Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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Le travail et l'apprentissage

Mercredi 3 octobre 1984

Séance du matin

Président : YANNIS YANNOULOPOULOS

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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MARCEL COUTURIER

L'INSERTION DES JEUNES DANS LA VIE ACTIVE DANS LA FRANCE COUTUMIÈRE 1368 -1789

Cette communication voudrait présenter quelques résultats d'une recherche personnelle menée depuis une vingtaine d'années en retenant seulement ce qui concerne l'enfance et la jeunesse du point de vue de l'insertion des jeunes dans la vie sociale active. Très tôt, le travail a été mené avec le souci d'utiliser au mieux l'informatique dans la mesure où il était possible de disposer d'un ordinateur et l'exposé qui suit fera une place aux problèmes méthodologiques qu'une pareille démarche a pu soulever dans les années passées.

LA MÉTHODE

La recherche a été basée sur l'emploi de séries chronologiques de documents sur une longue durée (1368-1789). Il faut rappeler qu'une série se constitue de documents de même type dans leur structure et leur contenu, constitués avec un détail constant dans le même but utilitaire. Cette démarche a été choisie afin d'établir les faits atteints avec certitude et de les quantifier avec une bonne précision. Le moyen de cette démarche est évidemment l'emploi de l'ordinateur.

Les fichiers utilisés sont un stock de données collecté à partir de 1960 et exploité en machine à partir de 1964 avec transformation en minibanque de données à partir de 1968. A cette partie informatisée s'est ajouté un ensemble de fiches très traditionnelles, le système de traitement de l'information étant constitué comme toujours jusqu'à maintenant par la combinaison des possibilités, traditionnelles, du chercheur et des apports en capacité de mémoire, en vitesse d'exécution, en automatisme pour tout dire, de l'ordinateur.

LES CIRCONSTANCES GÉOGRAPHIQUES ET HISTORIQUES

Le domaine géographique de la recherche a été la France coutumière, c'est à dire cette moitié du pays située au Nord et à l'Est d'une

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ligne tendue depuis l'embouchure de la Loire jusqu'à la Savoie, cette ligne étant bien entendu affectée de bon nombre d'irrégularités sur le terrain. Dans cette France du Nord-Est la loi présente cette particularité de n'avoir été écrite que tardivement (au XVIe siècle) et de différer d'une circonscription judiciaire à l'autre. L'esprit des coutumes orales anciennes est resté sensible presque partout jusqu'en 1789, ce qui ne facilite pas la constitution de bases documentaires homogènes.

La base documentaire réelle est constituée par des sources d'où il faut extraire ce qui concerne la jeunesse et l'enfance pour constituer des séries homogènes de faits utiles. Cet exposé sera limité à ce que livrent les sources situées entre Seine et Loire.

La part la plus massive provient des tabellions et notaires. Les fonds utilisés débutent en 1368 à Châteaudun, en 1448, à Chartres, des environs de 1500-1520 dans quelques villages. Il existe un peu plus ancien en divers points de France mais je n'y ai pas eu recours. Ces fonds notariaux fournissent des séries d'apprentissages dès 1400, des séries de tutelles et de décisions concernant les mineurs juridiques et leurs biens. Une autre source réside dans les décisions de justice mais les fonds documentaires, dont certains remontent à la fin du XIVe siècle, se présentent trop souvent sous forme d'épaves. On peut, de ci, de là, admettre l'existence de «séries» au sens vrai du terme vers 1500, mais plus souvent il faut attendre 1650. Les archives hospitalières, sous forme de comptabilité le plus souvent, sont beaucoup plus riches. La comptabilité de Chartres se déroule depuis 1348, celle de Châteaudun à partir de 1500 environ, et des dates très hautes se rencontrent ici ou là. Parallèlement on retrouve les archives des institutions spécialisées (les bureaux des pauvres en particulier) à partir de leur création, vers le milieu du XVIe siècle le plus souvent. Il faut compléter ceci par l'apport des registres paroissiaux qui sont très rares avant 1550 et même 1600, et qui renseignent sur les caractères démographiques généraux.

CARACTÈRES DES DOCUMENTS

Ces documents ne concernent pas toute la population. La noblesse en est absente alors qu'elle représente environ 1% de la population. Les actes sont liés à la présence de biens ou de moyens financiers en ce qui concerne les notaires ou encore la justice, avec quelques exceptions pour les enfants abandonnés. En fait, les exclus de la société ne sont représentés que par les très pauvres qui relèvent de la charité et auxquels on ne s'intéresse que dans un but de maintien de l'ordre social ou de respect de la morale chrétienne. En fait, nous échappent à peu près

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une grosse part de la population, trop pauvre pour intéresser les notaires ou la justice, trop aisée pour relever des institutions charitables. La détermination de cette part serait à elle seule un sujet de recherche.

On voit déjà que la constitution de séries documentaires au sens statistique du terme relève de l'exploit ou de la chance dans ces conditions. Le fait est aggravé par une rupture juridique due à la rédaction des coutumes au XVIe siècle. Auparavant, la loi était orale en même temps qu'étroitement locale. Droit des mineurs et majorité légale variaient d'un point à l'autre du territoire. Sous le règne de François 1er, la rédaction, c'est à dire la fixation par écrit s'est accompagnée d'une réforme, avec une tendance à uniformiser les dispositions essentielles sur l'ensemble du territoire. Ceci n'a pas été également obtenu partout et cet échec constitue un facteur supplémentaire de perturbation des séries documentaires du point de vue de leur exploitation statistique. En fait, les choses ont été aggravées par la lenteur des institutions locales à se plier aux nouvelles règles, par leur propension à s'en servir comme d'un simple habillage des comportements anciens. C'est ainsi, par exemple, que le «bail et garde» de la grand-mère de l'écrivain Anatole France a encore été adjugé aux enchères en 1797 avec des formes et un état d'esprit voisins de ceux du XVe siècle en cette matière, alors que le fait était formellement proscrit par la loi depuis deux cent cinquante ans. Comme le fait varie en fréquence avec les lieux et les dates, on voit que c'est l'homogénéité de toute série documentaire concernant l'enfance et la jeunesse qui est mise en cause et la validité statistique de tout résultat va s'en trouver atteinte.

