Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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Εμφανείς σελίδες: 539-558 από: 716
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CARMEN BETTI

L'ENCADREMENT DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE EN ITALIE PENDANT LE RÉGIME FASCISTE

Cet exposé est la synthèse —évidemment dans ses grandes lignes— d'un long travail de recherche sur la politique de l'éducation, exercée en Italie sous la dictature fasciste dès la fin de 1922 et pendant 20 ans environ. En essayant de me soustraire à la restriction —encore largement présente dans la pensée historiographique italienne— qui est de continuer à considérer l'école, surtout par rapport au passé, comme le lieu le plus important de la socialisation des jeunes, j'ai tenté un contact en termes de système entre le scolaire et l'extra-scolaire, obtenant des résultats d'un certain intérêt. En attendant, et nous le verrons par la suite, il est apparu clairement que la politique éducationnelle du fascisme ne s'est pas réalisée seulement dans sa politique scolaire et en même temps nous verrons que, en plus de mesures prescriptives tendant à plier enseignants et étudiants aux valeurs et idéaux du nouveau courant, les fascistes ont cherché à mobiliser les uns et les autres par des appâts et des solutions diverses. Toutefois, avant d'entrer dans le vif de l'articulé et du combien original projet éducatif mis au point parles dirigeants fascistes, il est nécessaire d'analyser quelques points pour en comprendre de manière significative la naissance.

Dans ce sens, il faut d'abord préciser que, bien que le mouvement fasciste, né en mars 1919 et survivant initialement grâce à l'apport de nombreux jeûnes et très jeunes (presque tous d'extraction bourgeoise) qui, craignant de perdre leur statut d'origine, avaient accueilli avec une confiance enthousiaste, les dénonciations de Mussolini, chef du fascisme, à la «inconcluante classe politique», cependant au moment où les fascistes arrivèrent au pouvoir en octobre 1922, leurs liens avec les forces des jeunes du pays, étaient bien relâchés. En effet, étant donné que peu à peu Mussolini avait rejeté une grande partie de la phraséologie contestataires

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et s'était offert comme le bras armé des industriels et des agriculteurs pour abattre les organisations prolétaires dans un cadre de conservation, beaucoup de jeunes avaient âprement dénoncé le changement de nature de la pensée fasciste. Irrités par ces critiques, les «vieux» convinrent, bien qu'à contre-cœur, de ne pas réserver de soins particuliers au mouvement pour la jeunesse, qui survécut, mais sans succès, en 2 groupes: «les Balilla», de 10 à 15 ans et les «Avant-gardes», de 15 à 18 ans. Une fois au pouvoir, les dirigeants fascistes tentèrent tout de suite de relancer les organisations de jeunes, mais sans résultats particuliers, soit parce que les problèmes à affronter dans l'immédiat étaient nombreux et très urgents, soit parce que, étaient interdites les critiques et protestations antigouvernementales, le prosélytisme parmi les jeunes devenait bien difficile. Et en outre, il faut rappeler que, à partir du printemps 1923, le Pape, à son tour, chercha à redonner vie aux organisations catholiques, et l'Église avait, en la personne des prêtres, d'actifs animateurs, même dans les villages les plus éloignés et les plus isolés. Et en effet, en peu de temps, les organisations catholiques de jeunes—et en particulier celle de Scouts— apparurent comme de redoutables concurrentes des organisations fascistes.

Cela dit, considérons maintenant l'école, autre lieu important de concentration de la jeunesse, même si, durant les années 20, beaucoup d'enfants de prolétaires abandonnaient prématurément l'école primaire, avec des présences intermittentes dictées par les travaux agricoles. En ce qui concerne le monde de l'école, il faut préciser que les fascistes, quand ils s'installèrent au gouvernement, n'avaient peu d'adeptes parmi les enseignants, qui étaient pour la plupart afascistes ou tout simplement antifascistes. Le parti fasciste, dans sont ascension éclair, n'avait vraiment pas eu le temps d'élaborer un véritable programme en matière scolaire, occupé comme il l'était par l'œuvre de destruction surtout physique de ses adversaires. Arrivé au pouvoir et ayant besoin d'appuis, Mussolini chercha à porter remède à cette limitation et manifesta tout de suite un grand intérêt pour le monde scolaire et culturel. Par cette attitude clairement opportuniste, il chercha à s'attirer les sympathies des meilleurs représentants du monde académique qui depuis longtemps réclamaient de sérieuses mesures d'assainissement scolaire. Le «Duce», logiquement, offrit la charge de Ministre de l'Instruction Publique —tout de suite acceptée— à l'une des personnalités les plus prestigieuses des milieux philosophiques italiens —Giovanni Gentile— qui, s'il avait le défaut de n'être pas encore fasciste, avait du moins l'avantage d'être largement suivi dans ce que l'on appelait «le parti dé l'école».

