douleur. Lorsque ce qui est ennemi et étranger est délimité avec précision, la constitution de l'unité des «nous» sera d'autant plus nette. Les gens, les combattants avaient alors le sentiment profond qu'ils étaient grecs, patriotes, unanimes, résistants, «éamites», «éponites», compagnons de lutte, camarades. L'expression «celui-là est des nôtres» était d'une portée tout à fait différente de celle qu'elle peut avoir de nos jours. C'était alors une question de vie et de mort.

Dans une semblable situation toute tolérance géographique de l'histoire est annulée et celle-ci devient très nettement nationale. C'est-à-dire qu'elle confirme ces délimitations claires, elle les prolonge dans le temps et explique leurs racines. Le ou la jeune Souliote, selon le portrait qu'en livre Vlachoyannis, constituent des modèles de comportement aux propriétés très précises. Ce sont des enfants totalement liés, à la vie et à la mort, à la communauté, à la patrie, en laquelle et pour laquelle ils existent.

A part la limitation géographique, il y a aussi celle sociale, imposée par les réalités de l'Occupation. Les enfants apprennent qu'alors, en 1821, «exactement comme aujourd'hui», «se trouvèrent des personnes qui ne pensaient qu'à leur intérêt personnel et pas du tout à celui du peuple»1.

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1. Τα αετόπουλα. Το αναγνωστικό του ΕΑΜ για την Γ' και Δ' τάξη. (réédition

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Le passé «explique» les différenciations que la société subit dans le présent de l'Occupation. On peut observer que l'histoire en question est particulièrement réduite et semble servir de modèle pour: ce même présent.

Il s'agit donc d'une histoire dont le but principal est de regrouper les hommes, de les intégrer dans des ensembles. Il faut nous en rapprocher encore pour découvrir les autres propriétés qu'elle possède.

On connaît les manifestations qui ont marqué l'anniversaire de la fête nationale du 25 mars, en 1942 et 1943. La jeunesse a fleuri les monuments des héros de 1821; elle s'est battue et a versé son sang pour cela2. Au même moment, les organisations résistantes des jeunes qui se créent, adoptent des noms comme «Filiki étairia des jeunes» ou «Bataillon sacré thessalien»3.

Les pseudonymes, que l'esprit de clandestinité de l'époque imposait, sont encore plus significatifs. On y retrouve l'antiquité (Achille, Hector, Arès, Cimon, Périclès, etc.) ainsi que 1821 (Nikitaras, Androutsos, Karaïskakis, Rigas, Xanthos, etc.). Petros Antéos emploie, au sujet des rétrospectives historiques faites à l'initiative des jeunes de l'époque, la phrase: «Au début, nous avons puisé dans le puits sans fond de 1821»4.

On voit que le passé imprégnait la pensée, accompagnant tout acte de résistance, des jeunes en particulier. Mais de quel passé s'agit-il? Un texte caractéristique d'un éditorial de Nea Ghenia (Nouvelle Génération), l'organe du conseil central de l'E.P.O.N., intitulé «L'éponite, le nouveau Grec» situe le rapport de ce dernier avec l'histoire. Nous citons toujours du livre de Antéos : «Lorsque le 23 février 1943, nous avons pour la première fois chuchoté le mot d'éponite, nous pouvions à peine nous le représenter. Nous l'imaginions avancer dans le combat de la Résistance la main dans celle du jeune Klephte brave de 1821 et dans celle de l'éphèbe robuste de la Démocratie athénienne... Nous percevions sa figure de lutte éclairée par l'éclat du fusil et le reflet du bouclier antique»5.

Il ne s'agit pas du passé et de l'histoire dans leur ensemble, mais

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Athènes 1982, éd. Enimérossi), p. 62-63, chap. «Exactement comme en 1821». Le livre fut édité par l'Institut pédagogique de Tyrna, dirigé par la pédagogue Rosa Imvrioti.

2. Voir à ce propos P. Antéos, Συμβολή στην Ιστορία της ΕΠΟΝ, t. Ι, 1, Athènes 1977, éd. Kastaniotis, p. 189 sq. La quête de l'esprit de 1821 se situe au centre des manifestations.