En particulier, ces différents mécanismes n'ont pas le même effet selon que les enfants et jeunes gens appartiennent à des familles riches ou pauvres. Pour effacer les incertitudes de la connaissance qui résultent de cette difficulté supplémentaire il faudrait accumuler un plus grand nombre de faits, autrement dit étendre considérablement la collecte documentaire dans les archives: ceci devient une œuvre qui relève plus de l'effort de générations successives de chercheurs que du travail solitaire d'un individu.

L'INSERTION DANS LA VIE PROFESSIONNELLE

Ce sont ces conditions générales de la base documentaire concernant l'enfance et la jeunesse autant que les limites de temps assignées à cet exposé qui m'amènent à restreindre mon propos aux phénomènes de l'apprentissage en retenant au passage quelques conséquences en ce qui concerne la perpétuation des statuts sociaux des familles.

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Dans ce domaine la documentation constitue une série relativement correcte depuis la fin du XIVe siècle jusqu'à la Révolution de 1789 et au delà. Il s'agit d'une série abondante dont le seul défaut, pratique, est d'être dilué dans la masse des protocoles de tabellions et des minutes de notaires. Tout au plus peut-on noter une évolution juridique. A la fin du XIVe siècle et jusqu'au milieu du XVIe, parfois un peu plus tard, c'est le futur apprenti qui contracte des obligations et en convient face à son futur patron, qu'il ait onze ou douze ans ou qu'il ait déjà atteint la majorité coutumière. Ses parents ou conseils ne figurent que comme témoins, rarement comme garants. Au XVIIe siècle, les situations ont changé. Ce sont les parents qui contractent et se portent garants de leur enfant ou pupille. Mais le fond reste le même.

Dans ce type de contrat un artisan recrute pour apprenti un enfant de onze à treize ans, s'engage à le loger, nourrir, habiller souvent, soigner toujours ou peu s'en faut, à lui apprendre le métier «autant que son esprit le permettra». L'apprenti, lui, s'engage à «servir en toutes choses licites et honnêtes». En fait, par ce contrat, l'enfant quitte sa famille pour entrer dans celle du patron, à titre transitoire: il mange à la table de celui-ci, couche en sa maison, l'assiste en son travail. C'est un apprentissage de la vie hors de la famille, en même temps qu'un apprentissage de métier. Ce qui est intéressant à observer ce sont les nuances des engagements réciproques au fil des siècles.

Le sens général de ces engagements reste le même: il s'agit d'un contrat d'enseignement avec les dispositions pratiques pour fixer le cadre de cet enseignement parle patron destiné, concurremment avec la pratique à assurer l'apprentissage du métier et de la vie. Ce qui concerne la vie et le travail change peu. Tout au plus peut-on noter l'apparition, au XVIIIe siècle, de clauses qui engagent le patron à traiter l'apprenti doucement, en même temps que se rencontrent quelques cas où l'apprenti, logé dans sa famille, est aussi soigné et habillé par elle. Par contre, les stipulations financières évoluent. Le contrat d'apprentissage obéit aux lois du marché. A la fin de la Guerre de Cent Ans, alors que la paix entraîne la renaissance de l'activité économique, le pays manque cruellement de main d'œuvre. Ce sont les patrons qui paient les apprentis, ceci, selon les lieux et les professions, jusque vers 1520, voire parfois 1530 ou 1540. Ensuite, les candidatures à l'apprenties âges sont trop nombreuses et ce sont les apprentis qui paient les patrons. A la fin du XVIe siècle, pendant les années noires du règne de Louis XIV, la mortalité infantile est très élevée (conjugaison de la crise économique et d'épidémies virulentes, de rougeole en particulier). Lors de la reprise

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économique, après 1715, la main d'œuvre manque de nouveau et, pendant une quinzaine d'années, les patrons paient les apprentis. Pendant ces périodes des pauvres et des enfants de familles très modestes peuvent accéder à la compétence professionnelle par la voie des apprentissages. Au XVe siècle, même les enfants fugueurs qui circulent de ville en ville y parviennent. Les protocoles des tabellions de Châteaudun nous présentent des enfants de neuf, dix, onze ans, parfois un peu plus, originaires de l'ouest de la France, depuis le Poitou jusqu' à l'embouchure de la Loire, qui se disent généralement orphelins, et qui s'engagent dans les liens de l'apprentissage, assistés au contrat par le procureur fiscal des comtes de Dunois. Leur engagement est un peu plus long que pour les autres apprentis afin de compenser, semble-t-il, l'habillement déficient dont ils sont munis. L'absence de fonds notariaux aussi anciens et de même en d'autres lieux ne m'a pas permis de contrôler s'il s'agit du comportement général ou d'un cas particulier dû à l'initiative du procureur fiscal local.

Le coût de l'apprentissage, lorsque le patron touche une redevance, varie avec la technicité du métier et l'intérêt de son exercice. L'apprentissage de cardeur est le moins coûteux, quand il n'est pas gratuit. L'apprentissage du barbier-chirurgien est le plus coûteux et le plus long, jusqu'à six ou sept ans, et il faut verser l'équivalent de 120 à 200 journées de travail d'ouvrier spécialisé.