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Mais l'œuvre réformatrice du nouveau ministre -réalisée avec une rigueur sans pitié en à peine plus d'un an- produisit parmi enseignants, étudiants et parents, de profonds mécontentements qui accentuèrent les sentiments d'hostilité contre le gouvernement, lesquels étaient déjà bien répandus. Même si tout d'abord, le "duce" défendit à couteaux-tirés la réforme-Gentile, en la définissant comme "la plus fasciste des réformes", il ne put, ne pas évaluer réellement la situation et comprendre que le processus de fascisation de l'école se présentait plein de difficultés et incertain quant aux résultats. En outre, il n'échappait ni à Mussolini ni à ses acolytes que les enseignants avaient dans la pratique quotidienne de très nombreuses possibilités de se soustraire au contrôle même le plus sévère. Bien sûr, ceux-ci décidèrent donc de soigner l'embrigadement des enseignants par les voies hiérarchiques, mais ils considérèrent en même temps indispensable un contact direct avec les très jeunes à travers des liens alternatifs à l'école, mais non détachés. A l'école primaire entre autre, il y avait beaucoup d'enseignantes et jamais ces dernières n'auraient pu inculquer à leurs élèves les valeurs de force, courage, esprit d'entreprise et de conquête, propres au fascisme. Et jamais de telles valeurs n'auraient pu être transmises -comme disaient les fascistes- par la "secte des professeurs" attachée à ses propres idées et dotée "d'esprits faibles et chicaneurs". Et ce fut justement à cause de ces considérations entre le réel et le dédaigneux, que prit corps un projet très original de politique d'éducation, qui tenta de relier étroitement le monde de l'école et le monde de l'extra-scolaire, afin de mobiliser du haut, enseignants et étudiants et de les entraîner dans le "climat frémissant de la Révolution". En d'autres termes, à côté de l'école héritée de l'État libéral -que Gentile avait entre autre restaurée, mais non réformée- les fascistes décidèrent d'instituer un nouvel appareil, dirigé et géré par des hommes fidèles au régime -l'Oeuvre National Balilla (ONB) ayant pour but l'agrégation des jeunes entre 8 et 18 ans, et comme finalité, l'assistance et l'éducation morale et physique. Bien que la loi qui promulguait l'Oeuvre-approuvée en avril 1926-parlât d'une façon générale des jeunes, en fait le nouvel organisme orienta ses attentions vers les garçons, considérés par les fascistes comme les vraies ressources de la Nation. Et l'ONB -dont les organes centraux devaient siéger à Rome avec des succursales périphériques dans toutes les Provinces et les Communes du Royaume- fut dirigée par un Président -Renato Ricci- appartenant à l'aile militariste du parti, et fut mise sous la dépendance directe du Chef du gouvernement, afin de la préserver des entraves bureaucratiques typiques des organismes d'état. Cependant,

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bien que fiévreusement attendue parce que considérée comme la véritable école du fascisme, celle-ci commença à fonctionner seulement au printemps 1927 après de longs et difficiles pourparlers avec le Pape, qui obligèrent Mussolini à renvoyer le décollage de l'Institution ultra fasciste, afin d'éviter d'en hypothéquer le départ.

Et ainsi, à partir du printemps 1927, les places et les rues d'Italie commencèrent à pulluler d'enfants et de jeunes en uniformes de Balilla (8-14 ans) et d'Avant-garde (14-18 ans), tous les deux de coupe militaire avec pantalons, veste, béret et la fatidique chemise noire, symbole de la glorieuse "révolution" fasciste. C'étaient les inscrits à l'OΝΒ, les vrais fascistes de demain, puisque éduqués pour être fiers, courageux, prêts à défendre par les armes le sol de la patrie et à mourir pour la grandeur de l'Italie. Leur itinéraire formatif prévoyait en effet sport, exercices para-militaires, discipline de fer, respect de la hiérarchie, amour inconditionnel pour la patrie et son chef.

Les fils de l'Italie renouvelée -les Balilla et les Avant-gardes provenaient aussi bien de la bourgeoisie que du prolétariat symboliquement unis pour démontrer le franchissement de la traditionnelle division en classes. Ils étaient recrutés dans les écoles -l'inscription était volontaire, mais les pressions multiples- et auprès des Comités périphériques de l'Oeuvre appelés "Maisons des Balilla", où jeunes et moins jeunes auraient été imprégnés des idéaux nouveaux et auraient refondu leur personnalité. La gestion de ces Comités était confiée à des volontaires, choisis parmi les personnes les plus représentatives du lieu, et qui avaient à leur actif un passé fasciste ou qui manifestaient d'évidentes sympathies pour le Nouveau Régime: Propriétaires, fonctionnaires de la santé, enseignants, hauts dignitaires, etc.

Les enseignants étaient particulièrement appréciés pour les raisons que l'on peut imaginer, et on les décorait immédiatement du grade d'Officier de la Milice, une charge d'un grand prestige à cette époque. Et nombreux parmi les instituteurs furent ceux qui offrirent bien vite leurs services, émus par les touchantes paroles que le duce leur adressait et pour le prestige accordé. Aux instituteurs on offrit entre autre des possibilités de carrière -c'est à dire devenir professeurs d'éducation physique dans les écoles secondaires- après avoir suivi un cours d'éducation physique organisé par l'ONB et accepté une charge dans l'Oeuvre.

Non moins bien accepté était aussi le personnel sanitaire, étant donné que l'ONB avait l'intention d'offrir aux fils du prolétariat l'assistance médicale gratuite -très importante concession pour l'époque- et en plus d'envoyer les enfants les plus fragiles dans les colonies d'été

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que l'ONB aurait organisées à la mer ou à la montagne. Ceci était l'un des aspects du programme d'assistance mis au point pour faire brèche dans le prolétariat.

Parmi les diverses prérogatives de l'OΝΒ, il faut aussi rappeler la mission d'assurer l'éducation physique dans les écoles secondaires et primaires; cette discipline était alors encore à développer dans notre Pays. De cette façon, l'Oeuvre Balilla aurait eu un rapport constant avec l'école et aurait pu exercer un contrôle tout aussi constant en dehors de l'administration scolaire et en activer les engrenages "paresseux". Le Président de l'OΝΒ, Renato Ricci, pour faire front à la nécessité croissante de professeurs d'éducation physique, qui devaient être d'autre part capables d'assumer les diverses tâches directrices dans l'Oeuvre, institua à Rome l'Académie Fasciste d'Éducation Physique, ouverte à la fine fleur de la jeunesse masculine. Une deuxième, féminine, fut fondée à Orvieto en 1932.