3. Ibid., p. 105 (Filiki Étairia des Jeunes), p. 221 (Bataillon sacré thessalien).

4. Ibid., p. 69-70.

5. Ibid., p. 71-72.

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de certains épisodes de celle-ci; 1821, l'antiquité, etc. Qu'ont ils en commun? Selon l'expression en vogue, ils servent d'exemple. Analysons ce mot en l'exprimant autrement. Ces moments sont des images à imiter, elles construisent des modèles; c'est-à-dire qu'ils créent, ils constituent des origines6. La référence au passé est donc partielle et sélective. Elle ne concerne que les moments des modèles, en quelque sorte. Il s'agit d'une histoire déformée ou, à la limite, d'une transcription de l'histoire.

On pourrait rechercher ce schéma du sens du passé dans l'enseignement de l'histoire des manuels scolaires de l'E.A.M., par exemple dans le livre de lecture paru fin 1943 sous le titre «Les Aiglons». L'origine est ici située en 1821, dans le soulèvement du peuple pour la liberté.

«Du temps où les Turcs avaient asservi notre patrie, comme exactement les Allemands aujourd'hui, le peuple luttait (...) pour la liberté»7. La liberté fut obtenue mais le progrès n'eut pas de suite. Sa chute commença:

«Jamais, au cours des 120 ans de vie libre, les enfants du peuple n'ont ressenti la sollicitude de l'État. Toujours maladifs, affamés, nus, pieds nus. Toujours sans écoles, sans médecins, sans médicaments»8.

Les limites extrêmes de la chute, son nadir fut atteint avec la dictature de Métaxas et l'Occupation :

«Le fascisme est venu parachever le mal. Tandis que la jeunesse était en proie à la mort et au marasme, le roi et Métaxas festoyaient»... «Ils devaient (les enfants) pour obtenir une charge trahir leur père, leur mère, leurs maîtres: ceux qui ne le faisaient pas étaient envoyés en prison, en exil, à la torture»9.

Pire encore après la défaite, sous l'Occupation:

«Métaxas laissa la patrie sans armes afin d'aider les Allemands...», «le roi s'empara de l'or que le peuple avait amassé avec son sang et s'enfuit avec les chefs de la tyrannie du 4 août»10. «Le peuple était abandonné à son sort (...) On n'entrevoyait un espoir de salut nulle part»11.

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6. Sur le sens de ces notions dans la pensée mythique, on peut se rapporter à l'œuvre de M. Eliade, en particulier, les livres: Aspects du mythe, Paris 1981 (1963), Gallimard, et Le Mythe de l'éternel retour, Paris 1981 (1969), Gallimard. Récemment l'ouvrage de Georges Dumézil, Mythe et épopée (Paris, 1968-1973) éclaira d'un jour nouveau la fonction de ces concepts dans l'entendement humain.

7. Τα αετόπουλα, op. cit., p. 62.

8. Ibid., p. 64.

9. Ibid., p. 20. 64.

10. Ibid., p. 39.

11. Ibid., p. 52.

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La chute étant consommée, la recréation pouvait commencer.

"C'est alors que naquit l'E.A.M. qui se chargea de la lutte pour la survie du peuple, mais en même temps organisa sa résistance et lui fit venir l'appétit des luttes"12.

Il s'agit d'un schéma qui, ayant pour origine le grand moment créateur de 1821, se poursuit par la chute et la ruine jusqu'au chaos absolu. Il nous ramène alors à l'histoire recréée, de nouveau hissée au niveau de 1821.

Cette nouvelle montée est souvent décrite dans les documents de l'époque par la formule "exactement comme aujourd'hui" ou "exactement comme alors". Cette réapparition au devant de la scène des situations du passé interdit toute représentation évolutionniste ou, si l'on veut, linéaire de l'histoire; la notion utilisée est celle du cycle. Les éphèbes athéniens, les jeunes Spartiates, les enfants de Souli, les "éponites" sont des moments équivalents et similaires. Toute l'histoire située entre ces moments est non créatrice et est présentée comme une errance vague conduisant à une déchéance de plus en plus désespérante du peuple et du pays. Dans notre exemple, c'est la création, l'origine de 1821 qui par la suite se dégrade et disparaît. On aboutit ainsi au chaos absolu de Métaxas et de l'Occupation, au point culminant de l'errance, avant de revenir à la création, aux jours de lutte de l'E.A.M. et de la Résistance. La formule "exactement comme aujourd'hui", ou bien "alors" confirme la fermeture du cycle et le retour à l'origine créatrice. L'histoire haïe13 intermittente, le récit de la chute, se trouve de cette façon annulée. Tout retourne à l'origine prêt à être recréé.