Parfois, dans tous les métiers, le coût baisse, mais alors le temps s'allonge: l'adolescent paie par son travail des dernières années ce qu'il n'a pu verser en s'engageant comme apprenti. Quelques uns bénéficient d'une solution différente; ils s'engagent comme domestiques d'un noble qui les rémunère quelques années après en payant leur apprentissage. Tout ceci reste marginal, jamais 10% des cas dans la documentation que j'ai accumulée.

Une voie de mobilité sociale au niveau de l'apprentissage réside aussi dans le fait que l'enfant ou le jeune homme handicapé ou trop faible de constitution ne peut assumer l'effort physique du métier de ses parents. A cause de cela il deviendra tailleur d'habits ou plus souvent cordonnier. J'ai rencontré de ces cas dès la fin du XVe siècle et jusqu'à la Révolution. Cela reste marginal, un peu moins de 0,9% de mon fichier.

La documentation ne nous livre pas tous les métiers il n'y a jamais, bien entendu, d'apprentissage de cultivateur, tout au plus quelques apprentissages de vignerons, très particuliers: ils concernent toujours de quasi adultes, ne comportent pas de redevances au «patron»

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mais parfois un salaire minime pour l'apprenti, et ne sont généralement que d'un an. J'ai pu contrôler qu'il s'agit parfois de propriétaires d'une vigne par héritage ou acquisition, qui voulaient y travailler eux-mêmes. Les apprentissages de commerçants sont presque inconnus. Ceux de notaires ou de greffiers sont très rares.

Dans les milieux de l'artisanat eux-mêmes ce n'est pas complet. Sur les trois cents métiers ou environ que l'on découvre à Châteaudun au fil des siècles, moins d'une quarantaine sont représentés par des contrats d'apprentissage. Les spécialisations du textile sont souvent absentes, une partie des métiers de l'alimentation aussi. Ceci résulte de l'organisation des métiers en corporations. Lorsque celles-ci n'existent pas on ne dispose le plus souvent d'aucun document sur les apprentissages.

Enfin je n'ai pratiquement pas de contrat concernant l'apprentissage par un enfant du métier de son père: il s'effectue dans la famille.

Finalement, l'apprentissage n'apparaît pas toujours comme un obstacle infranchissable à l'insertion des pauvres dans les milieux professionnels qualifiés. Cette impression se renforce quand on examine le sort des enfants pris en charge par les hôpitaux ou les bureaux des pauvres. Ceux qui survivent sont placés en apprentissage par l'institution qui paie pour eux. Je n'ai cependant jamais rencontré l'un d'eux dans les apprentissages coûteux de drapier ni, bien entendu, de barbier-chirurgien. La richesse ou la pauvreté de l'organisme qui les a recueillis joue un rôle certain dans le choix de leur insertion professionnelle, mais finalement on en retrouve, de ci, de là, quelques uns qui parviennent à la maîtrise. Leurs chances semblent supérieures à celles des enfants de milieux très pauvres dont les parents n'ont pas disparu.

DE L'APPRENTISSAGE A LA MAÎTRISE

L'apprentissage conduit à l'état de compagnon, c'est à dire d'ouvrier ayant vocation à devenir maître. Le compagnon est au départ un adolescent de quinze à dix-huit ans; les quelques apprentissages tardifs signalés ci-dessus entraînent des exceptions. C'est l'acquisition de la plénitude professionnelle par l'exercice du métier qui constitue la condition du passage à la maîtrise sans que Ion trouve régulièrement des conditions d'âges supplémentaires. Mais les réflexes corporatistes vont dresser un obstacle pour privilégier la transmission des maîtrises dans les mêmes familles. Il s'agit des formalités du chef d'œuvre qui est non seulement un barrage technique mais aussi un obstacle financier de taille car son prix de revient est élevé. A cela s'ajoute une redevance

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à l'entrée dans la confrérie, organisme religieux qui double la corporation. Au début du XVIe siècle, à Châteaudun, pour devenir maître tanneur il fallait verser à la confrérie des tanneurs l'équivalent de cinquante journées de salaire d'un bon ouvrier. Un siècle et demi plus tôt, il fallait près du double. La disparition de la tannerie à Châteaudun, au début du XVIIe siècle, interdit de suivre cet exemple intéressant par l'ancienneté des premiers documents de la série. Il semble que, malgré ces obstacles, la proportion d'apprentis qui parviennent à la maîtrise soit supérieure à celle des élèves des petites écoles qui aboutissent aux universités. Au XVIe siècle c'est très net: jamais, avant 1789, il n'a été aussi facile pour des jeunes gens de condition modeste de s'insérer dans la vie à un niveau acceptable. Mais toujours l'accès à la maîtrise fait partie des conquêtes de l'adulte plus que des adolescents. Il échappe finalement à notre propos, de rares cas privilégiés mis à part.

APERÇUS STATISTIQUES

Pour permettre de juger de la validité de résultats aussi sommairement exposés je prendrai l'exemple de la ville de Châteaudun qui a fourni la partie la moins critiquable de ma base documentaire. La population de la ville oscille de 3.500 habitants vers 1400 à 10.000 peut-être à la fin du XVIe siècle pour revenir à moins de 5.000 vers 1720 et remonter vers 6.000 en 1789. Compte tenu des différents paramètres démographiques locaux et des apports des campagnes voisines, ceci conduit vers 10 à 30 garçons qui peuvent entrer dans la vie active chaque année vers 1400, 50 à 80 au XVIe siècle, et de 20 à 50 au XVIIIe. Or la documentation nous livre moins de dix tutelles curatelles ou adjudications de personnes par an (en moyenne). Autrement dit, cette documentation concerne toujours moins de 1/5 de la population, souvent moins de 1/8. Pour les contrats d'apprentissage ce n'est pas plus confortable: chaque année en révèle de quatre à douze, c'est à dire que la moyenne se situe vers un enfant sur huit à dix au mieux.