Mais la marche d'embrigadement de l'institution scolaire marqua un pas important lorsque les écoles rurales -dont la gestion, pour des raisons de dégrèvement financier était confiée à des organismes privés- passèrent entre 1928 et 1934 sous le contrôle direct de l'Organisation Balilla. Là, le Président de l'Oeuvre donna un exemple concret de ce que devait être la véritable école du fascisme. Les programmes inclurent tout de suite comme matière la culture fasciste; le dernier samedi de chaque mois était en outre prévue la célébration de la "journée des Balilla" avec les élèves en uniforme pour renouveler solennellement le serment du Balilla et plus tard -comme l'on dira- de la Petite Italienne; la distribution des bulletins scolaires devait se passer au cours d'une cérémonie présidée par les autorités fascistes, pour témoigner de l'intérêt du régime pour la croissance culturelle de la Nation.

Sans doute cette première analyse vous permettra de comprendre le "corpus" de la machine-balilla. Pour compléter le tableau, il faut enfin ajouter que la loi instituant cet organisme, prévit dans les rangs de l'Oeuvre, la présence d'aumôniers, afin de prendre soin de la formation religieuse des jeunes. Cette mesure avait pour but d'atténuer les réserves du monde catholique et surtout celles de son plus grand représentant -Pie XI- dont Mussolini voulait, entre autres contreparties, qu'il n'oppose une trop grande résistance à la suppression de la plus parfaite organisation catholique de jeunes, celle des Scouts. Et, même si le résultat ne fut pas immédiat, Mussolini toucha enfin son but en avril 1928, lorsque le Pape préféra abandonner les Scouts à leur destin plutôt que de compromettre les autres organisations catholiques.

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Quand l'ONB commença ses activités au printemps 1927, les seules associations de jeunes qui avaient survécu, mais cependant avec des restrictions bien précises, étaient les associations catholiques défendues à couteaux-tirés par le Vatican; les autres avaient toutes été supprimées en vertu d'un décret-loi de janvier 1927.

Propagandée comme organisme d'assistance et de loisirs -en réalité école de parti et d'armes- l'ONB connut tout de suite un succès plutôt ample. Et ce succès augmenta à mesure qu'elle commença à augmenter les privilèges et à organiser des manifestations. En plus des visites médicales et de la création de colonies d'été, l'ONB organisa la distribution de vêtements, de bourses d'étude et de travail bien fait, de livrets d'épargne; elle créa aussi des cantines dans les écoles et des cours post-scolaires dans les "Maisons des Balilla" où naturellement les membres de l'Oeuvre avaient un accès privilégié. Même s'il s'agissait de propositions bien circonscrites et limitées, de telle initiatives- vu l'époque et les conditions de vie des gens- contribuèrent à vaincre bien des résistances populaires et en l'espace d'un an et demi les inscriptions à l'Oeuvre dépassèrent le million.

Mais si les fascistes eurent de particulières attentions pour les fils du prolétariat, ils ne s'occupèrent pas moins de ceux de la bourgeoisie pour lesquels ils organisèrent des croisières, des cours de planeurs, des compétitions de ski, d'équitation, etc... moyennant des droits d'inscription plutôt salés. Naturellement, toutes les occasions étaient exploitées à des fins idéologiques: c'est ainsi que, pendant que les hôtes des colonies Balilla étaient continuellement incités à nourrir des sentiments de reconnaissance envers le chef du fascisme, qui leur permettait d'être soignés aux frais de l'État, les jeunes occupés aux exercices de ski ou d'équitation commençaient et terminaient leurs compétitions en chantant des hymnes au Duce et à la grandeur de l'Italie.

A côté des exercices de gymnastique, on laissa une grande place -comme nous l'avons déjà annoncé- aux exercices paramilitaires et aux rites soldatesques, qui augmentèrent au cours des années Trente, parallèlement aux ambitions coloniales du Régime. Et ce fut à partir de 1934 que même les garçons entre 12 et 14 ans furent munis de fusils miniatures avec lesquels ils devaient se familiariser tôt. Mais de tels exercices, justement parce que répétés, prolongés et exténuants pesaient aux jeunes à qui d'ailleurs échappait la signification de cette fracassante propagande militaire.

Délimités dans les grandes lignes les confins de la machine de la

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jeunesse et souligné l'intérêt prépondérant pour l'élément masculin, réservons maintenant un peu d'attention à l'élément féminin qui à son tour fut l'objet d'intérêt même s'il fut moins vif et moins ressenti.

Il est presque superflu de faire remarquer que les fascistes n'étaient pas des féministes. L'étroitesse du marché du travail qui posait de graves problèmes pour l'occupation de la force de travail des hommes, ne consentait pas d'attendrissement d'aucune sorte envers le sexe faible. Mais en Italie, comme dans d'autres pays, l'élément féminin —dans ses avant-gardes les plus avancées— réclamait désormais depuis plusieurs dizaines d'années des espaces nouveaux. Mussolini, doté d'une certaine intuition politique, comprit que ce besoin de protagonisme ne devait pas être réprimé mais canalisé. En d'autres termes, au lieu de reléguer la femme entre les parois domestiques qui lui apparaissaient désormais trop étroites, le chef du fascisme pensa qu'il serait plus convenable en termes hégémoniques, de la mobiliser à grande échelle, naturellement dans des rôles marginaux et subalternes comme par exemple ceux de la propagande, de l'assistance et du sport.