Grâce à cet emploi rituel du passé, le vieux monde, le monde réel avec ses séquelles, périt et est supprimé. L'idéologie et la formation des enfants s'emparent du vide, de la pureté qui est nécessaire avant la création. L'initiative humaine, désormais libre, peut fonctionner; il s'agit d'une LIBÉRATION. C'est une approche du passé profondément libératrice.

Il se peut que les schémas ci-dessus nous paraissent bizarres, étrangers à une histoire moderne que nous avons tenue pour évolutionniste et rationalisée. Peut-être évoquent-ils pour nous les domaines de l'ethnologie, des structures mythologiques, des éléments de la pensée magique

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12. Ibid., p. 52.

13. Sur le concept de l'histoire haïe, voir M. Eliade, Le Mythe de l'éternel retour op. cit., p. 135-140. Également G. Bourde et H. Martin, Les Écoles historiques, Paris 1983, Éd. du Seuil, p. 28-33.

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et mythique. Parce que cependant leurs traces sont trop nettes pour être contestables, nous devrons nous interroger sur les itinéraires qu'emprunté la fonction interne et profonde de la perception de l'appropriation par les hommes de la dimension historique. Ce sont certainement des schémas qui se transforment difficilement et lentement, qui ne cessent d'être fonctionnels même des siècles durant.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que ce schéma évolue pendant l'Occupation, au moins en ce qui concerne l'enseignement. Tandis qu'on le retrouve chaque fois que le passé est mentionné, de 1941 à 1944, un manuel scolaire tente de le dépasser à la veille de la Libération. Il s'agit du livre de lecture «Grèce libre» de Mikhalis Papamavros, paru à la veille de la Libération. On n'y rencontre que de rares allusions à l'histoire, bien que celles qui s'y trouvent sont fidèles au schéma rapporté (l'E.A.M. est ici aussi la nouvelle Filiki Étairia). Par contre, on insiste grandement sur les faits et exploits de la Résistance, au passé de lutte tout à fait récent. Les luttes se présentent didactiques, posant des règles de conduite et dégageant des orientations morales, sociales et politiques nouvelles14. On dirait que le passé a complètement disparu. Ces luttes du passé que l'on met en avant légifèrent et instituent pour l'avenir. L'impression naît que l'histoire cherche ici à redevenir linéaire, évolutionniste, donc certaine de l'avenir. La croyance se répand que celle-ci est guidée par les forces de la Résistance vers des objectifs prédéterminés. La situation politique a dépassé la fonction libératrice du cycle; on a maintenant besoin d'une certitude tournée vers les lendemains. Ceci revient à dire que la négation du passé s'est approfondie, englobant aussi les sommets, les origines. Il n'y a plus que le présent et l'avenir.

Je voudrais conclure par deux remarques. La première, c'est que cette histoire déformée et transcrite n'a pas disparu avec l'Occupation et la Résistance; elle reste toujours parmi nous et survit de nos jours, non seulement parce que les enfants de la Résistance, les «éponites», ont grandi avec elle et l'ont véhiculée jusqu'à nos jours, mais également parce que les schémas en question se trouvent toujours dans l'inconscient des hommes et restent par conséquent fonctionnels; ils constituent des modes de fonctionnement de l'intellect. Les traces en sont nombreuses dans le discours politique par exemple, où les choses sont plus transparentes et mieux perceptibles. Pour la gauche d'après la guerre civile, à l'E.A.M.,

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14. V. en particulier les chapitres: «Ο καπετάν-Τρομάρας«, p. 25, «Το αετόπουλο», p. 37, etc. Par contre, dans le chapitre «To EAM», p. 9, nous avons une conception du passé similaire à celle du livre de lecture précédent.