Peut-on donner un ordre de grandeur des couches sociales atteintes? Il semble difficile de le faire avec précision mais on peut avancer quelques observations.

Le sort des orphelins très pauvres et sans famille susceptible de les accueillir peut être décrit sommairement dès le milieu du XVe siècle, et de façon relativement satisfaisante passé le milieu du XVIe. Il s'agit de 1%, ou moins, de la population dans la plupart des lieux. Celui des enfants de milieux pauvres nous échappe à peu près totalement dès lors que la famille existe, car celle-ci, tant bien que mal, les prend en

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charge sans formalités. Nous sommes plus favorisés en ce qui concerne les possesseurs de biens de quelque consistance, meubles ou immeubles. La disparition des parents entraîne les formalités de la tutelle ou du bail aux enchères, ou des deux. A la campagne, de cette façon, la fraction de population concernée représente de 20 à 40 % peut-être de la population totale. En ville, la situation est plus variée. Du vivant des parents seules les formalités de l'apprentissage donnent lieu à l'intervention des notaires. Mais l'apprentissage est un phénomène urbain: les artisans constituent une fraction importante de la population des villes (26 à 40% à Châteaudun, Chartres, Dreux et guère moins dans les villes plus petites: Bonneval, Illiers, Épernon). Ils ne constituent qu'une fraction infime de la population rurale. Pour les groupes sociaux touchés la couverture documentaire n'est pas équivalente. Finalement, 90% des sources ne concernent guère plus d'un quart de l'éventail social. Avant la fin du XVIe siècle, certainement pas. Ensuite, la situation s'améliore lentement mais il faudrait dépasser le milieu du XIXe siècle pour que les bases documentaires de la connaissance nous ouvrent toute la société.

Bien entendu, ceci résulte des limites qu'imposent les possibilités physiques d'un chercheur isolé: le fichier qui sert de base à l'exposé précédent représente un prélèvement au 1/10 dans la masse de la documentation disponible sur Châteaudun. Une collecte complète aurait effacé bien des incertitudes mais aurait exigé une vie entière de travail. Cette constatation amène à penser que les efforts que nous pouvons faire vont laisser bien du travail aux générations de chercheurs qui nous succéderont pour parvenir à une exploitation complète de l'énorme documentation que livrent les archives françaises.

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G. PAPAGEORGIOU

L'APPRENTISSAGE DANS LES CORPORATIONS PENDANT LA DOMINATION TURQUE

Parmi les systèmes traditionnels d'apprentissage pratiqués durant la domination turque, le système corporatif présente un grand intérêt, tant par sa particularité que par l'extension et la durée de ce phénomène.

L'apprentissage corporatif, qui faisait partie du système des fonctions restrictives et, par là même, protectrices des corporations, puisque le contrôle des promotions et la supervision de la mobilité à l'intérieur de la corporation s'opérait par son truchement, pourrait en gros être divisé en deux étapes: celle du prétendu apprentissage du métier ou de la profession (cirak-apprenti) et, en second, celle de la possession des secrets du métier (kalfas-aide).

1ère étape (ciraklik) : A cette étape s'effectuait l'entrée du jeune homme dans la profession. Les conditions de travail, de nourriture et de vie étaient, pour les apprentis, très difficiles, sinon décourageantes. Cet état était aggravé par le fait que les enfants que l'on envoyait chez les maîtres pour apprendre le métier ou la profession, se trouvaient encore aux premiers stades de leur développement physique, la plupart d'entre-eux n'ayant pas même encore dix ans et, conséquemment, étaient peu aptes au travail1.

Comme en général les règlements de la corporation ne prévoyaient pas à quel âge l'enfant pouvait être embauché («στιχιέται») par le maître, laissant celui-ci entièrement libre et sans contrôle, les apprentis risquaient de voir leur croissance physique entravée, mais aussi de connaître une stagnation ou même une régression mentale.

Si l'on tente de faire ressortir l'origine des enfants venant pour

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1. On observe le même phénomène chez les apprentis appartenant à des groupes, des compagnies ou des associations de maçons. V. N. Moutsopoulos, Κουδαραίοι Μακεδόνες και Ηπειρώτες Μαΐστορες. Ανάτυπον εκ του Λευκώματος του Τ.Ε.Ε., Athènes 1976, p. 358.

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la première fois à la corporation, on pourra constater qu'une partie de cette main d'œuvre au plus bas échelon sont des parents membres de la corporation, et surtout des fils des maîtres qui désiraient poursuivre le métier du père; pour le reste, ils parvenaient de familles extérieures à la profession.

Les enfants d'origine hors-corporation étaient d'habitude originaire de familles pauvres et venaient des villages ou des environs de la ville à la corporation, c'est-à-dire que leur origine aussi bien sociale que géographique était très variée. La plupart des parents envoyaient leurs enfants à la corporation pour alléger leur propre position économique précaire sans s'assurer que les conditions les plus élémentaires de travail et de vie soient même garanties.

De leur côté, les maîtres en embauchaient avec plaisir, car ils les prenaient d'habitude sans les payer ou bien en tant que main d'œuvre à très bon marché.

L'accord se concluait entre le maître et le tuteur du jeune enfant. Y figuraient le temps d'apprentissage obligatoire du jeune, son éventuelle rétribution ainsi que son habillement et sa nourriture. Par la suite, le maître était obligé de faire connaître cette embauche à la corporation où il travaillait2, l'enfant, bien que sous le pouvoir de son formateur, était en réalité sous l'autorité de l'organisation de l'"esnaf" (corporation).