Dans cette perspective virent ainsi le jour, à partir de juin 1925, les premières organisations de la jeunesse féminine, qui furent placées sous la dépendance du parti: celle des «Petites Italiennes» (8-10 ans) et celle des «Jeunes italiennes» (14-18 ans) dotées toutes les deux —comme les organisations masculines—, d'un uniforme composé d'un chemisier blanc, jupe plissée et béret noir. Mais comme les visées ambitieuses de Mussolini furent acceptées mais non partagées par la majeure partie des dirigeants en chemise noire, les organisations féminines survécurent mais ne prospérèrent pas. En outre, comme le régime n'était pas en mesure de se permettre une politique des jeunes, garçons ou filles, basée sur le thème d'assistance, les organisations féminines offrirent un programme peu alléchant: réunions amusantes et instructives, promenades, sport, chant en plus des traditionnels travaux féminins comme la coupe, la couture, la broderie, la cuisine. En bref, le programme de formation des jeunes filles avait comme objectif primordial de les éduquer pour être de braves et fortes femmes ou mères de combattants. Et cette situation se prolongea, presque inchangée, pendant environ 4 ans. Quand ensuite, après la signature du Concordat (1929) entre le gouvernement et le Vatican —dont les organisations catholiques tirèrent un nouvel essor— les fascistes évaluèrent attentivement leur politique de la jeunesse, ils ne tardèrent pas à comprendre que négliger l'élément féminin équivalait à offrir aux catholiques un terrain fertile. Ils procédèrent alors à une profonde restructuration des organismes chargés de la

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formation des jeunes. Et ainsi, tandis que le Ministre de l'Instruction Publique revêtait la plus significative dénomination de Ministère de l'Éducation Nationale, on lui adjoignit l'ONB qui, à son tour, absorba les organisations féminines. Mais cette restructuration, si elle donna à l'Oeuvre un plus grand pouvoir d'ingérence dans l'école -puisqu'elle devenait une partie du Ministère de l'Éducation Nationale- ne prévit cependant pas d'entrées majeures sur le plan financier et cette dernière, depuis toujours en difficulté, se trouva vraiment écrasée par la charge de l'élément féminin.

Il faut préciser que l'Oeuvre Balilla recevait quelques financements directement de l'État; cependant la loi de son institution avait prévu qu'elle compta surtout sur les dons de simples citoyens ou d'organismes publics ou privés. Mais un tel système de financement donne toujours de faibles garanties, même dans un climat dictatorial. Et si le bilan de l'Oeuvre -grâce surtout à son Président très entreprenant- avait atteint le chiffre considérable pour l'époque de 30, 40 ou 50 millions, ce budget était pourtant toujours insuffisant pour affronter les multiples engagements. Lorsque l'ONB accueillit les organisations féminines, son Président, afin d'éviter la paralysie de l'organisme, commença à taxer les différentes initiatives. Ce faisant pourtant, l'Oeuvre perdait son caractère assistantiel et les inscriptions connurent une diminution instantanée. Ceci rendit explicite une réalité déjà connue, à savoir que l'ONB ne réussissait pas à engendrer parmi les jeunes des sentiments de particulière affection. Un tel phénomène était confirmé également par les différences numériques qu'il y avait entre les organisations des plus jeunes et celles des adolescents. Ceux qui poursuivaient des études continuaient à s'inscrire, ceux qui, au contraire -comme les fils du prolétariat- quittaient l'école, s'éloignaient en même temps des organisations de jeunes. Et surtout dans les campagnes, l'Oeuvre Balilla se trouva toujours face à de grosses difficultés, soit par manque de cadres dirigeants énergiques, soit parce que les enfants étaient occupés à plein temps dans les activités agricoles et que les manifestations des Balilla étaient considérées comme d'inutiles distractions.

Donc, contrairement à son but initial, qui était d'activer les engrenages "paresseux" de la machine scolaire, on peut observer qu'en l'absence des pressions constantes des hiérarchies de l'école, l'Oeuvre ne réussissait pas à exprimer une force autonome agrégeante. C'est que les problèmes économiques constants, la négligence de ses cadres dirigeants, la tendance à s'occuper plus des aspects extérieurs et apparents que des aspects substantiels, la prépondérance des rites militaires, furent

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tous des facteurs qui en limitèrent le rôle d'union et de formation. Et ce phénomène persistera même après 1937 quand, avec la transformation de l'ONB en jeunesse italienne du Licteur, les inscriptions devinrent obligatoires depuis la naissance. Car les précaires conditions de vie avaient plus d'impact sur les fils du prolétariat que les illusoires promesses de la fracassante propagande fasciste.

En conclusion, rappelons que au moment de la chute du régime fasciste, beaucoup de jeunes qui avaient suivi tout le processus formatif dans les organisations des Balilla, utilisèrent les mêmes enseignements reçus sur le plan militaire pour combattre les nazi-fascistes, dénonçant ainsi l'inefficacité du projet d'éducation imaginé par les dirigeants en chemise noire.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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ATHANASSIA BALTA

LE MAGAZINE DE L'ORGANISATION E.O.N. "LA JEUNESSE": OBJECTIFS ET RÉPERCUSSION

Le caractère de cette communication et le temps limité nous obligent à une présentation extrêmement sommaire d'un cadre de problématique uniquement, d'où l'on pourrait arriver à une approche plus analytique. Autrement dit, ce qui succède à la sûreté simple et concise du titre de la conférence, c'est simplement une série d'hypothèses et de réflexions.

Dans son numéro de janvier 1933, le magazine "Jeunes Pionniers" fait des commentaires et des critiques au magazine "Idée" de Spyros Mélas qui venait juste de paraître le même mois. Les "jeunes Pionniers" dénoncent son contenu et ses buts qui sont: "l'entretien d'une confusion intentionnelle, le mensonge et la réaction", et en faisant de l'humour noir, font dire aux bourgeois: "on exige que l'État achète tous les mois dix mille exemplaires de l'"Idée" et les envoie à tous les collèges du pays pour qu'on fasse tous les matins deux heures de cours sur son contenu élevé"1.