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moment créateur pur, succéda la défaite et la chute. Ils recherchèrent donc le renouveau, un moyen de nier et d'annuler la chute, la déchéance, l'histoire réelle haïe : le retour à l'E.A.M. Ceci explique une grande part des actes, des textes et de la politique des formations de gauche, qui semblent peu liées aux réalités actuelles. Le schéma de perception du passé explique les comportements de ce milieu donné.

La dernière remarque regarde l'histoire écrite par les historiens. Non plus sa perception collective, mais sa transcription «scientifique» en quelque sorte. Les comportements actuels s'appuient sur des mentalités profondes, conservées presque inchangées dans le temps. L'histoire que nous écrivons doit être globale pour qu'elle soit libre, pour pouvoir interpréter et classifier, donc pour exister. Le champ de l'entendement humain, de l'inconscient, des mentalités, est une partie des plus importantes de la totalité que nous voulons conquérir. Il convient de le considérer avec tout le sérieux qui lui est dû.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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ANTONIA KIOUSSOPOULOU

L'ÂGE DU PERSONNEL POLITIQUE PENDANT LA GUERRE D'INDÉPENDANCE DE 1821 ET LA PÉRIODE DE CAPODISTRIA (1821-1832)

Déterminer l'âge et rassembler des informations sur la vie des hommes censés appartenir au personnel politique de la Grèce durant la période 1821-1832 a effectivement un sens, qui va au-delà des biographies ordinaires sur les héros de 1821; ces informations, une fois confrontées, nous permettent de nous représenter le potentiel humain employé dans l'organisation de l'État; nous pouvons aussi à travers celles-ci discerner des tendances ou des mentalités dans la vie politique de ces années-là.

Ce fut justement le premier objectif d'une recherche, qui se proposait d'étudier tout d'abord la présence et ensuite le rôle des jeunes dans les affaires politiques de la Grèce pendant la révolution et la période de Capodistria.

La première phase de cette investigation s'est achevée par la constitution d'un corpus de données concernant le personnel politique en son entier. Au cours de ce travail, les sources ont été répertoriées1 et, sur cette base, une liste de noms des membres du personnel politique a été

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1. Les principales sources utilisées furent: I. Archives

— Αθηναϊκόν Αρχείον (éd. I. Vlachoyannis) I, Athènes 1901.

— Αρχείον Ελληνικής Παλιγγενεσίας μέχρι της εγκαταστάσεως της βασιλείας, t. I-V, Athènes 1974-1978.

— Γενικά Αρχεία του Κράτους, Τα ιστορικά έγγραφα, του αγώνος του 1821 εις περιλήψεις και περικοπάς (éd. K. Diamandis), Athènes 1971.

— Ap.V. Dascalakis, Αρχείον Τζωρτζάκη-Γρηγοράκη. Ανέκδοτα ιστορικά έγγραφα Μάνης (1810-1835), Athènes 1976.

— Dinos Konomos, documents inédits des archives de Antonios Tzounis, Επετηρίς των Καλαβρύτων t. 2 (1970), p. 80-90.

— Georges Laïos, Ανέκδοτες επιστολές και έγγραφα του 1821. Ιστορικά δοκουμέντα από τα Αυστριακά Αρχεία, Athènes 1958.

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dressée; une fiche individuelle a réuni les données concernant chaque personnage, indiquant dates de naissance et de décès, son lieu d'origine, ses études, sa situation socio-professionnelle, ses fonctions politiques avant la révolution, dans la période 1821 -1832 et aussi après, son appartenance à un parti et tout autre activité signalée.

Je tenterai de donner une description des plus concises de ce matériau et, par la suite, je formulerai certaines questions ou des problèmes qui se posent et qui méritent réponse, pour que ce matériau désormais réuni, puisse être mis en valeur en tant que source historique. Nous avons inclus dans le personnel politique et répertorié les noms de 1535 personnes censées avoir influencé ou avoir été influencées par le pouvoir central dans le rapport politique qu'elles ont eu avec l'État. Plus précisément, on a répertorié tout d'abord les noms de ceux qui, au déclenchement de la révolution ont formé:

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— A.Z. Mamoukas, Τα κατά την αναγγέννησιν της Ελλάδος υπό διαφόρων Εθνικών Σννελεύσεων συνταχθέντα πολιτεύματα, le Pirée 1839.