La durée ordinaire d'apprentissage était de trois ans3 (1001 jours); cette durée pouvait néanmoins varier non seulement d'une corporation à l'autre, mais aussi d'un lieu à l'autre. En réalité, c'était le maître qui fixait le temps d'apprentissage selon ses besoins personnels. On atteint ainsi, dans certains cas, un apprentissage qui, non seulement allait au-delà des trois ans, mais atteignait même sept ou huit ans. Le règlement corporatif existait bel et bien, qui exigeait trois années d'apprentissage indispensables même dans les conditions les plus favorables -s'agissant des fils des maîtres ou bien des apprentis les plus adroits et capables- il n'en était pas pour autant toujours respecté.

Les maîtres étaient pourtant en général entièrement libres de 

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2. "...Nous notons sur la liste les apprentis embauchés, leur salaire, pour qu'ils connaissent leur maître". V. Myrt. Apostolidou, "Τα αρχεία του εν Φιλιπποπόλει εσναφίου τεκτόνων", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού Θησαυρού (1934-35) p. 110.

3. Sur la durée de l'apprentissage en général, voir Halil Inalcik, Ο σχηματισμός Κεφαλαίου στην Οθωμανική αυτοκρατορία dans le volume, Η οικονομική δομή των βαλκανικών χωρών στα χρόνια της Οθωμανικής κυριαρχίας, ΙΕ-ΙΘ' αι. Athènes 1979, p. 511.

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fixer le temps d'apprentissage et ils le faisaient d'habitude sur la base de leurs intérêts. Ils profitaient en ceci de l'attitude passive de la corporation vis-à-vis de cet état de fait, ainsi que souvent de son laxisme pour prolonger l'apprentissage et s'assurer par là de l'offre d'un travail non payé.

Il faut signaler, ici, qu'aux fils des maîtres ou de leurs familiers était réservé un traitement de faveur par rapport aux autres apprentis; ceux-là ne payaient rien ou très peu pour leur formation, leur temps d'apprentissage était écourté et ils jouissaient de conditions de travail et de vie plus décentes.

Il est évident que les membres de la corporation ayant des fils s'arrangeaient pour les faire avancer le plus rapidement possible, en s'assurant ainsi d'une succession immédiate, tandis que les enfants d'origine extra-professionnelle en étaient empêchés; on violait ainsi les accords sur la durée d'apprentissage convenue pour continuer à recevoir un travail gratuit.

Le genre de travail que l'apprenti offrait à son patron pendant cette étape se trouvait en contradiction totale avec les capacités physiques et mentales propres à son âge. Plus concrètement, les "ciraks" étaient obligés d'offrir des services non seulement professionnels dans les ateliers de leurs maîtres, mais aussi des services purement domestiques chez ceux-ci. Parmi leurs tâches domestiques, les plus caractéristiques était le port du bois et de l'eau, l'allumage du feu, la cuisine, la vaisselle et le lavage des vêtements, le pétrissage du pain, le nettoyage de la maison et aussi s'occuper des petits de leurs maîtres4.

Même dans l'atelier, les exigences du maître étaient habituellement domestiques (balayer l'échoppe, ranger les outils, etc.), étant donné que son principal but était de tenir l'apprenti éloigné des secrets du métier ou de la profession5. C'est ainsi que les apprentis, pendant le peu de temps qui leur restait entre leurs travaux professionnels et

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4. Nous empruntons un passage caractéristique aux mémoires de P. Skouzès: "Mon maître, Ousta Mehmet, avait deux enfants: l'aîné, Ahmed, avait 5 ans environ et pourtant il ne marchait pas encore. J'étais obligé de le tenir et de le porter, de desservir à la maison, de porter l'eau, et les autres travaux domestiques. Je ne passais que peu de temps dans l'atelier. Comme il n'avait pas de servante, j'étais obligé de faire tous les travaux de la maison". V. Panaghis Skouzès, Απομνημονεύματα. Η τυραννία του Χατζή Αλή Χασεκή στην τουρκοκρατούμενη Αθήνα (1772-1796). Επιμέλεια-σχόλια, Θανάση Παπαδόπουλου, Kedros 1975, p. 98.

5. V. Con. Photopoulos, "Τα ισνάφια των παπ'τσήδων και κονταρτζήδων, τα παλιά χρόνια στα Γιάννινα", Ηπειρωτικόν Ημερολόγιον, v. 1, Jannina 1979, p. 72-73.

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domestiques, s'efforçaient d'apprendre à la sauvette, même de façon fragmentaire, les procédés du travail et se renseigner sur des domaines élémentaires du métier qu'ils avaient choisi.

Le refus du maître à former le "cirak", ne fût-ce que d'une manière élémentaire, visait à prolonger le temps d'apprentissage, continuer l'exploitation et remettre à plus tard le perfectionnement du futur concurrent.

D'après un usage ancien, mais plus tard aussi imposé par un décret impérial du Sultan Mustapha III en 1773, le jeune apprenti devait obéir aveuglément aux ordres de son maître6, et exécuter non seulement des travaux domestiques, mais aussi agricoles, si son patron possédait une propriété.

Le temps de travail n'était nullement réglementé, l'horaire des apprentis dépassant habituellement les 10-12 heures. Des témoignages existent, mentionnant des durées de travail de 15 ou 16 heures et encore plus, surtout en période de pointe, avant une foire ou bien quand il fallait livrer une grosse commande dans un délai déterminé7. On pourrait soutenir sans réserve qu'ils peinaient sans voir le jour. Cet horaire peut sembler trop exténuant; il n'empêche que c'est là la dure réalité. Ceci, bien sûr, se liant aux conditions d'alimentation et de vie lamentables, influait incroyablement sur leur constitution physique en rendant la plupart des apprentis cachectiques, asthéniques et les menant très souvent à la mort.