Cette perspective de cauchemar qui, même pour les "Jeunes Pionniers"2, constitue une sorte de plaisanterie à cause de l'exagération contenue, devient cinq ans plus tard une réalité avec l'apparition de "La Jeunesse", du magazine de l'Organisation Nationale de la Jeunesse du régime du 4 août. Il est utile de se référer ici à l'Organisation Nationale de le Jeunesse elle-même. L'E.O.N. a été créée en novembre 1936 par la loi d'exception 334/1936, avec pour but déclaré, comme la loi le souligne, "l'usage utile du temps libre des jeunes gens par le développement du sentiment national et religieux", et avec pour but caché la création

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1. "Jeunes Pionniers", n° I, janvier 1933, p. 2.

2. Le magazine conçoit à temps le danger et, devant la montée du fascisme en Europe, appelle à la vigilance antifasciste.

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d'un appui futur à un régime privé du consentement populaire et de l'existence d'un parti de masse.

Le premier numéro de «La Jeunesse» parut le 15 octobre 1938, deux ans après la création de l'E.O.N., «comme l'organe officiel de l'éducation morale, religieuse, sociale et politique de l'E.O.N. A côté du titre, il est indiqué que «la rédaction et la publication se font sous le contrôle de la Direction de Presse du Secrétariat Central de l'E.O.N.»3. La parution de «La Jeunesse» fut annoncée aux autorités civiles par l'ordonnance n° 195 E.P. (15 oct. 1938) de Ioannis Métaxas, dans laquelle il était précisé que le magazine constituait une lecture instructive, distrayante et morale pour les jeunes et qu'il avait comme but de diffuser les idéaux dont ils devaient s'inspirer.

Ce que cette communication avance comme hypothèse, sans apporter assurément d'éléments vraiment nouveaux, mais en saisissant cette occasion pour tenter de préciser certains points, c'est qu'avec ce magazine on assiste à une tentative de reproduire l'idéologie fascisante qu'on trouve déjà dans la période de l'entre-deux-guerres, plutôt que de promouvoir une fascisation, telle qu'elle a été entreprise et réussie par les régimes fascistes en Europe. Cela est en rapport direct avec la nature et le caractère du régime du 4 août lui-même. Mais ce n'est pas ici le lieu, ni le moment, pour nous étendre sur ce sujet. On se trouve d'ailleurs devant le problème de l'usage de la signification multiple des termes comme «fascisme» et «fasciste» qui finissent par ne pas être opératoires comme termes strictement scientifiques. La dictature fascisante du 4 août est un régime d'exception, mais non un régime fasciste. Le fascisme présuppose, en peu de mots, l'existence d'un parti fasciste et d'une doctrine fasciste, l'intégration des masses populaires, la fascisation de la société. Rien de tout cela n'existe en Grèce, ni avant, ni après le 4 août. Les composantes idéologiques du régime de Métaxas sont les mêmes que celles des petits groupes fascisants et fascistoïdes de l'entre-deux-guerres (E.E.E., Paix de Fer, etc.), caractérisés surtout par leur pro-monarchisme. Ce que le 4 août ajoute à toute cette nébuleuse idéologique, en s'inspirant surtout du modèle mussolinien, ce sont quelques doses de populisme et d'anti-ploutocratisme, ainsi que les signes extérieurs du fascisme. Le régime du 4 août n'a pas d'idéologie, ni d'intellectuels. Il reproduit simplement le fascisme primitif et le pro-monarchisme de la période de l'entre-deux-guerres. Ce qui renforce cette thèse,

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3. Article 38 du Règlement du Service Interne de l'organisation, édition de 1939.

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c'est la similitude de contenu, de style et de morale entre le magazine de l'E.O.N. et une revue antérieure intitulée «Jeunesse Nationale». La «Jeunesse Nationale» parut en 1934 comme une «revue Nationale bimensuelle de l'E.O.N., de l'Union Panhellénique des Jeunes «Jeunesse Nationale», qui se manifesta sur la scène politique en novembre 1933. Ce magazine était fondé «sur les bases clairement nationales de la race hellénique. Ses buts sont l'encouragement des institutions de la religion et de la famille, ainsi que le développement de la solidarité nationale et politique parmi les jeunes. Il est dirigé par les meilleures personnalités de notre vie politique. Il agit sous le contrôle direct et avec l'agrément de l'Église et de l'État»4. Le 4 août trouva en lui un compagnon de route dévoué. Au début de 1936 et pendant 45 jours, il apparaît comme «le quotidien de l'avant-garde des principes de l'État Nouveau». Par conséquent, l'apparition de «La Jeunesse» quelques mois plus tard est formellement et essentiellement la suite du magazine de la période d'avant le 4 août. Formellement, puisque la nouvelle édition se présente comme «renouvelée et améliorée» par rapport à l'ancienne et porte la mention «période B'»; et essentiellement, parce que, comme nous avons eu l'occasion de le dire précédemment, les deux magazines apparaissent identiques en ce qui concerne les principes idéologiques et moraux.

Dans le premier numéro de l'«État Nouveau», organe mensuel officiel du régime (septembre 1937) et dans un article intitulé «Droits et devoirs de la jeunesse dans l'État Nouveau», on relève l'aveu suivant: «si nous ne réussissons pas à avoir le jeunesse avec nous, nous aurons vraiment perdu la bataille. Nous demandons qu'au triptyque: Patrie-Religion-Famille, soit ajoutée la foi anti-démocratique. Si l'amour et la foi illimitée en certains idéaux constituent la condition préalable pour toute création, il ne faut pas oublier que ce qui est aussi indispensable, c'est la haine. Nous apprendrons, nous forcerons la jeunesse à obéir». Ces prescriptions formulées de façon brutale forment le cadre dans lequel se fait la propagande à travers le magazine. La matière y est organisée autour des axes suivants de l'éducation dispensée par l'organisation dans son ensemble: anti-parlementarisme, anti-communisme, confiance en l'institution de la royauté, culte de la personnalité, nationalisme, culte des ancêtres et le triptyque bien connu: Patrie—Religion—Famille.