— LA. Mélétopoulos, Η Φιλική Εταιρεία. Αρχείον Π. Σέκερη, Athènes 1967.

— V. Mexas, Οι Φιλικοί, Athènes 1937.

— Styl. Motakis, Συλλογή εγγράφων Ζαχαρία Πρακτικίδη (ή Τσιριγώτη). Έγγραφα των ετών 1810-1834, la Canée 1953.

— V. P. Panayotopoulos, Πίνακες Αρχείου Λουριώτη, Centre des Recherches Néohelléniques, Athènes 1963.

II. Journaux

— Γενική Εφημερίς της Ελλάδος, 1825-1832.

III. Mémoires

— Ν. Dragoumis, Ιστορικαί αναμνήσεις (éd. et ann. par. A. Anghelou), I-II, Athènes 1973.

— I. Makriyannis, Απομνημονεύματα (introduction et commentaire par Sp. I. Asdrachas), Athènes 1957.

— Michaïl Ikonomou, Ιστορικαί της Ελληνικής Παλιγγενεσίας, Athènes 1873.

— Georges Psyllas, Απομνημονεύματα του βίου μου, (éd. Eleuth. Prévélakis), Athènes 1974.

Les sources ne laissant pas transparaître d'autres informations que le lieu d'origine des membres du personnel politique, nous avons consulté des ouvrages à ce sujet et, tout d'abord, des encyclopédies et des dictionnaires. Les histoires locales et surtout des ouvrages traitant de la contribution à la lutte des combattants de régions données, ont été d'une grande utilité. Bien que ces ouvrages aient été consultés avec la plus grande réserve, concernant aussi bien le mode de leur composition que leurs informations souvent non prouvées, ils nous ont permis de compléter quelques fiches sur les personnes qui ont agi aux échelons les plus bas et qui, plus tard, disparaissent de la scène politique. Nous avons enfin utilisé des ouvrages qui soit sont des monographies concernant une personne précise, soit contenaient dans l'introduction des données biographiques pour quelques autres.

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    ATHANASSIA BALTA

    LE MAGAZINE DE L'ORGANISATION E.O.N. "LA JEUNESSE": OBJECTIFS ET RÉPERCUSSION

    Le caractère de cette communication et le temps limité nous obligent à une présentation extrêmement sommaire d'un cadre de problématique uniquement, d'où l'on pourrait arriver à une approche plus analytique. Autrement dit, ce qui succède à la sûreté simple et concise du titre de la conférence, c'est simplement une série d'hypothèses et de réflexions.

    Dans son numéro de janvier 1933, le magazine "Jeunes Pionniers" fait des commentaires et des critiques au magazine "Idée" de Spyros Mélas qui venait juste de paraître le même mois. Les "jeunes Pionniers" dénoncent son contenu et ses buts qui sont: "l'entretien d'une confusion intentionnelle, le mensonge et la réaction", et en faisant de l'humour noir, font dire aux bourgeois: "on exige que l'État achète tous les mois dix mille exemplaires de l'"Idée" et les envoie à tous les collèges du pays pour qu'on fasse tous les matins deux heures de cours sur son contenu élevé"1.

    Cette perspective de cauchemar qui, même pour les "Jeunes Pionniers"2, constitue une sorte de plaisanterie à cause de l'exagération contenue, devient cinq ans plus tard une réalité avec l'apparition de "La Jeunesse", du magazine de l'Organisation Nationale de la Jeunesse du régime du 4 août. Il est utile de se référer ici à l'Organisation Nationale de le Jeunesse elle-même. L'E.O.N. a été créée en novembre 1936 par la loi d'exception 334/1936, avec pour but déclaré, comme la loi le souligne, "l'usage utile du temps libre des jeunes gens par le développement du sentiment national et religieux", et avec pour but caché la création

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    1. "Jeunes Pionniers", n° I, janvier 1933, p. 2.

    2. Le magazine conçoit à temps le danger et, devant la montée du fascisme en Europe, appelle à la vigilance antifasciste.