Le système d'éducation de l'apprenti comportait aussi toutes sortes de châtiments infligés par le maître. Souvent, et à la moindre erreur due peut-être à l'ignorance ou à la faiblesse du "cirak" causée par son jeune âge, ou bien pour une faute insignifiante, le maître frappait ou battait l'apprenti. Le châtiment le plus en cours était les coups de bâton sur la plante des pieds, mieux connu sous le nom de "phalanga".

Les maîtres avaient pleins pouvoirs et liberté pour décider du genre et de la gravité de la punition, ce qui rendait excessivement difficile la position de l'apprenti, lui ôtant tout droit de protestation ou à réagir.

Dans de telles conditions de travail et de vie, plusieurs apprentis étaient contraints de quitter leur maître à la recherche de possibilités meilleures. Ils trouvaient ainsi refuge auprès de compagnons dans la

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6. V. D.A. Ihciev, "Esnafski documenti i esnafski organizacii v Tursko vreme" (Documents corporatifs et organisation des corporations pendant la période turque), dans Spisanie na bǎlgarskoto ikonomičesko drustvo, Sofia 1907, t. III, p. 447.

7. V. Athéna Tarsouli, "Από την Καστοριά, Η λίμνη και το μοναστήρι", journ. Ελεύθερον Βήμα, 13-5-1937.

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même corporation ou bien auprès de marchands qui les acceptaient et les retenaient illégalement.

Il existe bien entendu des cas, où c'étaient les maîtres qui chassaient leurs «ciraks» quand cela leur convenait. L'apprenti quittait d'habitude son maître quand celui-ci était un ivrogne ou le traitait de manière inhumaine.

Malgré tout, le «cirak» n'était délié de son ancien maître qu'après le consentement de ses parents; par la suite, il devait obtenir la permission du grand maître de la corporation. Mais comme il était très difficile aux apprentis d'avoir gain de cause, ils quittaient les maîtres pour être sauvé. Dans pareils cas, les maîtres essayaient par le truchement des parents, de ramener les enfants auprès d'eux, afin de ne pas se priver de la main d'œuvre à bon marché, offrant ses services non seulement à l'atelier mais aussi à la maison8.

Afin de limiter cette fuite des apprentis, des mesures ont été édictées par les corporations, qui contrecarraient cet ultime moyen de défense. Parmi les plus importantes, nous citerons a) l'interdiction pour un autre maître d'embaucher le «cirak». Si un membre de la corporation acceptait l'apprenti fugitif, il était pénalisé par la corporation et b) la perte du salaire —«poya»— de l'enfant pour une durée égale à celle pendant laquelle il a servi chez son précédent maître9.

Les obligations de l'apprenti pour accéder à l'échelon de «kalfas» (aide) n'étaient pas d'habitude clairement fixées par les règlements corporatifs. Le maître pouvait ainsi à sa guise juger et décider à quel moment et dans quelle mesure l'apprenti était capable d'être promu à la deuxième étape de l'apprentissage.

Le maître agissait toujours en fondant ses critères presque exclusivement sur les qualités d'âme et les vertus du candidat, et non pas sur ses capacités professionnelles. Si le «cirak», pendant sa formation, avait fait montre d'obéissance, de respect et, plus généralement, s'il avait été sage et s'était bien comporté envers lui, il obtenait alors le consentement du maître pour son avancement à l'échelon professionnel supérieur dans des limites normales de temps.

Quand le maître annonçait à la corporation que l'apprenti avait les connaissances nécessaires et avait accompli le temps d'apprentissage

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8. V. Ioannis Makryannis, Απομνημονεύματα, éd. Karavias, introduction et commentaires de Sp. Asdrachas, p. 16.

9. V. An. Manakas, «Τα συνάφια της προεπαναστατικής Ύδρας», Το Μέλλον της Ύδρας, 5(1937) p. 191. Cf. aussi Κ. Gounaropoulos «Κοζανικά», rev. Πανδώρα ΚΒ' 1872, p. 492.

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suffisant, alors ce dernier passait sans examen au stade d'aide, grâce à la seule attestation de son maître. Après sa nomination, tous ceux qui travaillaient au même atelier étaient obligés de l'appeler «kalfas» (aide)10.

Comme on vient de le souligner, l'attitude positive ou négative des maîtres jouait un rôle important, sinon décisif, dans la progression normale ou non des apprentis provenant de familles hors-corporation. Par contre, les fils des maîtres jouissant de privilèges qui, bien entendu, ne leur étaient pas accordés par les règlements corporatifs mais par leurs propres parents, s'assuraient tout naturellement d'avantages et de priorités sur leurs compagnons du même grade.

2ème étape (kalfalik). Dans la deuxième et ultime étape de son apprentissage, l'apprenti rendait à son maître des services plus substantiels en améliorant en même temps grandement sa position professionnelle et sociale, même s'il était toujours considéré comme un membre informel de la corporation.

Les aides étaient obligés de travailler auprès des mêmes maîtres, et dans des conditions presque similaires, que lorsqu'ils étaient apprentis. La non-différenciation des comportements de la part des maîtres doit être attribuée à ce que, à partir de ce moment, ils regardaient leurs aides uniquement comme des concurrents.

La durée du service du «kalfas», comme ou l'a vu auparavant pour l'apprenti, n'était pas juridiquement établie. Tout dépendait des usages corporatifs locaux et des accords conclus entre maîtres et aides. Le temps d'apprentissage ordinaire était de deux ans. On observe bien sûr des différences suivant les régions, mais en aucun cas l'apprentissage n'était inférieur à deux années, surtout pour les aides d'origine extra-professionnelle.