La description qui suit est nécessairement incomplète, et les citations sont simplement indicatives. Dans tous les numéros, il y a une page de sentences du Chef. La plupart des articles théoriques sont d'ailleurs

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4. «Jeunesse Nationale», n° 10, 15 juin 1935.

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des analyses de maximes du «père de tous les enfants de la Grèce». Sa photographie se trouve sur un grand nombre de numéros, en alternance avec celles du roi et des autres membres de la famille royale. Et comme le «créateur de la IIIème Civilisation Hellénique et sauveur de la Grèce» ne pouvait pas être issu d'une famille humble, dans le n° II (24 décembre 1938) est publié un article intitulé «La famille historique des Métaxas: les ancêtres du chef», où le premier des Métaxas est présenté combattant aux côtés de Constantin Paléologue à la Porte de Romanus à Constantinople, où il meurt héroïquement le 29 mai 1453.

Dans de longs articles, mal rédigés et sans intérêt, et sous couvert d'arguments faussement logiques, on déforme le sens des mots, des choses et des réalités. C'est ainsi que «l'expression suprême de la Liberté» est «la vraie liberté, celle qui va de pair avec le bonheur, s'exprime parfaitement par la soumission continuelle et volontaire à l'État et à ses objectifs»5. Ce qu'on rend responsable du malheur du pays avant le 4 août, c'est le régime parlementaire qui aurait favorisé un individualisme sans bornes. L'État idéal est représenté par la militaire et belliqueuse ancienne Sparte, dont les idéaux et l'éducation sont analysés dans plusieurs publications. Les articles anti-communistes sont souvent des analyses «profondes» parsemées d'histoires de jeunes qui sont devenus des criminels en se laissant entraîner par la propagande communiste, et de témoignages de communistes repentis qui sont revenus «à la famille humaniste comme des enfants prodigues»6. De toute façon, le seul responsable de l'expansion du communisme dans le pays avant le 4 août est le régime déjà renversé du multipartisme: «avec son indifférence criminelle qui suffit à le faire damner par l'hellénisme, avec la stupidité qui l'accablait, avec la mollesse dont il souffrait, il fut l'unique auteur des blessures sur le corps hellénique livré à la merci de la propagande communiste diabolique»7.

Pour protéger l'État Nouveau des traîtres, le magazine pousse les enfants à les dénoncer, c'est-à-dire à se livrer, comme on dit familièrement, au mouchardage: «il faut que les mauvais civils de la Grèce soient mis à l'écart de la vie politique... Il faut leur déclarer clairement que les traîtres n'ont pas de place dans la famille grecque, ni de droits aux liens de parenté. Nous devons les livrer au premier agent de police et à l'opprobre publique. C'est cela notre devoir. Les lois ne sont pas 

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5. «La jeunesse», n° 3, 29 octobre 1938, p. 82.

6. Ibid., n° 9, 10 décembre 1938, p. 296.

7. Ibid., n° 6, 19 novembre 1938, p. 190.

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suffisantes. Ces Grecs débauchés doivent subir les conséquences de leur méchanceté»8.

Les pages littéraires publient des romans en feuilletons au contenu patriotique, dont les auteurs sont des collaborateurs du magazine, et dans lesquels le héros grec est beau, brave et innocent, se bat contre les «méchants» ennemis, contre les «asiatiques barbares» et contre ces «chiens de Bulgares», en soutenant les vieux et les faibles, les vierges et les prêtres; finalement la force de l'esprit grec brille par les armes. Les jeunes pionniers ont leurs propres pages avec des analyses simplifiées des discours du Chef, des contes et des jeux.

Cela vaut la peine de s'arrêter sur les pages destinées aux filles. Au début, celles-ci sont intitulées «Le royaume de la maison: ménage - maternité - économie domestique»; après, elles se modernisent en «pages de nos filles». Dans ces pages, il y a des conseils pratiques pour le ménage des recettes, etc., tout cela à chaque fois à côté d'un article sous la forme d'une lettre adressée aux filles par la collaboratrice du magazine, Sitsa Karaïskaki, qui signe comme «docteur de l'Université de Münich». Après l'invasion allemande, celle-ci se rendra en Allemagne. Sitsa Karaïskaki écrit sur tout, sur la littérature, l'art, le savoir-vivre, la morale, la nature, l'économie, la grécité, l'amour de la patrie. La jeune fille grecque doit se persuader que son seul but est la famille. Son unique devoir est de mettre au monde des enfants saints et moraux, des soldats fidèles de la patrie. Sa place est dans la maison, pour permettre à son mari de se reposer quand il rentre fatigué de son travail, et non au dehors où elle serait exposée à des tentations incompatibles avec sa nature. Même si elle a besoin de travailler, il lui suffira de devenir libraire, infirmière ou vendeuse de parfums9. Elle doit faire la sourde oreille aux sirènes du féminisme. Dans la période antérieure au 4 août, «la Vestale était exilée et le foyer était détruit. Seuls des Phrynes et des Aspasies demandaient à remplacer les Nausicaas et les Pénélopes»10.