Si l'on accepte ainsi que l'apprentissage commençait à l'âge de 9-12 ans et se terminait vers 12-15 ans, ou bien commençait à 12-14 ans et arrivait jusqu'à 15-17 ans, et en estimant à une moyenne de 2-3 ans l'étape de l'apprentissage du «kalfas», on est proche de l'âge de 17-19 ans considéré comme le début de la maturité masculine.

La concurrence du marché obligeait les maîtres à prolonger autant qu'ils le pouvaient le temps de présence obligatoire des aides, sinon ils laissaient s'échapper une main d'œuvre, si précieuse pour eux, que leurs compagnons, eux, exploiteraient s'ils maintenaient auprès d'eux leurs aides pour un espace plus long. On a ainsi des exemples d'aides

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10. V. D. Ihciev, «Esnafski Documenti», p. 447.

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qui auraient dépassé de beaucoup le terme normal de l'apprentissage du «kalfas» en restant à ce stade plusieurs années.

La durée du travail de l'aide était évidemment fixée par les maîtres. Elle variait non seulement de maître à maître, mais également de profession à profession. Selon les témoignages, la durée du travail par jour outrepassait les limites normales de l'endurance humaine à cet âge et allait jusqu'à l'excessif, ce qui n'a pas manquer d'impressionner les voyageurs étrangers de cette époque. Selon les saisons, l'horaire du travail pouvait se prolonger jusqu'à la nuit. Il faut ajouter ici que le travail sans interruption ne permettait pas des heures supplémentaires. Ce terme ne figure d'ailleurs pas dans le vocabulaire de l'époque.

Les conditions de travail et de vie ne différaient qu'à peine de celles de l'étape précédente d'apprentissage. Les mêmes ateliers aux plafonds bas, obscurs, humides et sales, construits du temps de la domination turque, constituaient un milieu étouffant et malsain lequel, lié à la mauvaise nourriture et au travail excessif, avait souvent de graves répercussions sur la santé des aides, et pour résultat un indice élevé de maladies à cet échelon professionnel.

L'obligation, mais aussi l'usage, étant que le «kalfas», après sa promotion de «cirak», reste auprès de son maître, son indépendance et ses possibilités étaient d'autant plus restreintes, vu que la marge de ses libres choix était nulle. Ils continuaient ainsi de travailler dans des conditions inacceptables ou pour une très maigre rétribution.

Il y avait deux sortes de rétribution pour les aides: a) en temps de travail et b) aux pièces exécutées. La rétribution au temps s'échelonnait de la sorte: journalière, hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle, semestrielle ou annuelle. Dans le contrat semestriel, le temps comptait de la Saint-Georges à la Saint-Dimitri ou le contraire; dans l'annuel, il était établi «d'une Saint-Georges à l'autre»11. Mais le plus souvent l'accord se faisait sur un salaire journalier. La rétribution aux pièces ne différait pas substantiellement de celle au temps. Ceci pour la raison que la paie aux pièces plaçait les aides en position d'infériorité, puisque de cette manière le montant dépendait de l'adresse, de la rapidité et de la compétence de chaque «kalfas».

Le montant du salaire des aides travaillant aux pièces était fixé par les maîtres. Selon la quantité qu'un aide-modèle très compétent et

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11. V. Mich. Kalinderis, Ο βίος της κοινότητος Βλάστης επί Τουρκοκρατίας, Salonique 1982, p. 462.

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adroit pouvait produire, les maîtres exigeaient une quantité analogue de la part des autres ayant le même grade, pour une rétribution égale. Mais cela signifiait que beaucoup d'aides aux capacités limitées et aux forces défaillantes pouvaient difficilement exécuter cette même tâche dans le même temps.

C'est ainsi que les aides aux capacités physiques et mentales réduites prolongeaient obligatoirement leur temps de travail pour être en mesure de produire plus de pièces ou pour compléter le chiffre de la commande passée par leur maître. L'augmentation des heures de travail entraînait alors la baisse du prix de ce travail. Le travail aux pièces avait aussi d'autres désavantages, dont le principal était qu'au moment de la paye, le maître contrôlait nécessairement la qualité aussi bien que la quantité du produit et pouvait facilement réduire la rétribution globale.

Hormis la rémunération au temps, les maîtres étaient souvent obligés, ou bien préféraient, nourrir et habiller leurs aides, à condition que la dépense requise par ces obligations soit déduite de la rétribution de ceux-ci. Cette clause était favorable au maître, car il pouvait ainsi acheter les vêtements les moins chers, offrir un gîte malsain et une mauvaise nourriture au «kalfas», tout cela bien entendu à un coût très inférieur à celui du contrat.

Toutes ces difficultés obligeaient souvent les aides à quitter leur maître avant le terme de leur contrat, tout en sachant qu'ils allaient se priver de la rémunération prévue pour cette année-là12. Les conséquences de cet abandon n'étaient pas pour autant terminées; d'autres mesures restrictives existaient que les corporations avaient édictées, afin de prévenir de tels agissements. Une des clauses les plus fondamentales des règlements corporatifs concernait la sanction du membre de la corporation qui embauchait l'ouvrier ayant prématurément quitté son maître13.

Les apprentis étaient ainsi obligés de se déplacer souvent, parce qu'ils se trouvaient systématiquement poursuivis par la corporation. Parallèlement, il y avait aussi un engagement de la part de celle-ci

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12. V. Mich. Kalinderis, Aι συντεχνίαι της Κοζάνης επί Τουρκοκρατίας, Salonique 1958, p. 28 et 35.

13. Les statuts de la corporation des Fourreurs de Kozani citent de manière caractéristique: «tout maître qui aurait accueilli un aide fugitif sans le notifier aux autres maîtres doit être puni». V. Mich. Kalinderis, op. cit., p. 28. Cf. aussi Th. Moschonas, Μέριμνα του Ελληνορθόδοξου Πατριαρχείου Αλεξανδρείας επί Τουρκοκρατίας, Συντεχνίαι-Αδελφάτα, Εσνάφια Alexandrie 1949, p. 22.