Venons-en maintenant à la deuxième question du sujet qui est la diffusion et la répercussion du magazine. D'après une information du magazine lui-même dans son 2ème numéro du 30 sept. 1938, le tirage du premier numéro atteignit plus de 30.000 exemplaires. Dans le 3ème numéro, son Comité de Rédaction triomphe pour les 50.000 exemplaires du 2ème numéro et déclare que pour le 3ème le tirage a atteint 100.000

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8. Ibid., n° 12, 31 décembre 1938, p. 396.

9. Ibid., n° 6, 19 novembre 1938, p. 203.

10. Ibid., n° 44, 3 août 1940, p. 1400.

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exemplaires. C'est la deuxième et dernière fois que le magazine fait connaître des chiffres pareils sans bien entendu cesser de faire état d'un nombre sans cesse croissant d'exemplaires diffusés. Dans le 6ème numéro (19 nov. 1938), cinq pages sous le titre général (Commémoration Panhellénique pour la publication de la jeunesse» sont consacrées à la publication de lettres enthousiastes de félicitations envoyées par des membres de l'E.O.N., des cadres de l'administration publique, de simples civils, et écrites avec «un enthousiasme simple et volontaire». Mais il apparaît que la réalité était bien différente. Les témoignages provenant des Archives de l'E.O.N.11 sont peu nombreux, mais indicatifs.

Dans une circulaire du II février 1939, le commissaire du gouvernement auprès de la jeunesse, Alexandros Kanellopoulos, revient, «avec chagrin» comme il dit, sur la diffusion de l'organe officiel de l'E.O.N. «Le nombre des exemplaires diffusés du magazine, en comparaison avec la puissance énorme de l'organisation, est tellement petit qu'on se demande si les centaines de phalangistes, les garçons et les filles, se distinguent tous pour leur aversion à l'égard de la lecture et de l'étude. Si tel est vraiment le cas, la question qui se pose est la suivante: que font les cadres pour combattre cette aversion... ou peut-être ne s'aperçoivent-ils pas que la raison d'être de l'organisation est la création d'un esprit unique dans la jeunesse et que l'organisation ne dispose pas d'autre moyen pour créer cet esprit que le magazine? Vous comprenez tous qu'il faut mettre un terme à cette situation, parce que ce n'est pas seulement le prestige de l'organisation qui l'impose, mais aussi et surtout ses objectifs». Dans une circulaire «sur certaines instructions et directions» (brochure, édition de 1939), il est répété la même chose: «La diffusion du magazine est déjà de 40.000-50.000 exemplaires. Cette diffusion n'est pas du tout satisfaisante, surtout dans certaines directions régionales au nombre non négligeable. En espérant qu'on ne sera pas obligé de prendre des mesures plus sévères, on se limite à attirer pour la dernière fois l'attention de tous sur le besoin d'augmenter la diffusion jusqu'en 1940, au moins à 100.000-120.000 exemplaires. Il faut que le magazine soit non seulement diffusé, mais aussi très largement lu». De cet extrait, on retiendra pour les commenter deux points: a) cette

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11. Les archives de l'Organisation Nationale de la Jeunesse se trouvent aux Archives Nationales et font partie des Archives de Ioannis Métaxas. Cf. Ath. Balta: «L'Organisation Nationale de la jeunesse du régime du 4 août: Propagande et instruction politique —Une recherche d'archives», communication au Congrès Historique International: «La Grèce 1936-1944— Dictature-Occupation-Résistance», Athènes, avril 1984.

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diffusion n'est pas du tout satisfaisante surtout dans certaines directions régionales au nombre non négligeable, et b)... il faut que le magazine soit non seulement diffusé, mais aussi très largement lu.

En ce qui concerne le premier point: les rapports des Directions Régionales soumis tous les six mois à la Direction Centrale le confirment. Je cite un extrait caractéristique d'un de ces rapports adressé par la Direction Régionale des Garçons de la région d'Aitoloacarnanie et daté du 1er septembre 1940: «Le tirage du magazine ne peut pas dépasser le chiffre actuel. Notre département, pauvre par excellence, ne permet pas que notre magazine soit acheté par un nombre plus élevé de Phalangistes, et la Direction n'espère pas que ses efforts pour un tirage plus important aboutiront». Un rapport analogue des Directions Régionales des Garçons et des Filles de Corfou pour le semestre sept. 1939-janv. 1940 informe que: «La diffusion du magazine est large parmi les élèves des écoles publiques, mais non parmi les jeunes paysans et les non-scolarisés». Ce témoignage est précieux. Les élèves devenaient lecteurs de «La Jeunesse» avec la même «spontanéité» qu'ils devenaient membres de l'organisation. C'est-à-dire contre leur gré. Les autres enfants et adolescents, les jeunes ouvriers et paysans, étant en dehors de cadres collectifs comme celui de l'école, et par conséquent moins accessibles à l'organisation, semblent avoir honoré le magazine de leur indifférence.

En ce qui concerne le deuxième point, le fait que le magazine devait non seulement être diffusé, mais aussi être lu, amène à poser une autre question: combien étaient les petits élèves, qui, bien qu'obligés d'acheter le magazine contre leur volonté, ne le lisaient pas? L'expérience scolaire de toutes les époques et mêmes celle d'aujourd'hui témoigne du manque d'empressement des élèves envers les magazines et les diverses brochures (surtout de l'église), diffusés à l'école. La différence entre les grandeurs de la diffusion et du tirage d'un imprimé imposé par un régime autoritaire doit normalement être inférieure à la différence respective de n'importe quel autre imprimé diffusé librement. Que se passait-il dans le cas de «La Jeunesse»? Des témoignages de gens âgés, jeunes élèves à l'époque, font état de paquets entiers d'exemplaires qui pourrissaient dans les caves des écoles.