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concernant le maître qui chassait son aide avant le temps prévu. Dans ce cas, le maître était forcé de dédommager le «kalfas» pour la période où celui-ci avait travaillé auprès de lui14.

La promotion du «kalfas» au rang de maître constituait la dernière épreuve, mais aussi la plus décisive de son apprentissage dans la corporation. Le résultat des épreuves qu'il devait subir pour l'évaluation de ses compétences professionnelles, qui devaient le conduire au rang supérieur de la profession, représentait un tournant pour sa future carrière.

Mais avant de parvenir au stade des épreuves, l'aide devait remplir certaines conditions comme a) avoir l'âge requis, b) avoir accompli le temps prévu d'apprentissage et c) connaître à fond le métier ou détenir les secrets de la profession. Même à cette étape, les aides se heurtaient à plusieurs obstacles dressés par les maîtres, qui s'arrangeaient pour limiter la concurrence dans l'«esnaf» grâce au contrôle du nombre de ses membres, ainsi qu'en même temps pour conserver leur statut privilégié dans la corporation. Ils se servaient donc de plusieurs entraves, dissimulées ou ouvertes, légitimes ou non, selon le degré de la concurrence dans la corporation, la disposition amicale ou hostile régnant parmi les compagnons et les liens de famille ou de parenté qui les unissaient aux aides.

La question de l'avancement du «kalfas» devient plus compliquée si on examine du point de vue du maître et de ses rapports avec ses confrères. Quand le maître n'avait pas de fils et préparait son aide pour lui succéder, alors l'organisation corporative n'empêchait pas la promotion de «kalfas». Mais souvent une telle situation pouvait poser des problèmes au candidat, si son maître était un concurrent puissant et redoutable pour les autres membres de la corporation ou encore s'il était hostile envers ses confrères. Dans tous les cas, c'était les fils des maîtres qui avaient la priorité. Des usages anciens leur accordaient toujours des facilités.

Le «kalfas» ne se présentait pas aux épreuves avant que son maître ne l'ait proposé à la corporation, en certifiant que son aide pouvait bien exercer son art ou sa profession, ayant achevé avec succès sa formation15. Ayant réussi aux épreuves, l'aide était proclamé maître et

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14. Mich. Kalinderis, Aι συντεχνίαι της Κοζάνης, p. 35.

15. V. Angheliki Khadzimichali, «Μορφές από τη σωματειακή οργάνωση των Ελλήνων στην Οθωμανική αυτοκρατορία», L'Hellénisme contemporain, tome commémoratif 1453-1953, p. 291.

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devenait membre officiel de la corporation, après avoir versé une somme déterminée, appelée "testiru", pour obtenir l'autorisation écrite16. Le titre de maître était décerné en deux phases: dans la première, le candidat recevait la ceinture de maîtrise17 lors d'une cérémonie publique dans la salle d'audience de la corporation; dans la seconde, il participait à la fête donnée avec ses compagnons présents18.

L'acquisition de la "maîtrise" était souvent difficile à obtenir, surtout pour les aides qui n'avaient pas de lien de parenté, proche ou lointain, avec les maîtres. Les corporations, qui avaient suffisamment de membres, rendaient en outre plus difficile l'épreuve; certaines parmi elles proclamaient ouvertement qu'elles étaient complètes, leur membres en nombre suffisant pour une période et un lieu donnés, et suspendaient de la sorte toute promotion19.

Un autre facteur empêchant la progression normale et autonome de l'aide étaient ses capacités économiques réduites dues à son maigre revenu. Se trouvant dans l'impossibilité d'épargner une somme d'argent (sermaye) importante pour équiper son futur atelier, il favorisait ainsi les desseins des maîtres, qui désiraient voir les futurs maîtres parvenir à ce rang sans possibilité économique, afin que le démarrage de leur travail autonome soit obligatoirement retardé ou, dans le pire des cas, que leur pouvoir concurrentiel soit affaibli dans le marché.

On peut soutenir, en bref, que ces deux étapes de l'apprentissage représentaient une difficile épreuve physique et mentale pour l'apprenti, lequel, n'ayant pas le choix et contraint d'assurer sa survie dans le sens strict, subissait avec résignation l'arbitraire, l'oppression et l'exploitation continuels de son maître.

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16. Cette taxe en espèces, obligatoire toutes les fois qu'un nouveau membre était inscrit à la corporation, s'appelait aussi "baskalitiko", "filia" et "mastoria".

17. V. Vourazéli-Marinakou, Αι εν Θράκη συντεχνίαι των Ελλήνων κατά την Τουρκοκρατίαν, Salonique 1950, p. 85, Angh. Khadzimichali: Οι συντεχνίες. Τα ισνάφια, Tiré à part de l'annuaire de Ανωτάτη Βιομηχανική Σχολή Πειραιώς, t. 2 (1949-1950), p. 17.

18. E.M. Cousinery, Voyage dans la Macédoine contenant des recherches sur l'histoire, la géographie et les antiquités de ce pays. v. I, Paris 1831, p. 50-51, décrit de façon très révélatrice comment les tanneurs de Salonique "célébraient" l'événement de la "maîtrise".

19. "Tous les maîtres issus jusqu'à aujourd'hui suffisent, à partir de ce jour, 27 juillet 1789, et pour deux ans, que personne d'autre ne le devienne" M. Apostolidou, "Τα αρχεία του εν Φιλιππουπόλει εσναφίου των αμπατζήδων", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού Θησαυρού n° 7, 1940-41, p. 24.

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    Mercredi 3 octobre 1984

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    Président : YANNIS YANNOULOPOULOS