Cette attitude négative des enfants envers la magazine, due plutôt à la réaction naturelle de l'enfant contre tout ce qui est imposé et oppressant, constituerait dans plusieurs cas une manière de réaction contre l'organisation elle-même. Dans son ensemble, le contenu même du magazine, comme on l'a indiqué ci-dessus, le rendait déplaisant aux yeux

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des enfants, avec toute cette ignorance de la psychologie enfantine, cette propagande grossière et triviale, ce verbalisme incessant et cet esprit hypocrite du «comme il faut».

Examinons à présent l'autre aspect de la question: dans chaque numéro, il y a une ou deux pages pour la collaboration des lecteurs et une page pour la correspondance de la rédaction avec les lecteurs. On y lit des lettres comme la suivante (le jeune membre de l'E.O.N. s'adresse au chef, I. Métaxas): «Tu nous a tirés du bourbier puant et, comme un bon père, tu nous a montré le chemin pour en sortir. Tu nous as réveillés une nuit, une nuit d'août, et tu nous as appelés près de toi. C'est toi qui nous as appris que nous sommes Grecs et qu'il faut rester Grecs. Et nous t'avons écouté»12. On trouve aussi en abondance des essais et des analyses sur le «miracle de 1936»13, des poèmes patriotiques dédiés aux personnages de la mythologie et aux héros du 4 août, où sont glorifiés et mentionnés pêle-mêle Nausicaa et Bouboulina, Const. Paléologos et Achille, Smyrne et le Parthénon, où les femmes grecques ont les «yeux brillants et le cou blanc»14, et où les envolées lyriques atteignent des sommets du grotesque et finissent par des serments de foi éternelle au chef et aux idéaux de la IIIème Civilisation Hellénique. Combien étaient les enfants qui furent influencés et pervertis par ce mélange d'esprit de la «Grande Idée» et de chauvinisme stérile, et jusqu'à quel point l'étaient-ils? Est-ce que la mentalité petite-bourgeoise de la société grecque d'alors a-t-elle accepté et jusqu'où et sur quels points l'image du bon enfant, du modeste et pudique enfant au front clair et aux yeux optimistes? De ce moralisme, qu'a-t-elle retenu, si elle a retenu quelque chose, et qu'a-t-elle rejeté?

Mais si les petits pionniers de huit et dix ans étaient une proie plus facile, il n'en allait pas de même avec les enfants plus grands, les élèves des lycées et les jeunes de seize et dix-huit ans. Dès l'été de 1936, la jeunesse grecque avait constitué un Front anti-dictatorial avec la participation de l'O.K.N.E., de la SEPE (Jeunesse Socialiste), de la Jeunesse Libérale et des Jeunesses des partis de Kaphantaris, Papanastassiou, Papandréou et Mylonas, qui a développé durant toute la période de la dictature une activité multiple.

Entres autres, la revue du Front «La Flamme» et de l'O.K.N.E. «La Jeunesse» s'adressent au même public que la «Jeunesse» de l'E.Ο.Ν.

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12. «La Jeunesse», n° 18. II février 1939, p. 616.

13. Ibid., n° 13. 7 janvier 1939, p. 440.

14. Ibid.

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Au moment même où l'Ε.Ο.Ν. s'efforce d'éduquer les enfants et les adolescents avec des mots creux, où elle les habille de l'uniforme connu et leur impose le salut fasciste, les jeunes démocrates, les «miasmes» des pages de la revue, sont exilés et emprisonnés.

D'ailleurs, ce sont ces enfants et ces jeunes, les lecteurs malgré eux de la «Jeunesse», qui deviendront quelques années plus tard, sous l'Occupation, et dans les rangs de l'E.Ρ.Ο.Ν., le fer de lance de la grande bataille antifasciste pour la Liberté.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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    CARMEN BETTI

    L'ENCADREMENT DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE EN ITALIE PENDANT LE RÉGIME FASCISTE

    Cet exposé est la synthèse —évidemment dans ses grandes lignes— d'un long travail de recherche sur la politique de l'éducation, exercée en Italie sous la dictature fasciste dès la fin de 1922 et pendant 20 ans environ. En essayant de me soustraire à la restriction —encore largement présente dans la pensée historiographique italienne— qui est de continuer à considérer l'école, surtout par rapport au passé, comme le lieu le plus important de la socialisation des jeunes, j'ai tenté un contact en termes de système entre le scolaire et l'extra-scolaire, obtenant des résultats d'un certain intérêt. En attendant, et nous le verrons par la suite, il est apparu clairement que la politique éducationnelle du fascisme ne s'est pas réalisée seulement dans sa politique scolaire et en même temps nous verrons que, en plus de mesures prescriptives tendant à plier enseignants et étudiants aux valeurs et idéaux du nouveau courant, les fascistes ont cherché à mobiliser les uns et les autres par des appâts et des solutions diverses. Toutefois, avant d'entrer dans le vif de l'articulé et du combien original projet éducatif mis au point parles dirigeants fascistes, il est nécessaire d'analyser quelques points pour en comprendre de manière significative la naissance.

    Dans ce sens, il faut d'abord préciser que, bien que le mouvement fasciste, né en mars 1919 et survivant initialement grâce à l'apport de nombreux jeûnes et très jeunes (presque tous d'extraction bourgeoise) qui, craignant de perdre leur statut d'origine, avaient accueilli avec une confiance enthousiaste, les dénonciations de Mussolini, chef du fascisme, à la «inconcluante classe politique», cependant au moment où les fascistes arrivèrent au pouvoir en octobre 1922, leurs liens avec les forces des jeunes du pays, étaient bien relâchés. En effet, étant donné que peu à peu Mussolini avait rejeté une grande partie de la phraséologie contestataires